ASTRONAUTALIS
The Mighty Ocean & Nine Dark Theaters
Fighting
2006
6 sur 10
Le collage, l’assemblage, la construction, l’amalgamation... Diverses méthodes pour créer un tout nouveau. Si on prend un style et qu'on l’associe à un autre, est-ce que ça marche à tout coup? La majorité des gens en doutent, et pour de bonnes raisons. On se rappelle tous des collaborations terribles entre des artistes rap (Jay-Z) et des groupes de rock tempéré (Limp Bizkit). Il y a déjà deux semaines, ce casse-tête musical a porté fruit avec la pièce A Love Song For Gary Numan d’Astronautalis. Après les trois minutes et quelques secondes, le jeu d’association que j’ai mentionné tantôt était complètement disparu. Si quelqu’un sait bien combiner les genres, c’est Astronautalis. Ça fait déjà quatorze jours que j’essaye de me prouver le contraire, mais j’arrive toujours à la même réponse : ça marche. Quand il ne chante pas, il « rap » et parfois, il ne fait que parler. Sur ce nouvel album, The Mighty Ocean & Nine Dark Theaters, on sent l’inspiration du monde pop et la présence de mélodie, le tout garni de bons « beats ».

Je suis un fier croyant du dicton selon lequel « on trouve du bien dans tout ». Si vous n’avez pas peur de diversifier vos horizons musicaux, Astronautalis est le point de départ parfait de votre voyage. Refusant de se laisser tomber dans un style bien défini, il aime mieux voguer sur plusieurs styles : hip-hop, indie, electro, pop. Le résultat est un album bien construit qui trace un chemin intéressant pour une nouvelle génération d’artistes innovateurs. Je ne suis pas en train de dire que ce style n’a jamais été essayé, mais Astronautalis est le résultat logique de cette démarche de longue haleine. On peut trouver ce pot-pourri de style un peu mélangeant, mais même les auditeurs les plus difficiles ne pourront pas rester indifférents face à ce projet. On a simplement besoin de prendre la pièce Meet Me Here Later pour être charmé par tous les aspects propres à Astronautalis. Avec un gros beat-box en arrière-plan, le chanteur alterne un refrain mélodique exquis et des passages rap nerveux. On se laisse entraîner par la mélodie et la frénésie de sa cadence, à tel point que l’on voudrait voir le refrain se répéter à l’infini. Voilà qui est de plus en plus rare dans la pop contemporaine. Dans un style complètement différent, Short Term Memory Loss fait son entrée d’une façon très timide, grâce à la voix d’une vieille radio accompagnant une mélodie quasiment absente. Et après quelques secondes, le tout explose avec une guitare acoustique, de la batterie, du xylophone et une basse virulente. C’est dans ces moments que l’on sent la pleine puissance de cette association.

Malheureusement, The Mighty Ocean... souffre de quelques problèmes de continuité. Ce n’est pas un album égal. L'ensemble n'est pas à la hauteur de certaines pièces qui nous surprennent encore après plusieurs écoutes. On y retrouve plusieurs traces de remplissage de même que certaines longueurs inutiles. La pièce Barrel Jumping ne fait que briser le rythme bien établi par l’album avec ses basses notes de synthétiseur et une voix que l'on croirait sur les calmants. Une pièce comme Astigmatism peut facilement s'attirer des comparaisons à Buck 65, tant par le ton de voix que par les arrangements plus organiques. C’est petit lacune ne font pas de The Mighty Ocean… un album désagréable, mais il nous fait sauter des pièces plus souvent. Astronautalis tente beaucoup d’avenues et se retrouve en bout de ligne avec une cartographie musicale assez complexe. On dénote ici et là quelques erreurs de débutant, mais il y a beaucoup trop de potentiel pour que l'on repousse cet album sans y porter une oreille attentive. Il y aura toujours ces quelques pièces particulièrement mémorables pour nous rappeler le triomphe mineur de ce Frankenstein musical.
- Maxime Monast, 17 Janvier 2007

 

 

Pistes
01 short term memory loss
02 meet me here later
03 seaweed sheets
04 lost at sea pt. 1 (that old sinking feeling)
05 lost at sea pt. 2 (the getaway)
06 a love song for gary numan
07 barrel jumping (a man of letters)
08 astigmatism
09 skeleton
10 my dinner with andy
11 xmas in july
12 down and out in the bold new city of the south
13 meet me here later (reprise)