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| THE DILLINGER ESCAPE PLAN |
| Miss Machine |
| Relapse |
| 2004 |
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| 8.5 sur 10 |
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Dans un monde technocratique où tout
va toujours plus vite, où l'intensité détermine l'émotion et où la quête du moment
rend l'individu de plus en plus insensible, est-il possible que l'on atteigne des sommets
d'intensité où tout le reste ne semblerait qu'être de pâles copies. Non, je ne crois
pas. Mais une chose est sûre, pour l'instant, en fait de violence sonique extrême, The
Dillinger Escape Plan occupe une place de choix sur un sommet distant à l'abri des
regards indiscrets. Le mélange mathématique d'influences jazz, hard-rock, trash-death
metal mixés en phrasés incompréhensibles mais décidement calculés fait de ce groupe
une écoute extrêmement intéressante pour tout musicien averti.
L'album Miss Machine a tout d'une prouesse de gymnaste. D'une intensité
diaboliquement puissante située à la limite de l'écoutable, il est fort de sa
sensibilité musicale. Dans cette musique, il devient difficile de parler de mesures, de
signatures de temps, de styles ou même de "riffs" puisque le groupe envoie
toutes ces préconceptions voler en éclats. Les pièces se trouvent à être des suites
uniques de phrasés évolutifs qui ne se répètent jamais. Les styles sont passés à la
déchiqueteuse. Les signatures de temps deviennent une farce. Les performances sont
sauvagement tortueuses. Miss Machine forme malgré tout un bloc constant et
homogène dans son éclatement.
La formation originaire du New-Jersey nous avait déjà fortement impressionnée avec Calculating
Infinity, inventant par défaut l'appellation "math métal" puis, se faisant
découvrir par Mike Patton, avait décu avec l'éclectique Irony Is A Dead Scene.
Leur troisième opus renoue avec les qualités du premier. C'est-à-dire, un mélange plus
jazz et plus sauvage avec moins d'effets spéciaux. Il est aussi moins difficile à
aborder puisqu'il arbore fièrement un recouvrement hard-rock plus facilement
identifiable.
Un album pop pour Dillinger alors?
Humm... non.
Mais presque. Avec la démocratisation du métal, transformant ce dernier en un produit
radiophonique aisément comestible, plusieurs pièces de l'album pourraient passer à la
radio. Unretrofied, la "power-math-ballad" (sic) d'une force adolescente
et agréable se digère très bien sans sacrifier à la qualité et tient plus du rock que
du metal. Aussi, Setting Fire To Sleeping Giants est dans une veine hard rock plus
aisément appréciable. Mais la véritable force de cet album est sans contredit ses
chansons brutales et violentes tels Panasonic Youth, Van Damsel, We Are
The Storm ou The Perfect Design. Ces pièces ne peuvent cesser de surprendre
par leur incomparable force de frappe et leur incroyable destruction des parties
rythmiques traditionnelles.
Miss Machine commence brutalement, continue dans la même veine et se termine dans
une orgie sonique de violence à en faire fondre les haut-parleurs et saigner les tympans.
Cependant, le groupe sait doser. Contrairement à la plupart des groupes métal,
commençant et finissant leurs albums sur un roulement ahurissant de
"double-pedal", Dillinger sait jouer du contraste pour en mettre plein la vue
(ou plutôt l'ouïe) de l'auditeur. Avec le temps et les écoutes, l'album se découvre
tel un bon vin. Lors des premières écoutes, le groupe nous laisse pantois avec un fou
rire en se disant que ça n'a pas de sens. Puis, lors des écoutes subséquentes, cette
sensation se métamorphose en un intérêt réel pour la musique qui tient d'un
tour-de-force presque surhumain. La rage qu'elle contient devient un effet de style jouant
sur l'incertaine limite entre virtuosité professionnelle et inspiration créatrice.
Élevé à un sommet encore jamais égalé, The Dillinger Escape Plan réussit avec Miss
Machine à produire une musique très intéressante, extrêmement efficace et
diaboliquement intense. En d'autres mots, Dillinger, ça décape, ça décoiffe, ça
torche des culs! (merci Seb) |
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| - Nicolas Martel, 21 Mars 2006 |
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