IRON AND WINE
Woman King EP
Sub Pop
2005
8 sur 10
Autant nous pouvions facilement prédire il y a quelques années un retour en force de la musique folk, il était tout de même difficile de croire qu’il s’agirait aujourd’hui d’un phénomène à ce point étendu pour que l’on parle d’un véritable «revival». C’est pourtant précisément ce qui est en train de se produire pour notre plus grand plaisir auditif. Il ne faudrait par contre pas avoir tendance à prendre cette ascension du folk avec un sourire de dédain. Les artistes à l’avant-plan de cette scène musicale n’ont absolument rien à voir avec ce vieux cliché un peu bête évoquant le chansonnier d’un bar miteux du fin fond de l’Alabama. Iron and Wine est présentement l’une des figures importantes de ce mouvement comptant fièrement en ses rangs des compositeurs comme Devendra Banhart, dont le talent dans les deux cas n’a d’égal que la richesse de leur simplicité si évasive.

Sam Beam fait suite ici à l’excellent Our Endless Numbered Days avec un disque EP que l’on peut prendre comme une sorte d’éveil printanier aux ambiances hivernales de son opus de 2004. Nous y retrouvons donc une forme un peu moins morose dans l’ensemble, transpirant même un certain optimisme musicalement parlant, ce qui n’est par contre pas toujours le cas en ce qui a trait aux textes de Beam. Le tout est livré avec une énergie plus soutenue qu’auparavant, que ce dernier libère entre autre sur Freedom Hangs Like Heaven, pièce se formant autour de rythmiques rappelant d’une certaine façon le blues et de quelques touches un peu plus country et qui, comme la pièce titre, s’emploie bien de la présence davantage accrue cette fois-ci des percussions. Woman King connait néanmoins sa part de moments langoureux où Sam Beam se veut égal à lui-même, révélant une sensibilité lyrique enivrante par le biais de sa voix timide sur Jezebel, en plus d’une tournure parfois presque pop rappelant la finesse mélodique des moments acoustiques de certains b-sides de Coldplay par exemple. Même un rock bien dosé est parvenu à se faufiler sur le plat de résistance et pièce de clôture Evening on the Ground (Lilith’s Song) où la guitare électrique vient occuper la place d’honneur l’espace d’un instant.

Même s’il s’agit d’un disque composé seulement de six nouvelles entrées, Woman King se révèle comme la meilleure sortie produite par Iron and Wine depuis ses débuts. On y retrouve une touche de fraicheur revigorante s’ajoutant enfin aux élans acoustiques de Sam Beam que ce dernier nous avait déjà livré dans le passé avec un savoir-faire musical et une intelligence au niveau des textes plus qu’impressionnants. Une inévitable comparaison se formera aux abords de la musique d’Elliott Smith, même si en bout de ligne, Beam livre ses compositions sous un schéma fort différent de ceux de ce dernier. Iron and Wine conserve donc les éléments gagnants de ses compositions antérieurs tout en parvenant à prendre un peu plus d’assurance au niveau musical en ayant bien voulu accentuer la présence de percussions afin d’accompagner sa voix intimiste et sa guitare acoustique. Le tout se révèle comme un album un peu plus pop qui malgré sa délicatesse, dévoile une ardeur vivifiante et non pas seulement mélancolique.
- Jean-François Vandeuren, 11 Avril 2005

 

 

Pistes
01 woman king X
02 jezebel
03 gray stables
04 freedom hangs like heaven
05 my lady's house
06 evening on the ground (lilith's song)