| Chaque fois que l'on parle de cet
espèce de penchant folk qui vient envoûter à l'occasion les rouages de la musique
électronique (folktronica disent les scientifiques), deux noms font inévitablement
surface à tout coup : Four Tet et Boards of Canada. Il faut dire que leur influence sur
à peu près tout ce qui s'est fait dans le genre est indéniablement perceptible, mais ce
sont aussi eux qui trouvèrent le moyen de renouveler cette facture musicale avec le plus
d'assurance et d'inspiration pour l'empêcher de sombrer avant son heure comme ce fut le
cas pour trop de sous-catégories avant elle. Tentant sa chance pour un troisième effort
comme potentiel porteur de flambeau du genre, Minotaur Shock nous livre Maritime,
un album fait tout en douceur, qui contient tout de même sa part de moments d'exaltation,
mais qui ne cherche pas cependant à se montrer sous un jour complètement envoûtant ou
transporteur des émotions les plus fortes. La galette de David Edwards entreprend plutôt
un périple à la fois tumultueux et relaxant où ce dernier semble beaucoup plus
s'attarder au paysage qu'à l'esprit du voyageur. Un concept intéressant, mais en
surface, l'océan semble souvent n'être que de l'eau. Maritime
prend dès le départ les allures d'un cirque ambulant qui se déroulerait dans un vieu
jeu Nintendo extrêmement coloré et dans lequel Minotaur Shock nous transporterait d'une
platforme à l'autre, plaçant quelques traces de tempête sur un parcours somme toute
très ensoleillé où les nuits se déroulent à la belle étoile. En Plus de Four Tet, on
dénote également quelques influences mineurs d'Aphex Twin dans un mélange toutefois
beaucoup plus gentil et dont le niveau de déconstruction se veut aussi plus permissif,
flirtant davantage avec les mélodies évasives de Boards of Canada sans le côté ambient.
Mais à l'image de bien des excursions, l'album de David Edwards s'avère de loin plus
motivant en début de parcours. Ce sont d'ailleurs les quatre premières pièces de Maritime
qui se veulent les plus réussies, formant un départ extrêmement accrocheur qui révèle
la fulgurante Vigo Bay, une piste particulièrement enjouée pour le genre qui fera penser
d'une certaine façon à ce que fait Caribou. Mais Edwards est malheureusement un peu
victime de sa propre entreprise où malgré leur splendeur, on se lasse un peu des beaux
paysages musicaux pourtant rendu par une réalisation extrêmement compétente qui fait
part d'un souci du détail souvent redoutable.
Mais là où les comparaisons s'arrêtent brusquement entre les incontournables
Four Tet et Boards of Canada, c'est dans la manière dont Maritime ne parvient
pas à récupérer efficacement sa formule pour l'élever vers de nouveaux sommets, à
l'image des deux pionniers du genre cités plus haut qui réussirent à le faire sans trop
de difficultés sur leurs meilleurs efforts. Nous nous retrouvons de ce fait tirailler
devant une série de pièces pourtant vivifiantes à plusieurs égards et hautement
sympathiques qui se valent toutes, ça il n'y a pas de doute, et la trop grande
ressemblance entre chacune des compositions de la seconde moitié de l'album. Une
redondance qui, malgré sa part de moments somptueux, en découragera quelques-uns d'aller
jusqu'au bout de ce voyage haut en couleurs auquel nous convit David Edwards sur ce
troisième effort. Un album qui s'écoute donc beaucoup mieux en pièces détachées qu'en
un tout. Maritime propose ainsi une série d'amuses gueules très intéressants,
mais un peu difficile à servir comme plat de résistance. |