| Dès Brain Sluts, les
amateurs de hip hop remarqueront l'influence de Cannibal Ox sur le travail de Coaxial.
Bien que ce ne soit qu'un premier EP d'à peine vingt-trois minutes, The Phantom
Syndrome permet d'en déduire beaucoup sur la personnalité du duo californien. Des
références à Kurt Vonnegut en passant par ces pistes musicales planantes dont les
synthétiseurs liquides rappellent le travail d'El-P sur le classique Cold Vein
de Cannibal Ox, Coaxial a une dette envers toute une vague de hip hop dont les sonorités
futuristes sont inspirées du sombre monde de la science-fiction. Alliant ces textures
dures et presque opprimantes à un contenu politisé d'actualité, l'alliance entre le DJ
David K. et le MC Beegs Alchemy a sur papier de quoi intéresser. Malheureusement,
The Phantom Syndrome n'arrive que très rarement à piquer concrètement notre
curiosité. Non seulement ses rythmes sales saturés par la distorsion laissent-ils une
impression de déjà-vu qui demeure nettement à l'avantage du dernier Dälek, mais Beegs
Alchemy s'avère un MC peu inspiré au flot fort malhabile. Or, son débit maladroit ne
fait qu'amplifier le peu d'aisance dont il fait preuve avec les mots. Deux tares qui
coûtent à ce projet sa crédibilité. On voudrait pouvoir encourager ce duo américain
qui ose sortir le rap de son vieux ghetto des clichés dépassés pour s'attaquer à coup
de métaphores grandioses sur la situation politique en Amérique et la guerre. Mais les
textes n'ont pas de réelle profondeur et les aspirations expérimentales du duo au niveau
sonique s'avèrent règle générale n'être qu'une illusion du genre à s'évaporer bien
vite.
Le fait est que l'on a déjà entendu bien plus inventif et original en guise de
production hip hop, et que la présence sclérosée de Beegs ne fait en fin de compte
qu'accentuer le manque de fluidité des arrangements et du ton général de l'ensemble. Si
The Phantom Syndrome aspire à marier modernité et tradition en ressortant par
exemple des calandres grecques ce classique du synthétiseur qu'est le Mini Moog Voyager,
force est d'admettre que les pièces instrumentales telles que The Forewarning
n'arrivent pas à se libérer des conventions définies il y a de cela des lunes par DJ
Shadow.
Reste l'excellente conclusion Laughing Machines, une pièce de plus de
six minutes sur laquelle Coaxial invite le guitariste de The Mars Volta, Omar A.
Rodriguez-Lopez, à venir réchauffer l'atmosphère d'une guitare survoltée et torturée
qui se marrie à merveille aux textures fracturées caractéristiques de la production du
groupe. À tout le moins, The Phantom Syndrome a le mérite de nous donner le
goût de voir Rodriguez lancer son propre projet hip hop plutôt que de se contenter de
rehausser le travail des autres.
Plus libre, voire même déchaînée, que la très funky collaboration avec le
Handsome Boy Modeling School de Dan The Automator, Laughing Machines donne une
idée du potentiel de Rodriguez dans un univers plus direct que les labyrinthiques
compositions progressives du récent Frances The Mute. Pourquoi ne pas assister
le pauvre Saul Williams le temps d'un album, un MC incroyablement doué qui n'a jamais
réussit à dénicher une production digne de son talent, plutôt que de venir gaspiller
son énergie avec ces limités Coaxial? Après tout, les fans de la première heure de The
Mars Volta se souviendront que Williams avait assuré en solo la première partie de la
tournée de De-Loused In The Comatorium...
En fin de compte, The Phantom Syndrome m'aura donné le goût de
laisser une seconde chance à Frances The Mute. Que je sois plus intéressé à
parler de The Mars Volta que de Coaxial à l'écoute de ce premier EP du groupe en dit
long sur son intérêt fort relatif. Il existe bien pire en ce bas-monde que cet honnête
essai hip hop. Mais des albums tels qu'Absence de Dälek et The Cold Vein
de Cannibal Ox méritent l'attention bien avant ce Phantom Syndrome, trop correct
pour motiver le mépris mais trop fade pour provoquer l'intérêt. |