!!!
Myth Takes
Warp
2007
7.5 sur 10
«Progressive House», inscrit !!! -- au côté de «Healing & EasyListening» -- sur sa page MySpace dans une tentative de catégoriser sa musique. L'usage du terme peut se prendre à la blague, ou encore inspirer chez les plus cyniques un rictus sceptique. Mais avec un peu de recul, force est bien d'admettre que l'étiquette pourrait ne pas s'avérer aussi autodérisoire qu'elle puisse paraître ; ceci n'est-il pas le même groupe qui nous servit en 2003 l'ambitieux «single» extensif qu'était Me and Giuliani Down by the School Yard (A True Story)? Si tel est le cas, la perspective d'une nouvelle surprise ou deux de la part de cet énergique ensemble dance-rock a de quoi titiller la curiosité, accompagnée d'un légitime intérêt musical.

Ce que découvre donc à son plus grand bonheur l'auditeur bien disposé en se lançant dans l'aventure de Myth Takes, c'est un album pop se démarquant par son dynamisme incroyable: un cocktail varié, explosif et ludique avant de se prétendre quoi que ce soit d'autre. Ce que lui révèlent les écoutes répétées, c'est un travail de groupe enivrant et tout à fait maîtrisé, naviguant sur des grooves travaillés et une remarquable propulsion rythmique. Dans ses meilleurs moments, l'espace sonore que meuble le groupe prend des aspects de grande caverne propice à la réverbération et au mouvement. Composé de huit membres à temps plein dont la présence ne se fait pas toujours intégralement sentir, !!! ne laisse que très rarement gîr sans vie un morceau récalcitrant ; il préfèrera le fouetter à coups de guitares ici cruciales et omniprésentes, dépassant le simple pastiche d'Andy Gill vers une dynamique funk plus adaptable et moins rigoureusement tranchée. Le résultat s'avère original, coloré, à l'image de l'hallucinant livret d'accompagnement, et développé en profondeur de manière plus que convainquante, en dépit de certains faux pas.

Une introduction courte et rapidement apprivoisée donne le ton avec énergie. «Sometimes it's really just like the movies», susurre le «showman» Nic Offer avant que ne lui emboite le pas un savoureux riff tout droit sorti d'un western à l'italienne trop plein de vitamines, dans un moment parfaitement évocateur. L'étourdissante All My Heroes Are Weirdos démarre quant à elle définitivement le bal avec sa frénésie tribale bondissant des hauts-parleurs. Par son ouverture en force et débordant d'assurance, !!! capte l'attention tout en rappelant sa tendance à privilégier un mélange limpide et cohérent d'instrumentation rock et de pure décharge dansante.

En effet, des morceaux d'inspiration pop plus commune et indéniablement «kitsch» tels que la très assumée Must Be the Moon ou la populaire Heart of Hearts ne prennent tout leur sens qu'au moment de s'embarquer dans des «jams» hybrides brillants poussant la durée vers la barre des six minutes. La force intrinsèque à l'utilisation d'une batterie acoustique (parfois double), les subtiles modulations appliquées à des lignes de basse infiniment «groovy» et les constantes manipulations d'arrière-plan s'unissent pour transformer des compositions au squelette parfois modeste ou convenu en des perles de divertissement comme on en voit rarement. En ce sens, l'album atteint une apogée franchement à couper le souffle dans son enchaînement épique de Bend Over Beethoven, tour à tour planante dans son traitement de la voix et furieuse dans son estomaquant crescendo de guitares funk et de vibrations électroniques, suivie de Break In Case of Anything, mêlant dub et musique brésilienne dans un enthousiasme contagieux avant d'offrir un coussin d'atterrissage bien mérité. Pris individuellement, les moments forts de Myth Takes s'inscrivent immédiatement dans la mémoire par leur sonorité très distincte et leur intarissable énergie.

Ceci dit, tant d'éloges ne sauraient compenser certaines faiblesses. L'album se permet un certain moment de répit après l'explosion ultime de Heart of Hearts avec un morceau peu concluant au refrain ennuyant confirmant par-dessus tout le pouvoir d'agacement de la voix de Nic Offer, personnage par définition et chanteur par extension. Tout au long du disque, son total manque de crédibilité ajouté à ses paroles insignifiantes neutralisent toute possibilité d'engagement de niveau plus «émotif», mais permettent heureusement de centrer l'attention sur la véritable recherche musicale à l'oeuvre sous la charpente élémentaire de cette pop aux accents mélodiques déjà vus. Sans contredit, !!! ne réinvente pas la composition mais peaufine néanmoins des arrangements riches et hautement inventifs que l'on se plait à découvrir encore et encore.

Myth Takes se conclut de manière tout à fait adéquate et laisse une réjouissante impression d'achèvement. Il s'agit d'un album pop de la meilleure espèce, du fait qu'il s'écoute aussi bien au salon que durant une séance de jogging, trouvant dans l'ordre et le choix de ses morceaux un équilibre remarquable entre intensité sonore plus sombre et véritable exubérance joyeuse. Son «importance» dans l'histoire du rock est certes nulle, sa «pertinence» en tant qu'oeuvre d'art à peu près inexistante. Mais tant de mouvement effrené et de pur raffinement sonore sont difficiles à retrouver rassemblés de façon aussi naturelle sur un même album de moins d'une heure. C'est pour cela que l'on retournera régulièrement à Myth Takes en attendant patiemment la prochaine offrande de ce groupe n'ayant visiblement pas encore épuisé son sac à magie.
- Louis Filiatrault, 17 Avril 2007

 

 

Pistes
01 myth takes
02 all my heroes are weirdos
03 must be the moon
04 a new name
05 heart of hearts
06 sweet life
07 yadnus
08 bend over beethoven
09 break in case of anything
10 infinifold