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| MF DOOM |
| Mm..Food |
| Rhymesayers |
| 2004 |
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| 7 sur 10 |
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La bouffe et les vieux cartoons des
Fantastic Four semblent obséder MF Doom sur sa énième parution de l'année 2004,
l'excellent Mm..Food. À mi-chemin entre l'âge d'or du Hip Hop et le silver age
des comics de Marvel, l'univers du MC au masque de fer est devenu au fil des ans quelque
peu prévisible. Pourtant, ses albums continuent de fasciner et d'attirer leur lot de
fervents admirateurs. Il faut dire que le flot du personnage est aussi hors du commun que
ses lubies. Presque toujours arythmique, il se pose lourdement sur les beats sans trop les
suivre. Il est articulé dans son absurdité, utilisant la culture populaire comme
matière première à d'étranges narrations légèrement décalées. MF Doom rappelle que
l'art de rapper est une forme d'expression purement personnelle. Il n'y a rien de
générique à sa livraison dominante. MF Doom s'impose dans une pièce. Il prend sa place
et offre un contrepoids satisfaisant à tous les genres de voix.
Dire que les attentes formulées à l'endroit de cette suite officielle au classique
underground Operation Doomsday étaient élevées serait un euphémisme. Si Mm..Food
ne fait pas l'unanimité, c'est parce qu'il n'affiche pas l'ambition que plusieurs
espéraient. De toute évidence, ce petit projet solo légèrement inconséquent prend des
allures d'arrière-pensée lorsque comparé à un monstre hip hop du calibre de Madvillainy.
Néanmoins, il y à plus d'une saveur agréable à dénicher dans ce petit plat mijoté
presque entièrement dans les cuisines de Daniel Dumile.
Quelques producteurs de choix épicent le repas à leur manière, notamment Madlib sur
l'amusante One Beer et Count Bass D dont l'excellente Potholderz s'avère
l'un des meilleurs morceaux de l'essai. Doom, pour sa part, s'amuse avec ses ingrédients
préférés que sont les vieux sons de synthétiseurs caduques et les échantillons de
dessins animés d'antan. Sur Mm..Food, il cultive une atmosphère moins ouvertement
menaçante et franchement plus ludique que sur son album du projet King Geedorah. Après
quelques pièces plus classiques sur lesquelles il s'installe vocalement, notre cuisinier
s'amuse dans le segment du milieu baptisé Special Recipes à monter une tapisserie
éclatée de rythmes et d'échanges vocaux. De toute évidence, Doom s'amuse sans trop
ambitionner.
D'emblée, les initiés remarqueront que Dumile recycle sur Poo-Putt Platter les
éléments principaux de Da Supafriendz, la pièce qu'il avait contribué au
premier album de l'ex-Cannibal Ox Vast Aire. Qu'importe! Ce motif de piano enjoué
demeurant l'un des plus savoureux qu'a déniché Doom dans les dernières années, son
court passage dans cette forme plus déconstruite demeure fort agréable. On remarque
parmi les morceaux de choix l'héroïque Rapp Snitch Knishes mettant en vedette Mr.
Fantastik sur fond de guitares claironnantes et de basse fluide. En général, MF Doom
entretient ici un air de simplicité volontaire. Il garde ses pièces dégagées, se
permettant surtout des excès au niveau des dialogues amusants à souhait qu'il monte à
partir d'extraits télévisés traitant de nourriture ou de son notoire alter-ego de bande
dessinée.
Après l'interlude instrumental Special Recipes et la moyenne Kon Karne, le
passage d'une MC féminine sur la solide Guinesses ramène Mm..Food dans une
direction plus pop que les pièces suivantes s'efforcent d'entretenir. Légèrement
diffus, l'album dans l'ensemble demeure un drôle de mélange qui n'a pas de réel motif
autre que thématique. C'est la seule chose que l'on puisse reprocher à MF Doom dans le
cas présent, même si cette approche très relaxe semble pleinement consciente.
En gros, Doom se permet un album léger et très divertissant sur lequel il livre quelques
bombes irrésistibles basées dans le vieux funk, dont l'accrocheuse Kookies, ainsi
qu'une bonne dose d'excentricités en tout genre. Puisque l'on aime notre MF Doom ainsi Mm..Food
s'avère en fin de compte une réussite, volontairement mineure mais tangible malgré
tout. Ce n'est sans doute pas le meilleur des endroits pour s'initier au personnage, le
génial premier album de Madvillain demeurant à ce jour le plus dense de ses projets. Par
contre, les amateurs déjà convaincus se délecteront de ce qui, sans être de la fine
gastronomie, demeure un plat fort satisfaisant. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 26
Avril 2006 |
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