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| PANDA BEAR |
| Young Prayer |
| Paw Tracks |
| 2004 |
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| 9 sur 10 |
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Dieu est mort.
Ouch, ça fait raide
Reformulons.
Lidée de Dieu, telle que promue par les grandes institutions, na plus aucun
sens. Alors que les églises encore dotées de bonnes intentions voient leurs fidèles les
déserter, dautres redeviennent le terrain dun douteux lavage de cerveau
puritain. Les fois sentrechoquent, donnent aux peuples des raisons de sentredéchirer,
et rien ne va plus. Afin de se trouver un repère spirituel valable en cette ère confuse,
lindividu moderne se doit de rechercher une alternative aux traditions en voie de
décrépitude.
Panda Bear (Noah Lennox de son vrai nom), membre-clé du prolifique Animal Collective, la
compris. Souffrant du décès de son père en 2004, le jeune homme, plutôt que de se
tourner vers un pèlerinage dont il naurait rien émergé de concret, de chercher le
réconfort dans un club de rencontres ou encore dans lalcool, trouva la force de
rassembler quelques instruments et collaborateurs pour une session denregistrement
purificatrice. Conçu dans la maison même où la figure paternelle vécut ses derniers
jours, Young Prayer savère à la hauteur de tout le mythe romantique lentourant
: un album dune pureté, dune profondeur et dune puissance implicites
renversantes.
Ces neuf pièces anonymes senchaînent comme autant détapes dun
éprouvant voyage intérieur duquel il ne ressortirait que du bien. Construit selon une
alternance de tensions, de relâchements et de moments derrance moins définis, lalbum
bénéficie dune liberté dexpression affranchie de toutes contraintes
externes ainsi que de son sens relatif de la concision (ne durant quun peu moins de
trente minutes). En effet, Panda Bear choisit de son propre arbitre de simposer la
retenue, ne se perdant jamais dans détranges expérimentations ouvertement
abstraites et préférant des élans dinterprétation prenants et spontanés. La
musique demeure toujours profondément humaine, alors que la frontière se brouille entre
la composition préméditée et limprovisation pure.
Tout au long de Young Prayer, la voix fragile du jeune chanteur demeure tournée
vers le ciel. Toutefois, Lennox, nayant rien dun certain Sufjan, évacue toute
forme de préciosité, sachant jouer avec les intensités et varier le ton, quitte à
sacrifier un peu de justesse. Il choisit également dépurer ses chansons de toute
dimension littéraire, ne cherchant quà faire résonner le son de mots et de
syllabes dépourvus de signification littérale. Toute lattention se trouve donc
portée sur une musique envoûtante et profondément jolie, transcendant le rôle habituel
de la chanson en creusant jusquà lâme.
Linstrumentation sur Young Prayer savère dune économie
remarquable. La guitare acoustique prédomine, tour à tour caressée et matraquée par
Lennox selon une technique très personnelle et spontanée, comme sil se trouvait
dans un constant état de transe. Du piano, quelques percussions et une quantité bien
mesurée de sonorités étranges viennent se glisser ça et là dans lensemble, mais
lalbum entretient une atmosphère intimiste captivante par la précision et lapparente
proximité des sons. Lenregistrement est de bonne qualité et fait honneur à toute
la richesse du style.
Ceci dit, Young Prayer ne constitue certainement pas un véritable classique
moderne tous azimuts dans la veine du plus récent album de TV on the Radio. Il na
pas non plus lambition dêtre considéré comme tel. Bien que ce texte ne
parvienne pas à en faire part, il peut plutôt être considéré comme un classique
mineur triomphant par la pureté de ses intentions et la beauté de son geste. Mais plus
que tout, il sagit de lexpression la plus réussie de la grande spiritualité
que lon retrouve dans les meilleurs moments de ce grand groupe que deviendra
éventuellement Animal Collective. On y décèle sur toute sa longueur létincelle
vitale animant le cur de la formation, et cest ce qui concède à Young Prayer
une certaine importance dépassant la simple écoute. À découvrir. |
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| - Louis Filiatrault, 9 Octobre
2006 |
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