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| KYUSS |
| ...And the Circus Leaves
Town |
| Elektra |
| 1995 |
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| 9 sur 10 |
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La subtilité a ses limites que la
force brute ne connait pas. Rois et maitres incontestés de ce sous-genre de l'univers
parallèle du métal joyeusement qualifié de stoner-metal, les membres de Kyuss
ont parfaitement absorbé le concept en question pour décanter un descendant de Black
Sabbath sur les stéroïdes dont le pas lourd et lent rappelle la démarche de
l'éléphant. Kyuss est de cette race unique de métal que même les êtres humains
normalement constitués peuvent apprécier. Il n'est pas nécessaire d'appartenir à cette
sous-culture et d'en embrasser les us et coutumes et les valeurs de production parfois
étranges afin de comprendre le charme du groupe. Peu importe l'étiquette appliquée pour
décrire Kyuss, c'est au bout du compte l'amplitude volcanique des riffs de pièces
telles qu'El Rodeo et ainsi que la guitare chaude et langoureuse de Joshua Homme
qui importent vraiment.
Dernier album de la légendaire formation avant cette séparation qui allait engendrer les
plus légers Queens of the Stone Age, ... And the Circus Leaves Town est
injustement qualifié de déception par les fervents du groupe qui voient en ses pièces
plus concises une sorte de trahison à l'esthétique hypnotique du groupe. Pour ceux
d'entre-nous qui n'avons pas le besoin d'entendre le même phrasé répété sur six
minutes avant d'en sentir les effets intoxicants sur le cerveau, l'album est au contraire
un point d'entrée savamment bien conçu afin de découvrir l'univers désertique et
sauvage de la formation. Kyuss est le rock pesant à son meilleur, fracassant tout sur son
passage sans aucun respect pour ce qui se trouve sur son chemin. Aucun besoin de noyer les
oreilles en jouant à une vitesses ahurissante lorsque la force de frappe de chacun des
ingrédients est aussi totale que dans le cas présent. Voici la définition même du
terme dévastateur, et il n'est aucunement nécessaire de bruler des églises ou de se
déguiser en vampire pour en arriver à tout mettre à feu et à sang. Branchez votre
guitare dans un amplificateur de basse et concentrez-vous sur le sens véritable du mot
poids.
Pourtant, la toute-puissance de la formation californienne ne repose pas uniquement sur sa
taille imposante. Tout comme une trop longue exposition aux rayons du soleil, Kyuss finit
par altérer la perception de l'auditeur. Peut-être est-il ici question de
psychédélisme, mais ce n'est certainement pas au sens paisible et aérien du terme. Les
marguerites et les vallons verts se font rares dans le pays de Kyuss. Bienvenue au beau
milieu de nul part: du sable à gauche, du sable à droite et les feux de l'enfer quelques
pieds plus bas. Vous n'en sortirez probablement pas vivant, mais avec un guitariste aussi
glorieusement inspiré qu'Homme aux commandes, le voyage sera à tout le moins
intéressant. Ceux qui ne le connaissent que pour son travail avec les Queens of the Stone
Age risquent d'être surpris. Sur Spaceship Landing, le voici s'exprimant en toute
liberté.
La présence vocale de John Garcia en est tenue au strict minimum. Le travail du groupe
est d'abord et avant tout instrumental. N'empêche que ses interventions aident à diriger
ces onze chansons dans une direction précise. C'est finalement l'objectif avoué du
groupe sur ... And the Circus Leaves Town. Force est d'admettre que seuls les
puristes accuseront le groupe d'avoir perdu de sa force avec cette approche. Les fortes
doses de fréquences basses sont encore au rendez-vous, tout comme cet impressionnant
grondement qui menace de se transformer à tout instant en un rugissement sauvage. Métal
ou rock, peu importe. Kyuss frappe fort même dans ce format réduit.
Si le brulant Blues for the Red Sun est fort probablement l'album définitif de
Kyuss, ... And the Circus Leaves Town est sans contredit l'élément le plus
accessible de sa courte discographie. Comme introduction, on fait difficilement mieux.
Plus chirurgical dans son approche que ses prédécesseurs, l'album ne fait pas pour
autant dans la dentelle. Mais avec cette efficacité nouvellement acquise, Kyuss ajoutait
pour son dernier tour de piste une corde de plus à son arc. Que les âmes sensibles
s'abstiennent et que les autres approchent sans crainte. Il n'y aura pas de quartier, mais
parfois c'est bien meilleur ainsi. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 15
Février 2005 |
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