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| AT THE DRIVE-IN |
| in/CASINO/OUT |
| Fearless |
| 1998 |
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| 8.5 sur 10 |
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Dès in/CASINO/OUT, At The
Drive-In est une dichotomie en devenir. Ses deux moitiés s'affrontent sur chaque pièce.
Cette guerre civile confère à la musique de l'énergique formation texane une intensité
indéniable. Omar Rodriguez répond aux élans punk héroïques de Jim Ward à grand
renfort de phrasés de guitare vaguement dissonants et souvent éclatés. Les deux
facettes d'At The Drive-In se complètent à merveille. L'une se nourrit de la dynamique
de l'autre. Un dialogue s'est établit entre les deux partis. Chaque chanson élabore un
compromis. Une vision commune a été définie. À l'aide d'une solide dose de distorsion,
l'exécution s'est tonifiée chez At The Drive-In. L'album in/CASINO/OUT est livré
par une bête féroce que le toréador Cedric Bixler dirige et provoque de façon on ne
peut plus charismatique.
Unique en son genre, le chant lyrique de Bixler est un phénomène de foire. À la fois
gueulé et chanté, il s'agit d'un déferlement entraînant de spasmes vocaux
rassembleurs. Les textes de Bixler sont parfaitement cohérents compte tenu de la nature
bizarre de cette livraison instinctive et maniérée. Le chanteur exploite une poésie
adolescente abstraite et étrange, associant librement des images parfois incongrues sans
s'alourdir de liens réels. Ses textes sont de véritables mutants nucléaires, à
l'instar de la musique que propose At The Drive-In. Bien sûr, la fusion de genres que
proposeront plus tard tant Relationship of Command que The Mars Volta n'est ici
qu'à l'état de balbutiements. Déjà, At The Drive-In s'éloigne pourtant des carcans du
punk classique et convenu. Son vocabulaire musical dépasse le simple enchaînement de power
chords abrutissant.
Sur in/CASINO/OUT, At The Drive-In emprunte aux formations emo des premiers temps
leur goût du riff complexe et du note-picking cristallin. L'incroyable Napoleon
Solo est l'expression la plus convaincante de cette forme de rock viscéral et varié.
Alternant savamment entre la force de frappe pure du hardcore et la nature planante du
rock psychédélique, la formation nous entraîne avec elle dans les montagnes russes
déjantées d'un post-hardcore tempéré par l'influence du rock traditionnel. Les
influences d'At The Drive-In dépassent Jawbreaker et Fugazi pour aller de The Fall à
Pink Floyd en passant par les Pixies. On dénote la trace de Rage Against The Machine,
l'élément rap en moins, sur l'excellente A Devil Among The Tailors. Pour sa part,
la mélodique Hulahoop Wounds dévoile le sens dramatique aiguisé du groupe.
À ce niveau, la musique d'At The Drive-In s'avère très représentative des aspirations
de l'indie-rock de son époque. On peut même l'associer à la forme de post-rock que
préconise les Écossais de Mogwai. On tente de réinventer la guitare pour qu'elle
canalise l'émotion, l'intensité et l'authenticité à sa plus pure expression. Les
dynamiques à coeur ouvert sont presque caricaturales. Cette manipulation manichéenne de
la tension atteint son paroxysme sur Shaking Hand Incision. La musique d'At The
Drive-In crie passion avec tout l'air de ses poumons. Ces pièces révèlent toutes, sans
exception et avec une certaine obsession, une quête de la catharsis. La très belle Lopsided
atteint cet état de libération momentané avec une grâce que le reste de l'album
n'arrive jamais à égaler. Transantlantic Foe arrive toutefois à s'en approcher
grâce à ses variations de ton explosives.
"Nothing ever changes except the scenery arrangements", chante Bixler sur Shaking
Hand Incision. Ses textes expriment à l'aide d'une imagerie souvent surréaliste un
ennui propre à l'adolescence. Il se trame en filigrane une critique confuse de
l'Amérique moderne. Pourtant, l'agressivité et l'urgence dont font preuve At The
Drive-In sur in/CASINO/OUT n'ont rien d'opprimant ou de revendicateur. Malgré une
certaine recherche musicale limitée mais palpable, At The Drive-In ne réinvente pas le
punk avec in/CASINO/OUT. C'est The Shape of Punk to Come de Refused, lui
aussi paru en 1998, auquel on pourrait accoler cette étiquette d'album révolutionnaire.
Cependant, At The Drive-In à défaut d'altérer fondamentalement le paysage punk en
propose tout de même une vision revue et corrigée, sérieusement repensée. Sans être
du calibre de Relationship of Command, in/CASINO/OUT demeure une belle
étape dans l'évolution de la formation d'El Paso. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 6
Mars 2006 |
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