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| IF THEN DO |
| Jettison EP |
| Sul' Pont |
| 2005 |
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| 7.5 sur 10 |
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Le post-rock que propose If Then Do
est d'abord une tapisserie sonore extrêmement métissée; c'est une texture d'emblée
très unie qui révèle une infinité d'aspérités au fil des écoutes. Entre
l'électronique et l'électrique, voici une musique qui refuse que les clivages
conventionnels soient une entrave à l'atteinte d'une certaine beauté: le noise
effervescent côtoie de planants synthétiseurs, comme si la rencontre de ces deux
antonymes allait les sublimer l'un et l'autres. Autrefois lo-fi, If Then Do s'est
réinventé au gré des années en une unité beaucoup plus raffinée sans perdre ce goût
propre aux artistes travaillant avec un matériel limité de redéfinir les possibilités
des l'appareillage à sa disposition. Il n'est pas surprenant de découvrir que le groupe
d'Ottawa s'est exécuté en première partie d'artistes aussi divers que Tim Hecker et
Mitchell Akiyama, Mono et Do Make Say Think ou Xiu Xiu et Iszoloscope; sa propre musique
est un étrange mélange, un vaste pot-pourri d'influences et de genres au sein duquel les
contraires s'attirent inlassablement.
Ainsi, ce Jettison EP nous fait part d'un projet musical jonglant sans cesse avec
les préconceptions qui ose expérimenter avec des textures parfois incertaines. Un peu à
la manière de Tarentel, If Then Do produit avant tout des atmosphères touffues dans
lesquelles l'auditeur navigue librement. Lorsque certaines traces de chansons émergent,
c'est d'une manière organique intrinsèque à la matière même des pièces; comme si le
groupe avait simplement bâti le berceau duquel peuvent spontanément naître quelques
mélodies plus distinctes ou alors des mouvements plus francs. Il n'y a pas de chanson
«pop» sur Jettison. Néanmoins, on dénote plusieurs moments pop dont l'éclosion
semble le fruit d'un automatisme naturel. Durant un instant, lors de Glory Machines,
les vagues de synthétiseurs en avant-plan s'élèvent majestueusement, enveloppées de
glitchs et d'éclats microscopiques, alors qu'en arrière-plan c'est un grondement bas qui
s'estompe lentement. L'effet est révélateur, comme si soudainement la musique nous
permettait de fixer le soleil sans être aveuglé.
If Then Do est une anomalie dans le paysage post-rock actuel en ce sens où ses racines
s'étirent vers les fondations plus cérébrales du genre; des parallèles pertinents
pourraient être établis avec les groupes les plus connus de la scène de Chicago, où à
la limite avec le son plus «spatial» que préconisait Do Make Say Think à ses débuts.
Une pièce comme Db ne tient pas du rock instrumental, mais au contraire d'une
forme très électrifiée de dub. La basse chaloupée et étouffée de Nathan Medema
s'applique à affirmer cette parenté même si les spacieux enchevêtrements de tonalités
soutenues et de brouillages électriques tout en aspérités. Il n'y a rien de
crépusculaire à cette atmosphère lumineuse de néons ardents et de flammèches
incandescentes, sauf peut-être lorsque le groupe tire sa révérence avec grâce sur The
Long Goodbye. Sorte de drone tempéré et méditatif sur le thème du départ, le
quatrième morceau du Jettison EP vient clore avec brio un véritable album dont la
courte durée n'entrave en rien la floraison d'un flot progressif et cohérent.
S'apparentant parfois au travail de Fennesz, la musique du duo ontarien dévoile de belles
avenues où le noise s'acclimate à une certaine délicatesse; si une composition telle
que Glory Machines est l'affirmation d'une certaine ambition épique, une pièce
plus posée comme Debris of A Smile s'envole au-delà de la stratosphère pour
placer l'esprit en apesanteur. Il reste à voir si la formation canalisera ses efforts
dans l'une ou l'autre de ces deux voies en 2007, deux parutions dont un «split» avec
Élément Kuuda étant prévues pour cette année, où si elle s'en tiendra à l'habile
mariage que propose ce Jettison EP fort prometteur mais déjà accompli. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 30
Janvier 2007 |
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