THE COUP
Pick a Bigger Weapon
Epitaph
2006
7.5 sur 10
Il est facile, de nos jours, d’oublier que le hip hop se veut un mouvement revendicateur construit de tensions sociales et d’un combat émancipatoire. Les émanations toxiques de 50 Cent s’échappant des voitures banlieusardes créent trop souvent des blancs de mémoire. Heureusement, The Coup nous lance une grenade en pleine gueule histoire de nous ramener à la raison. Alliant des textes engagés à des beats funks, la formation de San Francisco propose un Pick A Bigger Weapon savoureux et groovy en attendant la révolution.

Ce coup, c’est principalement l’œuvre de Boots Riley, producteur et MC fluide aux textes activistes, et de Pam the Funkstress, l’une des rares femmes derrière les tables tournantes dans le hip hop. Formé au début des années 90, en plein cœur de la vague gangsta, The Coup revient en force avec son cinquième album après un hiatus de quatre ans. S’entourant de collaborateurs chevronnés issus du hip hop alternatif, du rock et du funk, Boots Riley propose une virulente critique de son pays sans jamais porter ombrage à l’aspect festif et rassembleur de la musique.

La recette de base de Pick A Bigger Weapon est toute simple : des textes engagés, souvent assaisonnés d’un humour critique savoureux, savamment disposés sur des beats funks minimalistes typiquement George Clinton misant sur l’omniprésence de la basse et de claviers rappelant Parliament.

L’introduction de l’album, Bullets and Love, sert de présentation officielle à Boots Riley, mais pas nécessairement au disque. C’est plutôt l’excellente We Are the Ones qui accomplit la tâche. Riley chante le soulèvement des oubliés de fonds de ghettos contre le système en prêtant sa voix au paumé vendant du crack à défaut de mieux. Débordante de tournures de phrases subtiles et amusantes, We Are the Ones est un coup de poing à la figure administré avec le plus grand sourire et d’énormes lunettes de soleil en forme de cœur.

Les références à George Clinton et à Prince sont inévitables sur Laugh/Love/Fuck, savoureuse pièce funky à souhait dont le refrain à lui-seul résume admirablement bien l’album : «I’m here to laugh, love, fuck and drink liquor; and help the damn revolution come quicker.» Trop de clavier, trop de plaisir. S’ensuit My Favorite Mutiny, sympathique pièce de la trempe de We Are the Ones mettant en vedette les collaborations de Talib Kweli et de Black Thought, de The Roots et visant encore une fois la mutinerie contre l’ordre établi.

La pièce IJustWannaLayAroundAllDayInBedWithYou vient toutefois changer l’atmosphère. Tronquant son funk pour un soul feutré et sensuel, The Coup propose une pièce brûlante favorisant l’amour à la ponctualité au travail. Mais ce romantique intermède prend rapidement fin avec Head (Of State), sans doute la pièce la plus cinglante du disque. Revenant au funk, Riley se lance dans un refrain qui se passe de commentaire : «Bush and Hussein together in bed; giving H-E-A-D head. Y’all motherfuckers heard what we said; billions made and millions dead.»

Pick A Bigger Weapon ne s’arrête pas là: la pièce suivante, ShoYoAss est l’un des meilleurs moments de l’album. Voguant sur un groove irrésistible, The Coup se lance dans une autre solide critique de l’oncle Sam. Il ne faut pas prendre le titre d’Ass-Breath Killers à la légère : la pièce est également des plus dénonciatrices. Cette publicité vantant les mérites de la pilule contrant l’haleine nauséabonde causée par les excès de baise-culs de l’Amérique politically correct divertit au plus haut point.

La vague funk se poursuit, au grand plaisir de l’auditeur, jusqu’à une nouvelle pièce soul touchante à souhait mais toujours mordante : BabyLet’sHaveABabyBeforeBushDoSomethin’Crazy. Entièrement chantée par Silk E, la pièce est également marquée par l’excellente guitare de D’Wayne Wiggins. Après un dernier appel au soulèvement avec Captain Sterling’s Little Problem, contenant un solo de guitare de Tom Morello, l’album arrive à terme avec une autre pièce soul : The Stand. Offrant un dernier portrait de vie touchant, celui d’un homme qui prend sa place debout. «Mama never raised no punks, naw; Brawlin’ but never crawlin; Time to put my all in.»

Définitivement, Pick A Bigger Weapon touche la cible. Les splendides textes de Boots Riley valent à eux seuls notre attention, mais ne sont que relevés par la qualité de la musique les entourant. Du hip hop activiste se servant du funk pour promouvoir l’égalité et une société humaine par l’entremise d’un rebelle coiffé d’un afro à faire pâlir d’envie n’importe quel artiste du Motown? On en redemande. Indéniablement, The Coup offre un des bons coups de l’année dans le hip hop, en attendant le coup d’État. Excusez-la.
- Jean-François Cadieux, 19 Mai 2006

 

 

Pistes
01 bullets and love (introduction)
02 we are the ones
03 laugh/love/fuck
04 my favorite mutiny
05 i just wanna lay around all day in the bed with you
06 head (of state)
07 shoyoass
08 yes 'em to death
09 ass-breath killers
10 get that monkey off your back
11 mindfuck (a new equation)
12 two enthusiastic thumbs down
13 i love boosters!
14 tiffany hall
15 baby let's have a baby before bush do something crazy
16 captain sterling's little problem
17 the stand