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| BIOSPHERE |
| Cirque |
| Touch |
| 2000 |
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| 8.5 sur 10 |
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Ces superbes photos de paysages alpins
qui ornent Cirque représentent bien l'atmosphère qu'irradie la fascinante masse
sonore qu'a édifié sur cet album le Norvégien Geir Jenssen sous le pseudonyme de
Biosphere. En effet, la sensation que l'oxygène se fait de plus en plus rare nous envahie
progressivement au fur et à mesure que l'album se développe, que l'altitude augmente. La
musique de Biosphere transporte l'auditeur dans un univers parallèle qu'il se construit
au gré des repères et des indices laissés par le Norvégien. Cette persistante
impression que les sons sont à la fois amplifiés et absorbés par la géographie de ces
paysages imaginaires est peut-être due à la fascination que semblent exercer les basses
fréquences sur les sens du musicien. Ce sont entre autre ces longues respirations et
perturbations synthétiques habitant les paliers inférieurs de l'échelle des hertz qui
permettent à Cirque d'être une expérience auditive aussi enveloppante.
Ceux qui recherchent rythmes et mélodies dans l'univers électronique trouveront d'un
ennui mortel le travail d'orfèvre de Geir Jenssen. Ses méticuleuses sculptures de
sonorités et de fréquences se passent fort souvent de ces éléments, misant plutôt sur
l'effet physique du son et sur le travail des textures pour envouter l'auditeur. En fait,
c'est surtout vers la fin du périple que des boucles de percussions font leur apparition,
comme si le voyage passait à ce moment en deuxième vitesse et gagnait une dimension
dramatique nouvelle. Sur Algae and Fungi part II, l'intensité atteint son
paroxysme et la tension son zénith. Mais la pression redescend à temps pour la sublime Too
Fragile to Walk On, un objectif final qui valait tous les efforts et l'énergie
dépensés pour l'atteindre. L'expédition se termine ici.
On ne peut pas vraiment détacher les divers morceaux de Cirque les uns des autres.
Comme bien des albums de musique électronique, c'est un tout cohérent dont les pièces
sont les différents étages d'un même édifice. Ces vagues successives de sons
travaillent finalement à l'unisson pour définir les différentes subtilités d'une seule
et unique oeuvre. Pour pleinement apprécier Cirque, il est nécessaire de
s'asseoir et de se laisser emporter. Une écoute distraite laisse pantois, et pour cause:
l'auditeur fait partie de l'expérience auquel il est ici convié. Cirque est la
matière première d'un rêve éveillé, une base à partir de laquelle nous pouvons à
notre tour improviser. Comme toute musique entrant plus ou moins dans la catégorie du
drone, celle de Biosphere joue sur les contrastes délicats et les variations subtiles
plutôt que sur les revirements drastiques. C'est l'attention aux détails qui confère au
travail de Jenssen tout son sens.
Somme toute, on peut tout de même dire que Cirque se conforme aux normes de base
du monde de la musique ambiante. Nappes de claviers atmosphériques et éléments sonores
divers se rejoignent pour créer un climat règle général doux et aérien. Alors que les
basses sont extrêmement profondes et vibrantes, les autres fréquences sont plus gazeuses
et floues. Cet équilibre entre le poids de certains éléments et la légèreté des
autres génère une impression d'omniprésence, comme si l'album prenait pour une
cinquantaine de minutes le contrôle de tout l'espace auditif...
Méditatif et absorbant, Cirque est une réussite marquée dans le domaine de
l'électronique ambiant. D'abord et avant tout remarquable par le travail de production
imposant dont il résulte, cette oeuvre d'une froide beauté gravite aisément jusqu'aux
sommets de son genre. Pour ce musicien norvégien alpiniste à ses heures, il s'agit en
quelque sorte d'un carnet d'impressions découlant de sa passion pour les hautes
altitudes. Riche de petits éléments nouveaux à découvrir à chaque écoute, Cirque
est en son genre un album fort mémorable, à défaut d'offrir de jolies mélodies à
siffler joyeusement. Ceux qui ne peuvent se payer un petit périple sur les cimes de
l'Himalaya trouveront peut-être ici une alternative drôlement moins onéreuse et
risquée qui peut même se vivre pantoufles aux pieds. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 21
Mars 2005 |
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