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| DO MAKE SAY THINK |
| Goodbye Enemy Airship the
Landlord is Dead |
| Constellation |
| 2000 |
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| 8 sur 10 |
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À défaut de changer radicalement de
recette avec Goodbye Enemy Airship the Landlord is Dead, la formation torontoise Do
Make Say Think démontre dès son deuxième album un franc désir d'évoluer vers de
nouveaux horizons et de se détacher du sillage de Tortoise. Alors que l'album éponyme de
1998 descendait directement de la formule établie par les pionniers du fameux "son
de Chicago", ce deuxième essai fait quelques concessions à l'esthétique post-rock
montréalaise dont les plus célèbres ambassadeurs demeurent Godspeed You Black Emperor!
et ses nombreux satellites. Sonorités saturées et guitares grésillantes prennent ici la
relève des textures plus propres de Do Make Say Think sur ce Goodbye Enemy Airship the
Landlord is Dead dans l'ensemble plus sale et rustique que son prédécesseur.
Enregistré sur une période d'une semaine dans une grange isolée située près de Port
Hope en Ontario, le cycle de chansons que propose Goodbye Enemy Airship est plus
homogène et mieux défini que ne l'était celui de l'album éponyme. Cette mise au foyer
ne se fait pas sans perdre quelques-unes des qualités propre à l'éparpillement. Ainsi
cette impression de liberté absolue, caractéristique du premier album de la formation, a
été tempérée en faveur d'une certaine uniformité stylistique. Ici, les guitares
semblent travailler à l'unisson avec les crépitements électroniques pour créer
certaines textures particulières et les pièces sont en général plus dirigées. Mais
l'errance des longues pièces énigmatiques du premier album du groupe était en partie
responsable de leur charme.
Si la perpétuelle recherche de Do Make Say Think était fascinante,
l'impressionnisme appliqué de Goodbye Enemy Airship the Landlord is Dead l'est
tout autant. On pourra comparer les deux albums afin de les décortiquer à notre guise,
mais il faut les approcher d'une manière différente pour les apprécier à leur juste
valeur. Certes, les fondations sont à peu près les mêmes: un rock instrumental plutôt
cérébral propulsé par une solide section rythmique munie de deux batteries, autour de
laquelle conversent synthétiseurs, saxophones et guitares.
Pourtant, le groupe embrasse la construction en crescendo qu'il évitait largement avec
son premier album dès la première pièce de l'album, la tendue Day Chokes The Night.
Suivra Minmin et sa rythmique ferroviaire hypnotique, où le groupe démontre un
goût certain pour la dissonance. Plus abrasif et dense, Goodbye Enemy Airship the
Landlord is Dead est peint en tons de gris et en jets d'obscurités. On sait bien que
le post-rock n'est pas reconnu pour ses souriantes odes instrumentales aux lapins roses
gambadant joyeusement dans les prairies vertes, mais Do Make Say Think arborait une
palette de couleurs plus vives. Ici, le portrait est effacé alors qu'au contraire le
volume grimpe tandis que les compositions deviennent plus complexes.
Jusqu'à la dernière pièce, l'épique Goodbye Enemy Airship, le second album de
Do Make Say Think arrive sans relâchement involontaire à nourrir une puissante ascension
de ses tensions bouillonnantes tout en laissant une sensation de calme se propager en
filigrane. Moins ambitieux que plusieurs de ses confrères de la scène post-rock
nordique, le sextet torontois arrive à un équilibre parfait entre la grandeur et
l'introspection, entre la lumière et la noirceur, entre la mélodie et le bruit. En tout
et pour tout, il s'agit d'une belle évolution pour le groupe qui, déjà, cimente ici
avec brio sa réputation dans le milieu du rock instrumental actuel. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 31
Octobre 2005 |
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