MINOTAUR SHOCK
Maritime
4AD
2005
7 sur 10
Chaque fois que l'on parle de cet espèce de penchant folk qui vient envoûter à l'occasion les rouages de la musique électronique (folktronica disent les scientifiques), deux noms font inévitablement surface à tout coup : Four Tet et Boards of Canada. Il faut dire que leur influence sur à peu près tout ce qui s'est fait dans le genre est indéniablement perceptible, mais ce sont aussi eux qui trouvèrent le moyen de renouveler cette facture musicale avec le plus d'assurance et d'inspiration pour l'empêcher de sombrer avant son heure comme ce fut le cas pour trop de sous-catégories avant elle. Tentant sa chance pour un troisième effort comme potentiel porteur de flambeau du genre, Minotaur Shock nous livre Maritime, un album fait tout en douceur, qui contient tout de même sa part de moments d'exaltation, mais qui ne cherche pas cependant à se montrer sous un jour complètement envoûtant ou transporteur des émotions les plus fortes. La galette de David Edwards entreprend plutôt un périple à la fois tumultueux et relaxant où ce dernier semble beaucoup plus s'attarder au paysage qu'à l'esprit du voyageur. Un concept intéressant, mais en surface, l'océan semble souvent n'être que de l'eau.

Maritime prend dès le départ les allures d'un cirque ambulant qui se déroulerait dans un vieu jeu Nintendo extrêmement coloré et dans lequel Minotaur Shock nous transporterait d'une platforme à l'autre, plaçant quelques traces de tempête sur un parcours somme toute très ensoleillé où les nuits se déroulent à la belle étoile. En Plus de Four Tet, on dénote également quelques influences mineurs d'Aphex Twin dans un mélange toutefois beaucoup plus gentil et dont le niveau de déconstruction se veut aussi plus permissif, flirtant davantage avec les mélodies évasives de Boards of Canada sans le côté ambient. Mais à l'image de bien des excursions, l'album de David Edwards s'avère de loin plus motivant en début de parcours. Ce sont d'ailleurs les quatre premières pièces de Maritime qui se veulent les plus réussies, formant un départ extrêmement accrocheur qui révèle la fulgurante Vigo Bay, une piste particulièrement enjouée pour le genre qui fera penser d'une certaine façon à ce que fait Caribou. Mais Edwards est malheureusement un peu victime de sa propre entreprise où malgré leur splendeur, on se lasse un peu des beaux paysages musicaux pourtant rendu par une réalisation extrêmement compétente qui fait part d'un souci du détail souvent redoutable.

Mais là où les comparaisons s'arrêtent brusquement entre les incontournables Four Tet et Boards of Canada, c'est dans la manière dont Maritime ne parvient pas à récupérer efficacement sa formule pour l'élever vers de nouveaux sommets, à l'image des deux pionniers du genre cités plus haut qui réussirent à le faire sans trop de difficultés sur leurs meilleurs efforts. Nous nous retrouvons de ce fait tirailler devant une série de pièces pourtant vivifiantes à plusieurs égards et hautement sympathiques qui se valent toutes, ça il n'y a pas de doute, et la trop grande ressemblance entre chacune des compositions de la seconde moitié de l'album. Une redondance qui, malgré sa part de moments somptueux, en découragera quelques-uns d'aller jusqu'au bout de ce voyage haut en couleurs auquel nous convit David Edwards sur ce troisième effort. Un album qui s'écoute donc beaucoup mieux en pièces détachées qu'en un tout. Maritime propose ainsi une série d'amuses gueules très intéressants, mais un peu difficile à servir comme plat de résistance.

- Jean-François Vandeuren, 5 Septembre 2005

 

 

Pistes
01 muesli
02 (she's in) dry dock now
03 vigo bay
04 six foolish fishermen
05 hilly
06 twolsey
07 somebody once told me it existed but they never found it
08 luck shield
09 mistaken tourist
10 the broads
11 four magpies