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| TIM HECKER |
| Harmony in Ultraviolet |
| Kranky |
| 2006 |
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| 8.5 sur 10 |
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À la sortie de Mirages en
2004, plusieurs ont accusé le montréalais Tim Hecker de tout bonnement s'en tenir à
recycler les éléments ayant fait le succès de ses albums précédents. Mirages
était en quelque sorte une pause méditative: Hecker y peaufinait les subtilités de ce
son particulier qu'il explore depuis la parution d'Haunt Me, Haunt Me Do It Again
en 2001. Il y semblait heureux, satisfait de confirmer la voix qu'il avait façonné au
fil des ans. Peut-être s'était-il un peu trop confortablement assis aux commandes d'un
univers qu'il maîtrisait parfaitement: Mirages, au fond, exprimait l'introspection
d'un artiste conscient de sa signature sonique. Il s'en dégageait une confiance nouvelle,
mais Hecker y prenait au fond peu de risques véritables. Deux ans plus tard, Harmony
In Ultraviolet apparaît comme l'excroissance courageuse et aboutie de cette période
de réflexion. Les idées y prennent forme, s'évaporent et évoluent, leur ballet nous
tenant en haleine durant les cinquante minutes que dure l'album. Possiblement l'essai
noise ambiant le plus accompli et le plus personnel de l'année, Harmony In Ultraviolet
s'empare de l'esprit et alimente les rêveries.
Peignant ses atmosphères en effusions chaotiques, Tim Hecker semble s'alimenter
directement de courant continu, sa musique étant plus électrique qu'électronique; il
sculpte à même cette matière première ininterrompue une masse oscillant constamment
entre chaos et harmonie. Le monolithe mélodique s'arrachant du flot statique de Whitecaps
of White Noise I semble à la fois fragile et indestructible, comme si l'épave
d'ordre qu'il représentait pouvait être à tout moment ravalé par l'océan. La beauté
est ici fugace, passagère et voilée; elle s'insurge dans la tempête, s'élevant contre
vents et marées comme le font les arpèges synthétiques de la superbe Chimeras.
Dans ces moments de calme relatif on a l'impression qu'Hecker reprend le dessus sur sa
création, chevauchant le bruit dans l'espoir de le civiliser ne serait-ce que pour un
bref instant.
Harmony In Ultraviolet est un disque qui submerge et paralyse: il établit une
frontière claire entre l'auditeur et le monde extérieur. Comme tout bon disque axé sur
le drone, il désagrège la notion de temps et efface l'oppression matérielle qu'elle
exerce sur l'esprit. Pourtant, il se déroule ici énormément de choses: les événements
s'enchaînent de manière tangible au fur et à mesure que progresse l'album. C'est ainsi
que la douce mais sinistre Dungeoneering cède le pas par l'entremise de Palimpset
II à un Spring Heeled Jack Flies Tonight beaucoup plus tumultueux. Les quatres
mouvements de la pièce-titre s'articulent distinctement l'un de l'autre et, pourtant,
affirment leur individualité de façon marquée. C'est dans cette équilibre précaire
entre rupture et continuité que le nouveau Tim Hecker dégage son caractère.
Ainsi, la franche violence auditive de Radio Spiricom nous bouscule au moment même où Harmony
In Blue IV semblait concrétiser l'état de paix établit par les mouvements
précédents. Aucune certitude n'est possible, mais cette constante vigilance qu'impose Harmony
In Ultraviolet s'avère d'une certaine manière reposante. Au contraire de Mirages,
cet album refuse de se laisser absorber par le paysage: il impose ses états d'esprits par
un dialogue continu avec l'auditeur. C'est cette omniprésence physique qui le rend si
étrangement apaisant. Tant et si bien que lorsque disparaît dans la brume l'élégante Blood
Rainbow, nous avons l'impression d'avoir une bonne fois pour toute apprivoisé le
bruit.
Avec sa première parution sur la prestigieuse étiquette américaine Kranky, Tim Hecker
confirme l'authenticité et la pertinence de cette démarche artistique plus sensorielle
que cérébrale qui le pousse à révéler des contrées musicales toujours plus insolites
où la distorsion cohabite avec l'harmonie. Admirablement évocateur, Harmony In
Ultraviolet s'impose sans contredit comme une nouvelle étape de son parcours. Son
vocabulaire s'est complexifié et ses contradictions semblent s'être réconciliées. Sa
vision tordue de la beauté a gagné en subtilité, délaissant une certaine
homogénéité dogmatique pour embrasser un spectre sonore beaucoup plus vaste.
Désormais, Tim Hecker joue dans la cours des grands. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 13
Novembre 2006 |
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| Pistes |
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| 01 |
rainbow blood |
| 02 |
stags, aircraft, kings and secretaries |
| 03 |
palimpsest, pt. 1 |
| 04 |
chimeras |
| 05 |
dungeoneering |
| 06 |
palimpsest, pt. 2 |
| 07 |
spring heeled jack flies tonight |
| 08 |
harmony in blues, pt. 1 |
| 09 |
harmony in blues, pt. 2 |
| 10 |
harmony in blues, pt. 3 |
| 11 |
harmony in blues, pt. 4 |
| 12 |
radio spiricom |
| 13 |
whitecaps of white noise, pt. 1 |
| 14 |
whitecaps of white noise, pt. 2 |
| 15 |
blood rainbow |
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