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| NADJA |
| Truth Becomes Death |
| Alien8 Recordings |
| 2005 |
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| 8 sur 10 |
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Qu'est-ce que le métal? En tant que
genre musical, on peut difficilement saisir l'essence de cette véritable sous-culture
dont les ramifications infinies vont des rythmes lents et menaçants du doom aux éclairs
de violence du grindcore. Selon plusieurs, le métal est une attitude et, dans ce cas, la
musique que propose Nadja n'est pas une forme de métal. Ceux qui jugent avec leurs
oreilles la nature de ce qu'ils écoutent défendront sans doute qu'à défaut d'être un
réel représentant de la bonne vieille musique de Satan, Truth Becomes Death est
un étrange descendant du genre. Qu'Aidan Baker, un musicien d'abord connu pour ses plages
électroniques ambiantes, soit responsable de l'essai en question mettra à plusieurs la
puce à l'oreille que Nadja ne propose pas un métal conventionnel et cliché.
Librement inspiré des tremblements menaçants du métal ambiant de formations telles
qu'Earth et Sunn 0))), ce premier album du duo torontois est un imposant monstre
atmosphérique qui emprunte tant au noise électronique qu'au son des formations oeuvrant
pour l'étiquette Southern Lord. La première pièce, Bug/Golem, annonce d'emblée
le ton ravagé de l'ensemble. Nous plaçant seul sur un radeau au milieu d'un océan de
distorsion, Baker et son acolyte Leah Buckareff laissent un lent grondement ténébreux
envahir progressivement nos sens. La musique de Nadja est un engourdissement prenant, un
sombre gouffre s'élargissant au fur et à mesure que de longues pièces au mouvement
colossal s'étendent. Des percussions électroniques servent de métronome méthodique à
de diaboliques progressions mélodiques aussi simples qu'inquiétantes.
De prime abord, la patience avec laquelle il faut approcher Truth Becomes Death
peut sembler lassante. La musique de Nadja est à la limite du drone. Les textures sont en
avant-plan, mais elles finissent par prendre une atteindre une taille telle que l'écoute
passive devient difficile voire impossible. Les pièces de cet album dépassent la
vulgaire tapisserie sonore. Elles grossissent inexorablement jusqu'à que leur présence
imposante ait absorbé toute forme de vie autour d'elles. Les voix, lavées dans le mixage
final par des vagues de crépitements, vont du murmure craintif au cri étouffé. Leur
présence a toujours une qualité fantomatique. Leur étincelle de vie semble s'être
éteinte, happée par un bourdonnement industriel incandescent.
Memory Leak est une composition aussi lourde qu'épique. La voix n'y est plus qu'un
grincement statique distant, un horrible vent soufflant cruellement sur un paysage qui se
détruit inexorablement. Dans ce marécage monté à même les cauchemars de Lovecraft, la
lenteur prend un tout autre sens. La créature qui nous poursuit progresse à un rythme de
tortue. Le danger vient du fait que nous sommes pour notre part immobile. Pour ceux qui me
suivraient encore, Nadja propose effectivement une musique dont l'abstraction saturée se
transforme aisément en images tangibles.
Notre peur du bruit s'apparente à la crainte du noir. Derrière un voile opaque de
distorsion, Baker et Buckareff cachent le genre de mélodies que siffle le synthétiseur
dans un vieux film d'horreur. Seulement, le mécanisme du projecteur ne fonctionne plus au
bon rythme. Le son se décompose en une macabre grimace. Dans Decasia: The State of
Decay, le réalisateur Bill Morrison laissait parler des pellicules se désagrégeant.
De leur désintégration naissait une foule d'images à la fois morbides et hypnotisantes.
Truth Becomes Death nous plonge dans une transe similaire, à la limite entre la
fascination la répulsion. Si bien que lorsque l'océan se calme enfin avec les dernières
minutes de Breakpoint, nous ne savons plus s'il s'agit d'un moment de répit bien
mérité où simplement d'une menace latente. L'expérience est fortement recommandée aux
amateurs de musique atmosphérique qui n'ont pas froid aux yeux. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 6
Mars 2006 |
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