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| DANIEL LANOIS |
| Belladonna |
| Anti- |
| 2005 |
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| 7 sur 10 |
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C'est surtout à titre de producteur
que le natif de Hull Daniel Lanois s'est fait connaître du grand public. Responsable du
son majestueux de l'épique The Joshua Tree du groupe U2, le disciple de Brian Eno
aura relancé la carrière de l'illustre Bob Dylan en donnant au classique Time Out of
Mind sa sonorité unique et donné un électrochoc passager à celle de Scott Weiland
en participant à l'élaboration de l'excellent 12 Bar Blues du chanteur de Stone
Temple Pilots. Bref, c'est à l'ombre de musiciens plus célèbres tels que Peter Gabriel
que Lanois a bâti son étincelante réputation. Sa carrière solo, entamée avec Acadie
en 1989, n'a jamais connu un tel succès populaire. Bien que ce soit un très bon album, Belladonna
risque de ne rien changer à cette situation mais il comblera malgré tout les amateurs de
musique maîtrisée et de production appliquée.
Plus que jamais, Lanois semble sur Belladonna vouloir revenir à ses propres
racines. De toute évidence, il plane sur cette petite production méticuleusement
arrangée le spectre des albums ambiants sur lesquels Brian Eno faisait appel à lui. Les
racines de Belladonna se trouvent à même des albums tels qu'Ambient 2: The
Plateaux of Mirror ou Apollo: Atmospheres and Soundtracks. Cependant,
l'approche que préconise ici Lanois s'avère fort différente à plusieurs niveaux. Belladonna
est un assemblage de courtes idées, et sonne souvent comme un carnet de bord musical
couvert d'esquisses étoffés. C'est d'ailleurs le fruit d'une année passée au Mexique
avec un camion converti en studio d'enregistrement mobile.
En apparence légèrement uniforme, Belladonna révèle sa grande richesse au fil
des écoutes. C'est un savant métissage d'influences diverses que Lanois a assemblé sous
forme de petites vignettes indépendantes. Sur l'excellente Frozen, une section
rythmique reggae sert de nid à son jeu expressif de pedal steel dont la sonorité
foncièrement country est voilée d'accents mélodiques asiatiques. Les amateurs de
culture orientale ne se priveront pas de comparaisons aux haïkus, ces courts poèmes
aspirant à un minimalisme toujours plus épuré. Chaque courte pièce de Belladonna
affirme une idée dans un nombre limité de gestes. La jolie Two Worlds sur
laquelle débute le disque crée un drone planant à partir d'un mur de guitares en tout
juste deux minutes.
L'espace et la pureté sont les principales obsessions sonores de Lanois. En toute
subtilité, c'est cette recherche de l'essentiel qu'il poursuit sur Belladonna. Les
meilleures oeuvres du répertoire de Lanois - ses collaborations avec Eno et Time Out
of Mind de Dylan me viennent à l'esprit en premier - sont marquées par une qualité
intemporelle. Entre le folklore distant et le futurisme nébuleux, une pièce comme Sketches
vient faire flotter dans l'air une atmosphère digne du travail de Vangelis sur la trame
sonore de Blade Runner. Les traces de piano arythmique qu'ajoute Brad Mehldau
soulignent cette comparaison.
Alors que des traces de trompettes confèrent à Agave une agréable touche latine,
l'album dans l'ensemble baigne dans un climat désertique étrangement luxuriant.
Toutefois, c'est la guitare slide de Lanois qui mène le bal sans équivoque même sur les
pièces de groupe. Encore une fois, Lanois prouve en tant que producteur la grande
sensibilité dont il peut faire preuve dans l'enregistrement de cet instrument. Il le
transforme en créature de tonalités pures, l'installe dans un environnement sonore sans
entraves. Il lui confère une valeur spirituelle.
Bien entendu, les amateurs de chansons et de mélodies directes seront déçus par ce qui
s'avère d'abord et avant une bête de textures et d'ambiances raffinée. Sur Belladonna,
Daniel Lanois renoue avec l'esthétique qui l'a fait connaître. Qu'il se soit associé à
la formation post-rock Tortoise pour sa plus récente tournée n'a rien de bien
surprenant. Il partage avec le groupe de Chicago une vision perfectionniste du son en tant
que matière d'expression pure. Sa vision moderne de l'intégration d'une pedal steel au
travail de studio est moins révélatrice qu'au début des années 80. Mais son talent ne
s'est pas estompé avec le temps. Belladonna est un album mature et intelligent,
mystérieux et évocateur, sur lequel il poursuit une recherche musicale personnelle sans
trop se soucier des courants en vogue. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 10
Mai 2006 |
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