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| AMUTE |
| The Sea Horse Limbo |
| Intr-version |
| 2006 |
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| 7.5 sur 10 |
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Nous consacrons tant de temps et
d'énergie à tenter de définir les albums et les courants «marquants» de notre temps
que nous oublions parfois d'écouter, tout simplement, la belle musique que produisent les
voix isolées de nos contemporains. The Sea Horse Limbo, du belge Jérôme Deuson,
est de cette race d'oeuvres très personnelles, d'une rare beauté, qui nous rappellent
que la musique est une affaire de chaleur humaine et d'émotions plutôt que de genres et
d'appellations; s'il s'inscrit dans plusieurs courants sonores dits actuels, ce second
long-jeu d'aMute pour l'étiquette de Mitchell Akiyama Intr-version ne se limite jamais
aux questions techniques et esthétiques qu'implique une telle allégeance. Au contraire,
l'artiste propose une sensible plongée introspective dans un univers où les textures
électroniques et acoustiques ne font plus qu'un. Rappelant Tim Hecker par
l'apprivoisement intelligent qu'il propose d'éléments sonores normalement rébarbatifs,
Deuson explore la frontière entre le rustique et l'urbain par l'entremise d'un
folk-électronique sculpté selon les structures du post-rock.
Cité par Christian Fennesz comme l'une de ses parutions préférées de 2006, la musique
poduite par aMute sur The Sea Horse Limbo rappelle par moments le travail du
guitariste expérimental viennois ou celui de ses confrères de Désormais. Sur The
Floating Boat, des vagues d'abrasion soufflent sur quelques éclats de guitares
fracturées qui s'envolent au vent pour laisser le champ libre à une voix féminine
pleine de douceur; la pièce suivante, Hit My Country, culmine avec l'apparition
d'une batterie propulsive et d'une mélodie pop rapidement triturée pour ne devenir
qu'une texture de plus dans un vaste océan sonore. Par son flot épique et intimiste à
la fois, le morceau s'impose d'emblée comme l'un des moments forts de l'album.
S'appropriant les sonorités de son environnement pour orchestrer une symphonie parfois
somptueuse de grincements suspects et d'harmonies fugaces, Deuson signe un disque en
constante évolution qui se refuse à un genre particulier ou à une émotion spécifique.
La mélancolie et la nostalgie cèdent ainsi le pas à un optimisme radieux sur la
grandiose Oh! Le zeppelin, une imposante composition empruntant au krautrock et au
rock psychédélique pour transcender avec conviction les conventions du post-rock.
Au-delà des mécaniques typiques d'un genre donné, c'est une musique métissée et très
individuelle qui s'offre à nous avec cette fabuleuse ascension.
Si ce sommet n'est plus jamais atteint par la suite, la conclusion de l'album s'affaire
avec brio à consolider un univers particulier pour simplifier l'adhésion de l'auditeur
à cette quête perpétuelle qui semble motiver le musicien belge. La chanteuse
montréalaise Jenna Robertson, du groupe Avia Gardner, se glisse sur la deuxième moitié
de la pièce Sea Horse pour murmurer un de ces airs au charme antique dont elle a
le secret sur un nid de guitares surchargées. Les instruments semblent à la lisière de
l'implosion, au seuil de la défaillance, alors que quelques accords simples sont grattés
de manières cyclique.
Il y a dans cette esthétique de l'imparfait un désir palpable de combattre l'impersonnel
et l'inhumain, de triompher sur la stérilité d'une époque où la musique électronique
s'arrache à toute matérialité pour habiter l'univers du purement cérébral. Au
contraire, The Sea Horse Limbo cherche constamment à nous rappeler ses origines et
à nous soumettre aux émotions de sa création. Pourquoi chercherait-on désespérément
l'instant de franchise d'une chanson pop électronique désincarnée alors que l'on peut
se submerger de vérité? Courtepointe électroacoustique pleine de sincérité, ce nouvel
aMute partage plus d'une qualité avec l'excellent Dead Letters to Lost Friends de
Désormais et se distingue tout comme celui-ci par son aspect à la fois digeste et
aventureux. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 17
Janvier 2007 |
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