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| MOGWAI |
| Young Team |
| Jet Set |
| 1997 |
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| 9 sur 10 |
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Bien que l'on colle l'étiquette de
post-rock sur la musique que produit Mogwai, force est d'admettre que la formation
écossaise donne plus souvent qu'autrement dans le rock pur servi à la sauce
instrumentale. Le plaisir que procure Mogwai est purement viscéral. Les meilleures
pièces du groupe sont des chansons sans paroles et non de sombres symphonies aux
multiples mouvements. Comme le prouve son récent retour en force Mr. Beast, le
monstre Mogwai est à son meilleur lorsqu'il rugit. En ce sens, l'album le plus réussi du
groupe demeure l'explosif Young Team. Quelques-uns sursautent encore lorsque
surgissent de l'abysse les guitares hurlantes de la splendide Like Herod alors que
le puissant crescendo perpétuel de la mythique Mogwai Fear Satan a toujours
l'intensité nécessaire pour faire frissonner de bonheur le plus blasé des mélomanes.
Qu'on se le dise: Mogwai ne fait pas dans la dentelle et c'est bien meilleur ainsi. Bien
entendu, certains des beaux moments de Young Team proposent un contraste marqué
avec le tumulte ambiant. La délicate Tracy flotte dans l'air telle une triste
berceuse oubliée tandis que With Portfolio résonne tel un souvenir avant de
gonfler en toute-puissante masse de bruit. Lorsque celle-ci s'estompe, c'est pour céder
le pas à la déchirante ballade solitaire R U Still In 2 It?. Ici, le guitariste
Stuart Brathwaite s'empare d'un micro pour souffler d'une voix lasse et défaite une
chanson d'une tristesse désarmante et d'une beauté glaciale - probablement la meilleure
du répertoire vocal de Mogwai.
Malgré tout, ce sont les moments où la bête rock se réveille qui nous laissent
réellement pantois. L'attaque bien carrée et solidement ancrée dans le béton armé du
batteur Martin Bulloch ne laisse aucune place au doute: les veines de Mogwai sont
investies de l'esprit du rock à l'état pur. La majesté solennelle de l'incroyable Mogwai
Fear Satan n'a d'égale que sa vigueur. Son intensité surnaturelle se surpasse sans
cesse. Ses pauses ne sont qu'un leurre sournois avant une nouvelle offensive. L'escalade
progressive de ce motif mélodique pourtant fort simple semble pouvoir se passer de
sommet. Du haut de ses seize glorieuses minutes, Mogwai Fear Satan surplombe tant
de pièces post-rock similaires que l'on peut déjà la qualifier de classique
incontestable du genre.
Ce que cherche au fond Mogwai, c'est à réinventer le rock de guitares sans en abandonner
l'efficacité directe et la force brute. En ce sens, le simple fait que Young Team soit
sorti en 1997 cimente son importance historique. Alors que Radiohead revitalisait le rock
en le mariant à l'électronique sur son classique OK Computer et que l'ensemble de
la communauté critique internationale confiait déjà aux ordinateurs l'avenir de la
musique populaire, nos vaillants Écossais érigeaient un véritable mur de guitares
féroces en réponse à la tendance générale sans tomber dans l'art réactionnaire
facile. Oscillant entre des compositions plus texturées et d'autres plus violentes,
Mogwai poussait le rock ailleurs sans en raser les fondations.
Plus traditionnels que la plupart de leurs pairs, les membres de Mogwai proposent malgré
tout une musique résolument moderne et inventive. Le poids de leur charge n'est jamais un
obstacle à leur créativité. Mais c'est surtout parce qu'ils ne s'embourbent pas dans
les civilités excessives qu'ils arrivent à frapper de plein fouet le plus insouciant des
auditeurs de leur énergie cathartique collective abasourdissante. Injectant au rock
instrumental un poids imposant sans en noyer le groove naturel, Mogwai arrive à
renouveler un genre sans le trahir. L'exploit de Young Team demeure étonnant et
remarquablement prenant encore aujourd'hui. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 29
Mars 2006 |
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