BLACK OX ORKESTAR
Nisht Azoy
Constellation
2006
7.5 sur 10
Les liens à la tradition sont une lame à double tranchant. Ils laissent souvent des séquelles qui entraînent de profondes convictions semblant impossibles à briser. D'une autre part, ces liens peuvent être transgressés et ainsi donner naissance à une nouvelle alternative. Souvent, c'est un chemin qui s'inspire grandement du passé, mais qui expérimente avec de nouvelles façons de procéder. On pense que la modernité se définit par cette rupture d'avec ses pères par laquelle on accède à un état unique ou pur. Avec son deuxième album, Nisht Azoy, la formation Black Ox Orkestar propose ce changement et ce même si les éléments du passé sont très présents. Avec ce disque, le groupe tente de façonner une nouvelle vision très prometteuse et pleine de bonne volonté.

À l'aide de différents musiciens de la scène montréalaise, Black Ox Orkestar tente de capturer l'efficacité tout en préservant l'intégrité de ses propres racines, les hymnes juifs. Il faut aussi spécifier que le groupe voyage beaucoup musicalement parlant, touchant ainsi à plusieurs courants des musiques du Moyen-Orient auquels s'ajoutentent d'autres références dont peu sont contemporaines. La beauté de ce groupe réside dans l'actualisation de ce son passé à une audience d'aujourd'hui. Le groupe travaille avec acharnation cette double identité. Les compositions et les mélodies restent très familières et ne dépassent aucunement nos attentes. Rester fidèle à son passé est pour Black Ox Orkestar à la fois une forme de suicide évolutif comme groupe et d'évolution pour le mouvement. On apprend que la cause semble plus importante et que c'est ce « nouveau » son qui doit survivre. Si on extrapole le tout, c'est la survie du message et non du messager qui est importante.

Nisht Azoy, étudié comme un album au sens strict, propose des moments fort intéressants tant en complexité, en émotions et en intensité. Ces facteurs peuvent facilement documenter la puissance du disque. En effet, l'instrumentation du groupe sert de point de référence pour véhiculer son message (sans oublier les paroles, en Hébreux, de Scott Gilmore Levine). Les membres se chargent de façonner un paysage très linéaire, mais avec une complexité fascinante. Une pièce comme Az Vey Dem Tant témoigne de ceci et inclut la présence temporaire d'une voix captivante. Les chants sur cet album semblent servir comme effet de crescendo et permettent à l'auditeur de devenir une partie intégrante de la chanson. Étrangement, l'exécution de cette théorie s'avère véridique avec une pièce comme Bukharian. Par contre, la pièce agit aussi d'une façon simple, en posant les bases d'une atmosphère très sinistre. L'émotion, qui semblait être moins véhiculée par les instruments, prend un sens avec l'apparition de cette puissante vocalisation.

Il semble propice de finir en parlant de la nostalgie et de la puissance qu'évoque l'ensemble du disque. Un élément important de ces huit chansons demeure les images mentales qui percutent associées aux thèmes, ou plutôt à l'atmosphère générale, de Nisht Azoy. Il semble impossible, à mes yeux, de détacher ces histoires du passé. En tentant de façonner ce nouveau rapport avec ces hymnes traditionnels, le groupe transpose aussi tout un bagage émotionnel et culturel. Puis, la puissance de cette nostalgie traverse la musique et se dirige vers nous, l'auditeur. Le seul reproche qu'il me semble possible de formuler repose sur la surenchère mélodramatique de l'essai. Par contre, ce facteur ne me semble pas assez fort être validé. Nisht Azoy représente un mouvement, une évolution et un message.
- Maxime Monast, 11 Avril 2006

 

 

Pistes
01 bukharian
02 az vey dem tatn
03 violin duet
04 ikh ken tsvey zayn
05 ratsekr grec
06 tsvey tabelakh
07 dobriden
08 golem