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| DAVID BOWIE |
| Never Let Me Down |
| EMI |
| 1987 |
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| 2.5 sur 10 |
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Maintenant que tout le monde semble
passionné par les années 80, on peut s'attendre à ce que DJs et musicologues de toutes
sortes tentent de ressortir des profondeurs inconnues de cette décennie de vieilles
chansons oubliées par la collectivité pour leur donner une seconde chance de briller. Je
suis certain que quelque part sur Terre, quelqu'un a déjà libéré sa copie de Never
Let Me Down de sa prison de poussière et de boules à mites et redécouvert Time
Will Crawl. Même sur un album universellement détesté tel que celui-ci, on trouve
parfois de petits bijoux. Sans être LE grand classique méconnu du répertoire bien garni
de Bowie, force est d'admettre que Time Will Crawl est un petit morceau de new-wave
bien ficelé, compte tenu du fait que, de l'aveu même de son créateur, la musique était
secondaire à l'argent et aux drogues à cette époque particulière de sa vie. Or, voici
maintenant que notre hypothétique archéologue auditif, tout fier de sa découverte, la
fait tourner à qui mieux-mieux et arrive même à convaincre quelques pauvres âmes de
son efficacité.
Maintenant, imaginez que l'une de ses victimes innocentes s'aventure un jour dans un
magasin de disques usagés et qu'à la vue des six copies de Never Let Me Down en
rabais qui se trouvent collées l'une à l'autre, un écho du refrain de Time Will
Crawl ou alors des dernières notes du solo de guitare de celle-ci n'envahisse son
pauvre esprit en perdition. La voici soudainement à la caisse avec en main la galette en
question, tentant de se convaincre qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture ou un
disque à son atroce pochette, pensant naïvement qu'il y a bien assez de merveilles
cachées sur l'album maudit pour justifier les cinq dollars qu'il s'apprête à
débourser. NON! Ceci est la dernière d'une interminable série de mises en gardes à
l'encontre de Never Let Me Down. Elle est à prendre au sérieux. Ce n'est pas sans
aucune justification que c'est encore à ce jour l'album de Bowie s'étant le moins bien
vendu et que c'est pourtant celui qui est le plus souvent disponible chez les revendeurs
de disques en tous genres.
Ce n'est pas l'allergie collective de la nation alternative des années 90 au son de
batterie caractéristique des années 80 qui a assuré l'ostracisme frôlant le racisme
dont fut victime Never Let Me Down. Même du temps où tout était produit dans les
mêmes palettes que l'album en question, on s'entendait pour dire qu'il était médiocre
au mieux. Après le succès international de l'album Let's Dance, Bowie aura tenté
de reproduire celui-ci jusqu'à ce qu'il entende les Pixies et forme Tin Machine. Never
Let Me Down est le dernier de cette lignée d'imitations de Let's Dance qu'aura
lancé Bowie durant les années 80. Mais à l'inverse de cet album, Never Let Me Down
ne peut pas compter sur le talent de Stevie Ray Vaughn à la guitare ou de la puissance de
la chanson-titre pour se racheter. Les chansons sont en fait une sordide accumulation de
clichés de l'époque agglomérés autour de refrains anémiques, ornés pour combler le
tout des textes affreux de Bowie.
Il faut bien avouer que Glass Spider est tellement ridicule qu'elle en devient
charmante. Après une introduction se voulant atmosphérique et sombre, sorte de pastiche
du rock gothique de l'époque où Bowie décrit avec moult détails le repaire d'une
quelconque créature mystique qu'il a dû imaginer durant le tournage de Labyrinth,
le chanteur se lance dans une sorte de mantra débile crié par les enfants de la dite
araignée. Le délire est tel qu'il n'est pas dépourvu d'intérêt, d'autant plus que
Peter Frampton y offre un solo inspiré et que le rythme n'est pas mauvais. N'empêche que
cette curiosité n'est pas le genre de chanson que l'on écoute en boucle jusqu'à notre
mort. L'autre quasi bon coup de l'album serait '87 and Cry où Bowie pousse vers la
fin un cri qui a dû inspiré Scott Weiland toute sa vie. Vous croirez vraiment entendre
le chanteur des Stone Temple Pilots.
Or, ces très maigres consolations ne peuvent cacher le fait que Never Let Me Down
est à réserver aux collectionneurs les plus assidus. Le fait que Mickey Rourke y
apparaisse le temps d'un rap devrait confirmer vos pires craintes. Voici un album qui
n'est pas victime de préjugés mais bel et bien de sa propre médiocrité. Il y au moins
six ou sept incontournables dans la discographie de Bowie, soit beaucoup trop pour
commencer à perdre son temps sur les sous-produits ratés de son plus grand succès
commercial. Personne n'en veut une ré-édition et personne ne voudra l'entendre de si
tôt. Never Let Me Down peut aller être mauvais tout seul dans son coin et il n'y
aura pas une âme au monde pour s'en plaindre. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 15
Février 2005 |
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