COAXIAL
The Phantom Syndrome
Gold Standard Laboratories
2005
5 sur 10
Dès Brain Sluts, les amateurs de hip hop remarqueront l'influence de Cannibal Ox sur le travail de Coaxial. Bien que ce ne soit qu'un premier EP d'à peine vingt-trois minutes, The Phantom Syndrome permet d'en déduire beaucoup sur la personnalité du duo californien. Des références à Kurt Vonnegut en passant par ces pistes musicales planantes dont les synthétiseurs liquides rappellent le travail d'El-P sur le classique Cold Vein de Cannibal Ox, Coaxial a une dette envers toute une vague de hip hop dont les sonorités futuristes sont inspirées du sombre monde de la science-fiction. Alliant ces textures dures et presque opprimantes à un contenu politisé d'actualité, l'alliance entre le DJ David K. et le MC Beegs Alchemy a sur papier de quoi intéresser.

Malheureusement, The Phantom Syndrome n'arrive que très rarement à piquer concrètement notre curiosité. Non seulement ses rythmes sales saturés par la distorsion laissent-ils une impression de déjà-vu qui demeure nettement à l'avantage du dernier Dälek, mais Beegs Alchemy s'avère un MC peu inspiré au flot fort malhabile. Or, son débit maladroit ne fait qu'amplifier le peu d'aisance dont il fait preuve avec les mots. Deux tares qui coûtent à ce projet sa crédibilité. On voudrait pouvoir encourager ce duo américain qui ose sortir le rap de son vieux ghetto des clichés dépassés pour s'attaquer à coup de métaphores grandioses sur la situation politique en Amérique et la guerre. Mais les textes n'ont pas de réelle profondeur et les aspirations expérimentales du duo au niveau sonique s'avèrent règle générale n'être qu'une illusion du genre à s'évaporer bien vite.

Le fait est que l'on a déjà entendu bien plus inventif et original en guise de production hip hop, et que la présence sclérosée de Beegs ne fait en fin de compte qu'accentuer le manque de fluidité des arrangements et du ton général de l'ensemble. Si The Phantom Syndrome aspire à marier modernité et tradition en ressortant par exemple des calandres grecques ce classique du synthétiseur qu'est le Mini Moog Voyager, force est d'admettre que les pièces instrumentales telles que The Forewarning n'arrivent pas à se libérer des conventions définies il y a de cela des lunes par DJ Shadow.

Reste l'excellente conclusion Laughing Machines, une pièce de plus de six minutes sur laquelle Coaxial invite le guitariste de The Mars Volta, Omar A. Rodriguez-Lopez, à venir réchauffer l'atmosphère d'une guitare survoltée et torturée qui se marrie à merveille aux textures fracturées caractéristiques de la production du groupe. À tout le moins, The Phantom Syndrome a le mérite de nous donner le goût de voir Rodriguez lancer son propre projet hip hop plutôt que de se contenter de rehausser le travail des autres.

Plus libre, voire même déchaînée, que la très funky collaboration avec le Handsome Boy Modeling School de Dan The Automator, Laughing Machines donne une idée du potentiel de Rodriguez dans un univers plus direct que les labyrinthiques compositions progressives du récent Frances The Mute. Pourquoi ne pas assister le pauvre Saul Williams le temps d'un album, un MC incroyablement doué qui n'a jamais réussit à dénicher une production digne de son talent, plutôt que de venir gaspiller son énergie avec ces limités Coaxial? Après tout, les fans de la première heure de The Mars Volta se souviendront que Williams avait assuré en solo la première partie de la tournée de De-Loused In The Comatorium...

En fin de compte, The Phantom Syndrome m'aura donné le goût de laisser une seconde chance à Frances The Mute. Que je sois plus intéressé à parler de The Mars Volta que de Coaxial à l'écoute de ce premier EP du groupe en dit long sur son intérêt fort relatif. Il existe bien pire en ce bas-monde que cet honnête essai hip hop. Mais des albums tels qu'Absence de Dälek et The Cold Vein de Cannibal Ox méritent l'attention bien avant ce Phantom Syndrome, trop correct pour motiver le mépris mais trop fade pour provoquer l'intérêt.

- Alexandre Fontaine Rousseau, 5 Septembre 2005

 

 

Pistes
01 brain sluts
02 mother had an axis
03 forewarning
04 no elixer
05 laughing machines