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| LIARS |
| Liars |
| Mute |
| 2007 |
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| 8 sur 10 |
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Tenter de comprendre ce qui peut bien
se passer dans la tête des trois membres de la formation Liars lors de la mise en
chantier de chaque nouvelle pièce de leur discographie peut être un exercice
particulièrement ardu. Sans nécessairement modifier lessence de son son, le groupe
new-yorkais érige à tout coup dimposantes structures musicales en utilisant
sensiblement toujours les mêmes matériaux, mais en suivant toutefois un schéma
complètement différent dun album à lautre. Après avoir exécuté un pied
de nez pour le moins inusité à un premier opus plus tendancieux avec lapocalyptique
They Were Wrong So We Drowned et lincisif Drums Not Dead,
les Liars nous reviennent cette fois-ci sous une forme un peu plus conventionnelle. Cet
album éponyme se veut ainsi plus accessible au commun des mortels, voire tous ceux qui navaient
pas encore réussi à réapprivoiser la bête qui sétait révoltée dune
manière particulièrement violente après sêtre pourtant approprié une place de
choix dans le cortex cérébral de ces pauvres mélomanes sans défense. Mais plutôt que
de nous apparaître comme le premier véritable faux pas dun parcours jusqualors
exemplaire, ce quatrième album studio réaffirme plutôt linsaisissable constance
du trio dans son évolution artistique pourtant tout ce quil y a de plus chaotique.
Ainsi, après avoir pris dassaut les pistes de danse les plus endiablées, sêtre
infiltrés au milieu dune guerre sans merci entre villageois apeurés et sorcières
affamées, et donner le ton à un rituel tribal des plus étranges au coeur de la jungle
urbaine, nos trois vaillants menteurs rentrent finalement au bercail pour des « vacances
» bien méritées. Direction : le garage!
Les Liars mettent toutefois une chose au clair dès la violente pièce douverture Plaster
Casts of Everything : ils ne se sont aucunement assagis depuis leur dernière
offensive. La formation américaine favorise toutefois beaucoup plus lefficacité
que la recherche musicale sur ce quatrième album, proposant un ensemble de pièces plus
structurées dont on se délecte dès la première écoute, contrairement à la plupart
des morceaux de leurs deux précédentes sorties qui demandaient quelques visites avant de
dévoiler tous leurs charmes. Mais cette satisfaction instantanée ne signifie toutefois
pas que le présent effort est dépourvu de toute forme dexpérimentation, bien au
contraire. Celle-ci est par contre condensée dans un cadre à la fois plus restreint et
plus dynamique. De ce fait, le trio nous ressert une galette musicale impitoyable quil
solidifie ici dune armature garage rock absorbant au passage quelques influences
punk et électronique, tout en orchestrant quelques passages plus psychédéliques comme locculte
What Would They Know. Le son véhiculé sur cet album éponyme demeure néanmoins
celui des Liars et cette signature unique impose sa présence du début à la fin, des
envolées imprévisibles du chanteur Angus Andrew aux structures de chanson qui ne
semblent obéir quaux instincts les plus primaires du trio. La formation américaine
na ainsi rien gagné en finesse (ce qui est une excellente nouvelle) et continue de
nous ensevelir sous une charge impressionnante de rythmes pesants et de guitares abrasives
formant les imposants murs de son que sont les excellentes Cycle Time, Freak
Out et Clear Island.
La formation américaine profita également de cette simplification volontaire pour
explorer le côté plus pop de sa musique, que nous savions possible, mais auquel le
groupe ne nous avait pas encore tout à fait introduits jusque-là. Le moins que lon
puisse dire est que les Liars effectuent les présentations avec brio grâce à des
pièces comme la sombre, mais néanmoins légère, Sailing to Byzantium, Houseclouds,
qui aurait pu facilement se retrouver sur un album de Beck, ainsi que Protection
dont les claviers rappellent, dune manière toutefois beaucoup moins tragique, la
pièce Flow My Tears the Spider Said de lalbum They Were Wrong So We
Drowned. Le groupe continue malgré tout de capitaliser sur ses influences noise (la
réalisation et les textures de guitare du présent effort nous ramenant parfois au Sonic
Youth de lère EVOL) en ne se gênant jamais pour donner le ton à un
cataclysme musical particulièrement menaçant. Le trio récupère dailleurs
quelques vestiges dun passé pourtant pas si lointain avec Leather Prowler,
qui naurait pas été de trop sur They Were Wrong So We Drowned, alors que Pure
Unevil conserve de son côté quelques airs du fracassant Drums Not Dead.
Alors que lon croyait avoir enfin découvert le jeu de la formation new-yorkaise et
être ainsi en mesure de se préparer mentalement aux manigances auxquelles ils allaient
bien pouvoir soumettre nos oreilles lors de leur prochaine manifestation, il est à
nouveau temps de tout jeter à la poubelle et de revoir nos positions face à ces trois
menteurs qui portent définitivement bien leur nom. Certains jugeront sûrement au départ
que cet album éponyme aurait pu facilement être le successeur direct de They Threw
Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top. Même si quelque peu anachronique, Liars
se veut malgré tout tributaire dabsolument tout ce que le groupe a mis sur pied
jusquà présent. Ce virage plus précis et direct nest donc pas une tentative
de prendre dassaut les palmarès comme ce fut le cas pour un certain nombre de
groupes dits « indie » depuis quelques années. Le trio réaffirme plutôt avec ce
quatrième album son identité et sa volonté de ne pas faire du surplace. Les Liars osent
ainsi nen faire quà leur tête pour repousser les limites de leur son. Leur
expérimentation se traduit toutefois ici par un approfondissement de leur sens
mélodique, rendant moins abstrait le chaos caractérisant leurs élans sans
nécessairement le rendre moins percutant. Ce retour pour le moins inusité à une formule
plus accessible, mais pas vraiment plus clémente, confirme du coup la position de la
formation new-yorkaise comme lune des plus créatives, versatiles, et surtout lune
des plus imprévisibles, de la scène musicale actuelle. |
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| - Jean-François Vandeuren, 30
Septembre 2007 |
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