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| GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR |
| Slow Riot For New Zero
Kanada EP |
| Constellation |
| 1999 |
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| 9.5 sur 10 |
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Bâtissons des armées silencieuses,
amis. Marchons sur leurs tours de vitre
Bâtissons des cathédrales en ruine et
faisons des plans impraticables
Cest dans cette perspective que Godspeed You
Black Emperor! nous livre un deuxième album qui suit parfaitement son évolution. Se
situant exactement à mi-chemin entre lexcellent F# A# (infinity) et le
sublime Lift Your Skinny Fists, Slow Riot emprunte des éléments de ces
deux albums en les mixants en une délicieuse concoctions qui est tout sauf assez longue.
Profitant dune accalmie de tournées et dun succès aussi grand quinespéré,
le collectif nous livre deux morceaux dune grandiose qualité fidèle à sa nouvelle
renommée.
Godspeed, à la sortie de cet album, est devenu le groupe le plus intéressant au monde.
Il était maintenant clair, pour tous ceux qui ne les avaient pas encore vu en spectacle,
quils nétaient pas quun vulgaire pétard mouillé et que lon
avait pas fini dentendre parler de ce collectif aux hymnes apocalyptiques.
La recette est simple: des phrasés musicaux minimalistes répétés jusquà linsoutenable
en montant toujours lintensité combinés à des pauses musicales où lon
entend des gens ou des bruits ambiants. Dans les moments de discours, lorsque lon
arrive presque à oublier la musique ambiante, cette dernière se construit de façons à
éclater comme une jouissive surprises abattant la critique. Mur de son contre mur de
raison, défaisant les limites inventés, la musique de Godspeed nous frappe, nous laisse
pantois et défait devant tant de tristesse mais aussi, tant de beauté.
Sil est un sentiment qui se dégage de cet album, cen est un de constat, dune
horrible surprise. Un peu comme si quelqu'un sétait fermé les yeux trop longtemps
et, quen les ouvrant, ne pouvait que constater impuissant lampleur du
désastre. Cest ce sentiment qui donne à Godspeed une allure punk. Rien à voir ici
avec lesthétique punk surexploitée de la fin des années 80 ou de la musique que lon
a fini par appeler punk sans trop savoir pourquoi. Je parle de lattitude de
rébellion inutile et perdue davance, dun rejet catégorique de la
classification et de lemprunt, dune abnégation totale au sein dun
collectif, du rejet instinctif de lordre. Bref, une attitude qui en déclarant la
défaite met tout en oeuvre pour obtenir la victoire.
Bienheureuse la scène Montréalaise qui a pu accueillir de si grands talents, faisant
presque instantanément de celle-ci la Mecque mondiale dun courant naissant que lon
appellera le post-rock. Et bienheureux tous ceux qui ont pu être de ces petites foules
entassées dans de vieux théatres sombres pour voir, que dis-je, vivre lexpérience
unique de la musique absolument jouissive et transcendante de Godspeed. Pour ma part, jai
été de ceux-ci et je conseille fortement à quiconque lira ma critique jusqu'ici daller
à leurs spectacles.
Techniquement parlant, Slow Riot consiste en un opus de trois montée musicales.
La première couvre le premier coté du disque. Moya, un hommage aux chats
disparus du Mile-End, tient son nom dun des guitaristes du groupe qui influencera
énormément la scène post-rock montréalaise. La deuxième chanson, BBF3, tire
son nom de Blaise Bailey Finnegan le troisième, chanteur dun groupe
(fictif?) qui, intercepté sur un trottoir aux États-Unis donne sa perception enflammée
du système judiciaire américain et du déclin de la civilisation. Elle comporte deux
montée musicale et un intermède final qui fera grincer les aiguilles (à disques) des
meilleures tables tournantes.
Bien quelle soit excessivement déprimante, la musique de Slow Riot restera
un essentiel de toute bonne collection et marque un point tournant autant pour la musique
que pour lindustrie musicale. Cest, après OK Computer de Radiohead,
le meilleur moyen de revenir dans le temps et de se remémorer lambiance de
paranoïa et de déception quaura amenée le changement de millénaire.
Heureusement, lapocalypse na pas eu lieu cette fois-ci et nous sommes tous
encore vivant pour avoir le plaisir découter Lift Your Skinny Fists Like
Antennas to Heaven, une suite encore meilleure à un excellent album un peu trop
court. |
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| - Nicolas Martel, 1er Août 2005 |
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