THE FIERY FURNACES
Rehearsing My Choir
Rough Trade/EMI
2005
8.5 sur 10

Après la réussite magistrale que fut leur Blueberry Boat en 2004, les toujours très prolifiques Fiery Furnaces ne semblaient pas prêts à s’asseoir sur leurs lauriers et planifiaient déjà la suite des hostilités en annonçant la sortie d’un album double pour l’été 2005. Rehearsing My Choir est la première partie de ce projet qui, un peu comme Kill Bill au cinéma, fut finalement séparé en deux segments distincts. Nous devrons donc attendre encore environ six mois avant de pouvoir se délecter des excentricités de A Bitter Tea. Il s’agit en soi d’une excellente décision d’avoir opté pour deux albums plutôt qu’un seul, lequel aurait pu s’avérer un peu trop lourd pour le corps et l’esprit si ingurgité rapidement en une seule bouché.

Enfin bref, le voilà l’album que les plus fervents admirateurs du duo Friedberger attendaient aussi impatients que curieux. Il faut dire que l’idée de base semblait des plus étranges, même venant de leur part. Le duo a en ce sens invité pour ce mystérieux projet leur grand-mère, Olga Sarantos, qui fut directrice d’une choral dans les années 40. Cette dernière vient donc nous raconter ses histoires aussi sympathiques qu’insolites pendant qu’Eleanor Friedberg lui donne la réplique en usant de sa voix divine pour surgir de la jeunesse de Sarantos, nous donnant un nouvel opéra effectuant une déconstruction rythmique et narrative encore plus chaotique que sur Blueberry Boat. Trop ambitieuses les fournaises?


Rehearsing My Choir risque de diviser une fois de plus les fans du groupe un peu comme Blueberry Boat l’avait fait. Il est vrai que la facture musicale est ici beaucoup moins volumineuse et beaucoup plus décalée que sur leur deuxième opus. Certains ont cependant grandement exagéré le cas de ce nouvel effort en le décrivant pratiquement comme un album indéchiffrable, voire dépourvu de tout sens musical. Il faut aussi savoir faire la part des choses. Certes, pour les non-initiés, Rehearsing My Choir sera tout un choc. Il est d’ailleurs fortement déconseillé de commencer par ce dernier pour se familiariser avec les élans éclectiques du duo Friedberger. Pour les autres, c’est une véritable orgie de claviers, de piano et de sons robotiques teintées d’une touche acoustique où la musique devient un support visuel tenace aux histoires abracadabrantes que nous racontent Eleanor et sa grand-mère qui les attendent. Ce n'est pas vraiment qu'il faudra s'armer de patience pour en déchiffrer le contenu plus qu'il faudra porter une oreille un peu plus attentive au mélange pour en comprendre le sens.


Il n’est pas vraiment possible de parler d’une quelconque forme d’évolution quand on s’attaque au cas des Fiery Furnaces. Pas que leur son fasse du surplace, bien au contraire, mais leur formule instable d’opéra rock a tendance à se métamorphoser complètement d’une expérience musicale à une autre plutôt que de vraiment suivre une quelconque ligne directrice qui pourrait nous laisser entrevoir les choses à venir. Et c’est justement ce point qui justifie le plus la nécessité d’un groupe comme The Fiery Furnaces à une heure où les nouvelles coqueluches du monde de la musique indie sont souvent basées sur un hype passager, ou simplement injustifié, et dont la formule ne survit souvent pas à plus que deux albums pourtant souvent séparés par deux bonnes années de gestation. Le duo Friedberger continue ainsi de nous surprendre au moment où l’on s’y attend le moins grâce à un nouvel effort qui n’est peut-être pas aussi flamboyant et jouissif que Blueberry Boat, mais qui alimente à tout le moins de manière aussi coriace le vent de fraîcheur que nous amène la formation américaine en nous proposant un casse-tête de mélodies dans lequel il en revient à nous d’y mettre de l’ordre.  Aussi adulés que détestés les Fiery Furnaces? Peut-être bien. Chose certaine, on parlera encore d’eux dans dix ans.

- Jean-François Vandeuren, 7 Novembre 2005

 

 

Pistes
01 the garfield el
02 the wayward granddaughter
03 a candymaker's knife in my handbag
04 we wrote letters everyday
05 forty-eight twenty-three twenty-second street
06 guns under the counter
07 seven silver curses
08 though let's be fair
09 slavin' away
10 rehearsing my choir
11 does it remind you of when?