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| DANIEL BOUCHER |
| La Patente |
| Boucane Bleue |
| 2004 |
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| 8 sur 10 |
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En théorie, la démocratie permet à
tous et chacun de prendre position, dagir et de choisir dans la sphère du «
vivre-ensemble ». Malheureusement, en tant que citoyen, peu dentre nous avons la
possibilité de réellement faire entendre notre voix ; le vote aux élections ne
permettant que de choisir entre deux et dans de rares cas trois options (ayant des chances
de former le gouvernement) idéologiquement très convergentes. Toutefois, certains
individus, dont lartiste, possèdent une précieuse tribune, outil de réflexion, de
conscientisation et de partage. Des musiciens comme Daniel Boucher décide même
délargir leur espace de liberté en créant leur propre étiquette de disque dans
le but de se délier les mains des contrats conclus avec les multinationales du «
divertissement » et autres rapaces du genres. Après le succès commercial incontestable
de son Dix mille matins paru en 1999, Boucher lance Boucane Bleue, maison de
production ayant « pour mission de soutenir ses artistes en respectant leur façon de
travailler tout en prenant en considération leurs valeurs et en mettant laccent sur
la créativité, loriginalité et la nouveauté » (Site internet : http://www.boucanebleue.com/).
Il a fallu attendre jusquen 2004 pour constater le changement de cap de Boucher avec
La Patente, album aux sonorités rocks modernes, où se conjuguent engagement et
sensibilité. Éclectique, ce deuxième essai du montréalais maintenant installé en
Gaspésie se veut toutefois très accessible. En effet, le pop colle autant à Boucher que
le charisme et la séduction lors de ses concerts. Malgré une certaine influence
expérimentale, La Patente regorge dune panoplie de mélodies et de vers tous
aussi accrocheurs les uns que les autres. Agréable surprise, lécriture de Boucher
à même pris beaucoup de maturité en faisant régulièrement réfléchir : le niveau de
langue souvent familier et parfois très familier, utilisé par Boucher, naltère en
rien lefficacité de son écriture. Avec sa simple mais indéniablement habile
plume, lauteur-compositeur-interprète samuse à créer de nouveaux mots, à
utiliser divers québécismes ainsi quà incorporer quelques expressions
québécoises dinfluences anglophones ; on rencontre aussi plusieurs procédés
stylistiques savamment utilisés. Il sait toutefois ne pas « beurrer trop épais », tout
en sengageant sur des questions sociales. Bref, on sent que Daniel Boucher est
réellement plus à laise avec son écriture : il évoque en quelques mots ce que
dautres prendraient une page pour dire.
Cest plus particulièrement grâce à son chant que le style décriture de
Boucher gagne de son intérêt. Sans avoir une grande voix, ses paroles gambadent
littéralement sur les différents accents rythmiques. À la limite, on croirait même
entendre certains aspects du hip-hop dans le débit de sa voix. Il ne faut
cependant pas se leurrer, au niveau musical, Daniel Boucher évolue clairement dans le
rock et parfois dans le folk. De plus, Radiohead a visiblement marqué Boucher et il ne se
le cache pas, probablement comme des milliers voir des millions dautres musiciens.
Seulement, la nouveauté tient au fait que linfluence « radioheadienne »
est amalgamée de façon très crédible à une chanson fièrement québécoise. À ce
niveau, le rockeur réussit donc son coup sur toute la ligne, certains devraient même le
prendre comme exemple. Cest donc avec laide de la musique électronique et de
léchantillonnage que La Patente prend une toute autre dimension et demeure
par le fait même intéressant dun bout à lautre. Tout comme le prouve ses
concerts, Boucher sest entouré de solides musiciens démontrant audace et
créativité.
Comme mentionné plus tôt, La Patente est un album nettement éclectique. La
pièce titre, La Patente, fortement pop mais assez sombre, tombe parfois dans le
psychédélique, où les différentes textures et les guitares planantes se côtoient.
Voyons donc[/i], la chanson suivante, est agréablement accrocheuse et beaucoup plus
lumineuse et calme que la précédente. Boucher y fait une démonstration de
loriginalité de son chant en nous relatant en quelque sorte un exercice
dintrospection. Le cinquième morceau, Le Vent soufflait mes pellicules, se
dirige pour sa part dans un rock plus lourd. Premier extrait de lalbum, cette
chanson fut aussi accompagnée dun excellent vidéoclip. Par ailleurs, plusieurs se
souviendront de la remarquable et combien accrocheuse Minuit et demi. Joignant
intimisme et engagement, ce septième titre est finement composé et exploite le langage
familier de Boucher avec brio. Le cynisme et laspect critique sociale du parolier
saffirment très bien avec Comment ça, pièce des plus agréable aux paroles
captivantes. Magnifiquement arrangée et planante, Comment ça exprime tout le
dégoût de Boucher face au consensus actuel : « Comment ça quon sort pu
dla ouate
à moins quça paye ? ». Cest vers la fin de La
Patente, avec Petit Miel, sorte de poème parlé, quon comprend mieux
laffirmation de la sensibilité du Québécois. Dune durée de 1 minutes 18
secondes, cette pièce permet à Boucher dexprimer bellement ses sentiments par
rapport à son nouveau rôle de père. Comme pour comparer lenfance, la création de
lidentité de lindividu, et le processus de libération dun peuple,
cest-à-dire son autodétermination démocratique et laffirmation de son
identité, lalbum se termine avec léloquente et superbe Ressaye 2,
suite de la première pièce, Ressaye 1 (Homme dintérêt).
Passant de la critique sociale à lintimisme et loptimisme, Daniel Boucher
prouve avec La Patente quil sinscrit parmi les grands de la chanson
québécoise, et se dissocie en même temps dune vague de paroliers québécois
amorphes tels les Fred Fortin et compagnie. Les forces de Boucher résident surtout dans
le fait dévoluer dans la musique pop mais dinclure des éléments de rock
contemporain parfois expérimental et de musique électronique. De plus, son usage de la
langue, même sil évolue dans un registre familier, reste de tout temps brillant et
laisse paraître sa grande honnêteté. Daniel Boucher constitue le genre de personnalité
publique que les nouvelles générations de Québécois ont besoin pour garder espoir et
trouver la force de passer à laction vers lindépendance face au poids des «
moumoutes grises », comme lexprime si bien Boucher lui-même. La Patente
est en somme un excellent album rock qui, de par son accessibilité, permet à tous et
chacun dapprécier de la musique inventive et une bonne dose de sensibilité tout en
remettant en question ses principes moraux et ses habitudes de vie. |
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| - Mathieu Charbonneau, 1er Août
2005 |
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