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| GHOST |
| In Stormy Nights |
| Drag City |
| 2007 |
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| 7.5 sur 10 |
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Le terme « psychédélique » est
employé à tant de sauces qu'il est impossible de l'associer à un son précis. Il peut
indiquer une musique pop aux arrangements particulièrement colorés, un rock brut et
répétitif aux fortes vertus assommantes ou même une propension aux longues
improvisations structurées autour de mélodies complexes et désorientantes. Bref, le
terme s'applique autant aux Flaming Lips qu'à l'Acid Mothers Temple et à Phish; on
pourrait aussi bien dire qu'il ne veut plus rien dire. Sauf que son emploi perdure, le
vocabulaire commun n'ayant pas encore déniché une myriade de mots qui impliquent
effluves de drogue et rêveries opiacées avec une efficacité semblable à celle de «
psychédélisme ». Il s'agit sans conteste d'une expression expressive...
Permettez-moi donc de déclarer à ceux d'entre-vous qui ne connaîtraient pas encore
Ghost que le collectif japonais donne dans la musique psychédélique depuis maintenant
plus de vingt ans, et qu'il agençait le folk au krautrock bien avant que ce ne soit la
mode de le faire. Mais, à une époque où l'Amérique s'éveille aux vertus du bruit et
du primitivisme, ce groupe culte semble soudainement de son temps; ce huitième album pour
Drag City est probablement le premier à paraître au coeur de ce que l'on pourrait
qualifier de conjoncture favorable. Heureusement, la bande de Masaki Batoh relève le pari
en proposant un In Stormy Nights tour à tour excitant et hypnotisant, à la fois
instinctif et recherché. Les ingrédients mis en place sur cette galette ne dépayseront
pas les amateurs de psychédélisme contemporain: l'incroyable variété qu'affiche
l'album saura sans doute les convaincre d'y poser une oreille attentive.
Sur l'intense Gareki No Toshi, la distorsion tranchante de la guitare électrique
de Michio Kurihara danse autour d'une puissante rythmique tribale, elle-même appuyée par
le martèlement frénétique d'un piano; derrière ce mur opaque, Batoh hurle tel un
diable qui se noie dans l'eau bénite. L'expérience, sorte de célébration païenne
déchaînée qui ferait pâlir d'envie le Liars de Drum's Not Dead, est à la fois
cathartique et éprouvante. La pièce suivante, une reprise de Caledonia du groupe
Cromagnon, réaffirme les inclinations folkloriques du son Ghost à grand renfort de
tympani et de flûte. Batoh, fidèle à son habitude, scande et grimace avec une
férocité contagieuse. Le résultat est parfait, distillant en moins de six minutes tout
ce qu'a d'évocateur le terme freak-folk avec une démesure épique proche du métal.
Ces pièces, leur caractère cyclique confirmé par la diabolique et dramatique entrée en
matière Water Door Yellow Gate, forment une suite narrative parfaitement aboutie:
elles témoignent d'une énergie collective proche du punk animée par une vision
d'ensemble que ne renierait pas les albums-concept des années 70. Pourtant, le coeur d'In
Stormy Nights s'avère à être le casse-tête Hemicyclic Anthelion. Ici, Batoh
a réorganisé divers enregistrements du groupe en concert afin d'orchestrer ce que l'on
peut qualifier de collage composé. Morceau avant-gardiste à tout le moins intriguant, Hemicyclic
Anthelion divisera les auditeurs mais mérite néanmoins que l'on s'y attarde: la
progression dynamique de longue haleine de cet agencement de textures disparates
impressionne par sa nature maîtrisée.
Proche à la fois de Stravinsky et d'une improvisation de Sonic Youth, le morceau oscille
entre textures sombres, formées par la répétition et l'entrelacement de drones, et
grandes pauses sereines, ponctuées de piano et de vibraphone. La guitare de Kurihara est
en mode « Interstellar Overdrive », tandis que les salves de percussions de Junzo
Tateiwa servent à marquer les transitions entre les mouvements de la pièce. À la marque
des vingt-deux minutes, la contrebasse subtile de Takuyuki Moriya annonce l'amorce d'un
segment plus jazz: le piano et le vibraphone prennent le contrôle alors que la guitare se
fait plus langoureuse. Lorsque les dissonances reviennent clore le bal, elles semblent
avoir été apprivoisées. Sur un long drone grave, les instruments s'agitent une
dernière fois. Le voyage est terminé.
Ceux qui prendront le temps d'apprécier Hemicyclic Anthelion affirmeront qu'In
Stormy Nights est l'uns des hauts points de la discographie de Ghost. Mais la densité
de ce monstre d'ambition assure d'emblée que plusieurs auditeurs vont rejeter l'album.
Malgré leurs réticences, ils ne pourront pourtant qu'abdiquer face à l'enchaînement de
Water Door Yellow Gate, de Gareki No Toshi et de Caledonia; plus
douces, les mélodies plus classiques voire médiévales de Grisaille et de la
très belle Motherly Bluster délimitent avec grâce les contours d'un disque
varié et particulier, parfois exigeant mais constamment fascinant, qui refuse
obstinément les compromis. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 20
Mars 2007 |
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