Après la réussite magistrale que
fut leur Blueberry Boat en 2004, les toujours très prolifiques Fiery Furnaces ne
semblaient pas prêts à sasseoir sur leurs lauriers et planifiaient déjà la suite
des hostilités en annonçant la sortie dun album double pour lété 2005. Rehearsing
My Choir est la première partie de ce projet qui, un peu comme Kill Bill au
cinéma, fut finalement séparé en deux segments distincts. Nous devrons donc attendre
encore environ six mois avant de pouvoir se délecter des excentricités de A Bitter
Tea. Il sagit en soi dune excellente décision davoir opté pour
deux albums plutôt quun seul, lequel aurait pu savérer un peu trop lourd
pour le corps et lesprit si ingurgité rapidement en une seule bouché.
Enfin bref, le voilà lalbum que les plus fervents admirateurs du duo Friedberger
attendaient aussi impatients que curieux. Il faut dire que lidée de base semblait
des plus étranges, même venant de leur part. Le duo a en ce sens invité pour ce
mystérieux projet leur grand-mère, Olga Sarantos, qui fut directrice dune choral
dans les années 40. Cette dernière vient donc nous raconter ses histoires aussi
sympathiques quinsolites pendant quEleanor Friedberg lui donne la réplique en
usant de sa voix divine pour surgir de la jeunesse de Sarantos, nous donnant un nouvel
opéra effectuant une déconstruction rythmique et narrative encore plus chaotique que sur
Blueberry Boat. Trop ambitieuses les fournaises?
Rehearsing My Choir risque de diviser une fois de plus les fans du groupe un peu
comme Blueberry Boat lavait fait. Il est vrai que la facture musicale est ici
beaucoup moins volumineuse et beaucoup plus décalée que sur leur deuxième opus.
Certains ont cependant grandement exagéré le cas de ce nouvel effort en le décrivant
pratiquement comme un album indéchiffrable, voire dépourvu de tout sens musical. Il faut
aussi savoir faire la part des choses. Certes, pour les non-initiés, Rehearsing My
Choir sera tout un choc. Il est dailleurs fortement déconseillé de commencer
par ce dernier pour se familiariser avec les élans éclectiques du duo Friedberger. Pour
les autres, cest une véritable orgie de claviers, de piano et de sons robotiques
teintées dune touche acoustique où la musique devient un support visuel tenace aux
histoires abracadabrantes que nous racontent Eleanor et sa grand-mère qui les attendent.
Ce n'est pas vraiment qu'il faudra s'armer de patience pour en déchiffrer le contenu plus
qu'il faudra porter une oreille un peu plus attentive au mélange pour en comprendre le
sens.
Il nest pas vraiment possible de parler dune quelconque forme
dévolution quand on sattaque au cas des Fiery Furnaces. Pas que leur son
fasse du surplace, bien au contraire, mais leur formule instable dopéra rock a
tendance à se métamorphoser complètement dune expérience musicale à une autre
plutôt que de vraiment suivre une quelconque ligne directrice qui pourrait nous laisser
entrevoir les choses à venir. Et cest justement ce point qui justifie le plus la
nécessité dun groupe comme The Fiery Furnaces à une heure où les nouvelles
coqueluches du monde de la musique indie sont souvent basées sur un hype passager,
ou simplement injustifié, et dont la formule ne survit souvent pas à plus que deux
albums pourtant souvent séparés par deux bonnes années de gestation. Le duo Friedberger
continue ainsi de nous surprendre au moment où lon sy attend le moins grâce
à un nouvel effort qui nest peut-être pas aussi flamboyant et jouissif que Blueberry
Boat, mais qui alimente à tout le moins de manière aussi coriace le vent de
fraîcheur que nous amène la formation américaine en nous proposant un casse-tête de
mélodies dans lequel il en revient à nous dy mettre de lordre. Aussi adulés que détestés les Fiery Furnaces?
Peut-être bien. Chose certaine, on parlera encore deux dans dix ans. |