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| GOMEZ |
| In Our Gun |
| Hut Recordings/EMI |
| 2002 |
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| 6.5 sur 10 |
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Pour l'amateur de rock traditionnel
tout de même au courant de l'inévitable réalité que plus d'une révolution musicale a
eu lieu depuis les années 70, Gomez a toujours été une sorte de bénédiction: une
formation aux racines solidement ancrées dans les bases ancestrales du genre n'hésitant
par ailleurs jamais à explorer l'électronique et d'autres de ces idées qui terrorisent
le groupe de trad-rock britannique moyen. Non seulement cela, mais Gomez semble aussi
incapable de pondre ne serait-ce qu'une mauvaise chanson. Même la compilation de B-Sides
et d'inédites Abandonned Shopping Trolley Hotline étaient relativement fidèles
aux standards de qualité du groupe britannique. Avec son troisième album à proprement
parler, In Our Gun, la formation s'aventure plus que jamais dans le dangereux monde
de la technologie et, par la même occasion, laisse tomber l'esthétique lo-fi de
ses deux remarquables premiers albums. Le résultat est à mi-chemin entre la réussite et
l'échec, Gomez n'arrivant pas à atteindre avec In Our Gun les sommets qu'il avait
atteint auparavant. Par ailleurs, le groupe est loin de s'écraser lamentablement en
tentant d'évoluer et offre finalement un bon album somme toute plutôt courageux.
Peut-être est-ce le duo Kid A/Amnesiac de Radiohead qui a encouragé Gomez à
radicaliser son approche de la musique électronique sur In Our Gun. Si c'est le
cas, la subtilité n'est pas vraiment le fort du groupe; l'album s'ouvre sur Shot Shot,
dont le motif principal est carrément calqué sur celui de The National Anthem.
Heureusement, Gomez se tire de ce faux pas en le jouant à un rythme endiablé et en le
terminant en deux temps trois mouvements. Si l'on accepte de tolérer les similitudes
ahurissantes avec le célèbre riff du groupe d'Oxford, difficile de nier que Shot
Shot le recycle de façon franchement convaincante. Dès Rex Kramer, on
commence déjà à reconnaitre les mélodies du Gomez d'antan. Les arrangements ont
cependant pris une tournure synthétique qui fonctionne à merveille pour certaines
pièces... et moins pour d'autres. L'excellente Detroit Swing 66, par exemple,
sonne mieux en concert que la version rehaussée de gargouillis électroniques que l'on
retrouve sur l'album. Cela dit, même ces légers échecs de production ne sont jamais des
ratages complets. Quelques éléments sonores intéressants en ressortent toujours.
À quelques exceptions près, la qualité des compositions est assez constante et très
convaincante sur In Our Gun. Army Dub est un triste exemple du genre de
remplissage sans substance qui n'aurait jamais dû se retrouver sur un album. En tentant
de prouver sa versatilité, le groupe se perd parfois. Tout de même, le nombre
impressionnant de bonnes chansons que compte l'album est éloquent. Les membres de Gomez
savent vraiment écrire une chanson accrocheuse les doigts dans le nez et peuvent parfois
frapper droit dans le mile avec une mélodie. Le refrain de la pièce-titre est déchirant
de beauté. Cela dit, In Our Gun est plus mélancolique que ses prédécesseurs et
ne lève jamais autant. Il n'y a pas de Get Myself Arrested, de Love Is Better
Than A Warm Trombone ou de Devil Will Ride sur le troisième Gomez. En ce sens,
c'est un album plus anonyme que Bring It On ou Liquid Skin, qui demeurent à
ce jour deux petits classiques un peu méconnus.
En fait, c'est de cette constance dont souffre In Our Gun. Ce n'est pas le joyeux
fourre-tout un peu bordélique à cheval entre le monde du britpop et celui du rock
américain qu'étaient les premiers Gomez, qui donnaient parfois l'impression d'avoir
été enregistrés à la va-vite dans la cuisine d'un des membres du groupe. Cette
production travaillée ne dégage pas la même chaleur humaine que ses essais plus
organiques et groovy du bon vieux temps. En faisant un album plus pop et
tranquille, le groupe a poussé sa musique dans une direction somme toute plus convenue
qu'avant, et ce même s'il s'amuse plus que jamais avec les échantillons et les effets
sonores en tous genres.
Ce qui aurait pu être l'album ultime de Gomez s'avère finalement ne pas être le plus
réussi de la formation. Si le groupe britannique a le mérite d'explorer ici de nouvelles
avenues, ces changements demeurent somme toute superficiels une fois les divers tours de
passepasses sonores oubliés. Or, les chansons des albums précédents du groupe demeurent
plus intéressantes que celles d'In Our Gun. En mettant de côté leur
personnalité de fêtards invétérés qui célèbrent à grand coup d'hymnes rassembleurs
la boisson et l'amitié pour cette fois jouer la carte du sérieux, les membres de Gomez
semblent avoir oubliés ce qui en faisait un formation si attirante et facile à
apprécier. Cependant, on fait rarement mieux dans le genre «erreur de parcours» que cet
album fort bien fignolé et plutôt sympathique qui recèle plus d'une bonne chanson. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 15
Février 2005 |
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