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| FRED FORTIN |
| Le Plancher des vaches |
| La Tribu |
| 2000 |
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| 8.5 sur 10 |
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Ce commentaire que l'on entend de
temps à autre comme quoi le style de Fred Fortin n'a rien d'exceptionnel et que ses
chansons ressemblent en fait à celles de plusieurs auteurs-compositeurs amateurs de sa
génération qui ne réussiront jamais à se dénicher de contrat n'est pas totalement
infondé. Mais, plutôt que de révéler par cette affirmation l'une des faiblesses de
Fortin, ses détracteurs en explicitent finalement la plus grande force. Directe, sans une
miette de prétention, la musique de Fortin est celle des peines de tous les jours, celle
de chacun et de chacune. Même lorsqu'il assume un personnage peu recommandable ou qu'il
s'improvise humoriste, le musicien québécois évite le ton condescendant désagréable
que prendrait par exemple un Jean-François Pauzé pour traiter de ce genre d'Elvis
Gratton. De toute façon, le coeur et l'âme du répertoire de Fred Fortin se trouve dans
ses pièces plus personnelles et introspectives d'une franchise remarquable.
Pas besoin de dépasser la première pièce du Plancher des vaches, Chaouin,
pour que déjà religion, mort et solitude n'aient pointées le bout de leur nez pour
troubler Fortin. Rien n'est rose et tout est brun chez lui. Ses textes sont sombres et un
peu fatalistes, sa musique lourde et parfois chancelante comme sur l'instrumentale Petit
rang. Pourtant, le chanteur arrive à sublimer misère et tristesse même sur
l'exténuante Ben buzzé tout bonnement parce qu'il aime visiblement la vie, aussi
dure soit-elle. Le regard qu'il porte sur le monde est celui du survivant, un peu cynique
et porté sur le sarcasme mais pourtant habité d'une grande sensibilité qui ne se fait
jamais racoleuse.
Il est donc bien peu éclairé de rapidement le rejeter du revers de la main sous
prétexte que son hygiène orale n'est pas toujours exemplaire, qu'il peut de prime abord
ne pas sembler particulièrement raffiné ou allumé. Pourtant, même ses petites
ritournelles vulgaires ont une raison d'être en plus d'alléger l'atmosphère ambiante.
Certes, Fortin peut être franchement vulgaire à l'instar de son ami Mononc' Serge, qui
vient ajouter son chant reconnaissable entre tous à la joyeuse et rassembleuse Gaspard.
Mais de son parlé cru découle non pas le simplisme mais plutôt la simplicité, celle
qui libère les émotions sans entraves.
L'esthétique lo-fi que cultive sur le Plancher des vaches Fortin s'inscrit dans la
même ligne de pensée. Ce manque de fioritures sonores et cette façon d'approcher
l'enregistrement le placent dans la même famille que Mara Tremblay et accentuent le
côté malpropre de sa musique. Fortin partage aussi avec Tremblay cet amour un peu tordu
du terroir musical, un genre de folklore crasseux et ivre qui s'effondre de façon
émouvante et un peu pathétique comme sur la sublime 1-2-3-2-2-3, probablement la
meilleure chanson du Plancher des vaches.
Loin d'être aussi commun que certains ne voudraient le faire croire, Fred Fortin arrive
avec les meilleures pièces de son second album à se tailler une place parmi les
meilleurs auteurs-compositeurs actuellement actifs dans le paysage québécois. Honnêtes
et vraies, ses chansons dépassent la déprime aux accents de nombrilisme que cultive
plusieurs de ses pairs car il s'en dégage en filigrane une conscience sociale ainsi qu'un
optimisme sans illusions. Tantôt drôle, tantôt triste, Le plancher des vaches
est une réussite indéniable qui consolide la place de Fortin sur la scène musicale
québécoise actuelle même s'il n'est pas aussi raffiné et parfaitement accompli que son
successeur, l'excellent Planter le décor de 2004. À voir d'ailleurs le virage un
peu plus moderne qu'à récemment pris son créateur, peut-être était-ce qui sait le
dernier album joyeusement ouvertement lo-fi de celui-ci... |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 4
Avril 2005 |
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