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| BOB DYLAN |
| Blonde on Blonde |
| Columbia |
| 1966 |
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| 10 sur 10 |
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Une vieille blague va comme suit:
combien faut-il de folkies pour changer une ampoule? Un pour faire le boulot et
quatre-vingt-dix-neuf pour dire que c'était bien mieux avant. En 1966, Bob Dylan avait
carrément toute la communauté folk sur le dos. Aux yeux de ses anciens supporteurs,
Dylan était maintenant le Judas électrique qui avait trahi ses frères en troquant sa
guitare acoustique pour un groupe de rock. Mais plutôt que de demander pardon pour son
génial Highway 61 Revisited, Dylan allait poursuivre l'aventure électrique
question d'envoyer paître une bonne fois pour toute ceux qui demandaient un nouveau Freewheelin'.
C'est dans cette optique qu'il enregistre à Nashville le premier album double de
l'histoire du rock, le mythique Blonde On Blonde. Ce sera l'album de la
confirmation pour l'auteur-compositeur-interprète américain. Si quelqu'un sur Terre
doutait encore du sérieux de sa nouvelle orientation musicale, Blonde On Blonde
était le coup de grâce. Les folkies allaient écumer de rage tandis que les mélomanes
extatique se préparaient à consacrer les quarante prochaine années à décortiquer
chaque infime détail de ce véritable monstre sacré de la musique populaire du
vingtième siècle.
Éclaté et riche, Blonde On Blonde est un album plus confiant encore que ne
l'était son prédécesseur plus près de la confrontation directe. Ici, Dylan aiguise le
son de Highway 61 pour faire éclore un kaléidoscope saisissant d'idées tant
musicales que littéraires. Avant que tout autre aspect de l'oeuvre ne fasse effet, ce
sont ces textes fascinants cumulant les images uniques et éloquentes dont le raffinement
capte notre attention. Même Rainy Day Women 12 & 35, interprétée par
plusieurs comme un hymne intoxiqué à l'intoxication, s'avère un double sens
paranoïaque où "everybody must get stoned" est une référence à la
lapidation. Le jeu de mot est puéril lorsqu'on le compare par exemple au complexe poème
amoureux Visions Of Johanna, probablement l'un des textes les plus satisfaisants et
foncièrement inventifs qu'a écrit Dylan. La pièce s'avère représentative d'un album
dont le surréalisme est moins social, à la limite plus personnel et romantique. Même si
Dylan, l'humain, se cache toujours derrière un mur d'abstractions lyriques et d'images
hallucinées.
Musicalement, Dylan et son groupe livrent encore un amalgame de rock, de blues, de country
et de folk mais dans l'ensemble poussent encore plus loin le penchant pop accrocheur de Highway
61 Revisited. Naîtront de cette recherche des pièces mémorables telles qu'I Want
You ou Just Like A Woman. Cela dit, Dylan le compositeur n'hésite pas à
appuyer ses textes vicieux et mordants, tels que Leopard-Skin Pill-Box Hat, d'un
rock plus nerveux et grinçant. Il n'hésite pas non plus à proposer des pièces-fleuve
dans la veine de Desolation Row dont la plus célèbre demeure sans doute Sad
Eyed Lady Of The Lowlands, un long poème funèbre qui occupe à elle seule toute la
deuxième face du second vinyle de Blonde On Blonde. C'est ce genre d'ambitions qui
fait de Blonde On Blonde un disque si fascinant. De par la simple densité de
l'ensemble, on ne peut que se perdre dans cette tornade d'idées et de réflexions souvent
tristes et mélancoliques mais aussi critiques et virulentes. De par la vaste étendue de
tons qu'il exprime ici, Dylan ne pouvait que nous prendre au piège à jamais.
Parce que Blonde On Blonde est plus qu'un ramassis de références à Shakespeare
et à la Joconde dont l'érudition serait superficielle. Le septième album de Bob Dylan
demeure encore aujourd'hui l'un des plus intelligents de l'histoire du rock. Avec Blonde
On Blonde, il perfectionne son écriture en énigmes et en images qui allait en faire
l'un des paroliers les plus importants du genre en plus d'offrir certaines de ses
meilleures chansons. Si Highway 61 Revisited demeure d'une importance historique
plus marquée, Blonde On Blonde est l'album au coeur duquel on aime se perdre
encore et encore dans l'espoir d'en décrypter tous les codes et d'en dénicher toutes les
clés. En vain. Tel un grand casse-tête, cette fresque rock fascinante intrigue et
confond même parfois. Mais elle procure tant de moments d'illumination que l'on y revient
sans cesse malgré tout. Si le Dylan de The Freewheelin' Bob Dylan était explicite
et direct, le "nouveau" Dylan est un sphinx psychédélique dont même les plus
simples chansons sur l'amour demandent une attention réelle afin d'être comprises
correctement. Rarement une suite aura-t-elle été aussi satisfaisante... |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 29
Août 2005 |
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