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| JEAN LECLERC |
| Mexico |
| Le Roi Ponpon |
| 2006 |
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| 4.5 sur 10 |
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Nous y avons tous un peu cru. Je ne
parle pas de ce prétendu décès de la créature communément connue sous le nom de Jean
Leloup - étrange événement médiatique dont il était à priori facile de prévoir la
nature tout à fait temporaire - mais bien de ce statut de mythe vivant auquel il semblait
pouvoir prétendre. On ne distribue pas ce genre de qualificatifs à la légère, mais
Jean Leloup méritait que l'on parle de lui en ces termes mythologiques que l'on réserve
aux grands de la chanson: son oeuvre a marqué le Québec musical au fer rouge et, dix ans
après les faits, Le Dôme s'impose comme ce classique incontestable duquel on ne
décrochera pas de sitôt. Avons-nous été dupes? Nous a-t-on eu? Notre légende
n'était-elle qu'une triste imposture?
Infatué et fatigué, le loup devenu renard revient d'entre les morts quelques deux ans
après son enterrement pour nous chiper un dernier morceau de fromage. Sans contredit, Mexico
est la déception de 2006; le disque auquel on ne s'attendait pas et qui, malgré tout,
arrive à nous crever le coeur par son opportunisme et sa terrible fadeur. Loin d'être
miraculeuse, voici une résurrection digne du pire des films d'horreur: verdâtre et
flasque, le zombie Leclerc s'est échappé du cimetière pour envahir le monde des
vivants. Barrez vos portes et bouchez vous les oreilles!
Alors, à quoi ressemble-t-il ce nouveau Leloup/Leclerc? Comme toute chose qui aurait
passé les deux dernières années dans un cercueil, il sent fort la pourriture et n'a pas
grand chose de nouveau à dire. De toute évidence plutôt paresseux, il tente timidement
entre deux exercices funk-reggae peu dégourdis de nous pondre une pièce pop facile et
convenue qui n'a aucunement le cran de ses succès antérieurs. Informe, l'album accumule
coup sur coup erreur après erreur sans s'arrêter un moment pour se demander s'il y a
musique derrière ce flot de mots insipides. Leclerc s'y écoute parler, trouve le son de
sa voix plutôt agréable, et décide de continuer. Mais à mi-chemin, nos oreilles n'en
peuvent tout simplement plus. Où se sont réfugié cet humour et cette poésie que l'on
appréciait autrefois? Ici, Leclerc se vautre dans la banalité et la facilité en se
gavant d'une illusion de pertinence aussi irritante qu'elle est erronée.
Bien sûr, il se cache ici et là quelques chansons à proprement parler. Tangerine,
par exemple, est exactement le genre de composition relaxe et gentiment absurde à
laquelle Leloup nous avait habitué de par le passé. À la différence près que celle-ci
sent le réchauffé et la complaisance à plein nez. La pièce suivante L'innocence de
l'âme, sorte de ballade existentielle chaloupée et aigre-douce, est sans doute ce
qui se trouve de meilleur sur Mexico. Mais le fait est que personne au monde ne la
mettrait sur son best of de Leloup/Leclerc: sympathique, elle ne réinvente rien et ne
nous touche pas particulièrement. Elle est tout simplement agréable, qualité sans grand
éclat devenue denrée rare sur cet album mal produit où la médiocrité fait la loi.
Au fur et à mesure qu'avance le disque, les choses ne font d'ailleurs qu'empirer. Leclerc
confond sans cesse clichés musicaux livrés de manière dépareillée et expérimentation
iconoclaste: Horrible Fool est un horrible déchet dissonant et le débit parlé au
rythme duquel il livre l'insignifiante Jarneton et Gringoire singe le geste de ses
poèmes d'antan sans en saisir l'essence. Lorsque le chansonnier mise sur un rythme en
conserve pour insuffler artificiellement un groove à une mauvaise composition, comme il
le fait sur la risible Cowboy Groove, on a l'impression qu'il est lui-même
conscient de sa déchéance. Pourtant, des monuments de prétention nonchalante tels qu'Everybody
Wants To Leave révèlent toute l'arrogance d'un artiste dépassé mais convaincu
d'être le dernier des musiciens intègres sur Terre.
Le problème, c'est que ce Leclerc vient de commettre un vrai disque de vieux croûton la
sagesse et la maturité en moins. Mexico a tous les défauts de ces albums que
proposent les gens qui n'ont plus rien à prouver: il s'installe dans les conventions sans
trop se poser de questions et se vautre dans la certitude présomptueuse que chacun de ses
gestes est un morceau de mythe. Bref, ce monsieur Leclerc à la mine patibulaire s'attend
à ce qu'on le louange sous prétexte qu'il fût autrefois un artiste majeur. Mais bien
qu'il ait la même voix et certains tics en commun avec le grand Jean Leloup, ce petit
bouffon d'industrie se prélassant aujourd'hui sur la place publique n'est pas le même
homme. Leloup est mort depuis deux ans déjà. Son corps est revenu un peu décrépit dans
le monde des vivants. Mais son âme, de toute évidence, est restée de l'autre bord. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 9
Octobre 2006 |
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