LES PISTOLETS ROSES
Ma Génération
Newrock
2003
3 sur 10
Je ne connaissais strictement rien des Pistolets Roses en insérant ce disque dans le lecteur, sinon que les Francofolies avaient décrit leur disque comme étant du punk solide s’écartant du convenu caractéristique du genre depuis plusieurs années. Aussi, leur nom, sans doute inspiré des Sex Pistols, inspire une certaine confiance.

Première constatation : il s’agit du nouveau projet du mec derrière la défunte formation de pop-punk Pénélope. Pour moi, Pénélope, c’est non seulement un groupe infect mais aussi le spectacle qui aura réussi, il y a quelques années, à me faire perdre un tournoi provincial de flag-football en créant le contexte idéal pour qu’un joueur clé de l’équipe se fracture la cheville la veille des demi-finales. La seule chose que je n’ai pas méprisé de ce spectacle, c’est la charmante bassiste, et cette dernière a quitté la barque pour se joindre à Éric Panic (groupe punk commercial générique no.27). Bref, ce disque part les deux pieds bien enfoncés dans un dense bourbier nauséabond.

J’ai donc abaissé mes standards habituels histoire de rendre justice à un disque qui, de toute évidence, ne serait pas marquant mais qui a droit d’être abordé avec le plus d’objectivité possible. Mais force est d’admettre que ce genre de musique a tendance à me laisser indifférent.

Le disque débute toutefois avec plus d’aplomb que je ne l’aurais suspecté. Ma génération montre rapidement que les Pistolets roses ont une approche plus rock que Pénélope. Sans être particulièrement intéressante, la pièce se distingue un peu de la masse rigoureusement encadrée du pop-punk commercial en créant un certain sentiment d’urgence qui n’existe pas chez leurs confrères. Mais il ne faut pas se leurrer : l’originalité n’est tout de même pas au rendez-vous. C’est tout simplement qu’au lieu d’aller chercher ses influences du côté du vieux Green Day ou de Lag Wagon, la formation s’inspire de Thrice ou de No Use for a Name, conférant à sa musique une certaine intensité qui n’existe pas chez d’autres groupes de ce genre maudit. Les meilleures chansons du disque s’inscrivent dans cette lignée assez banale mais tout de même digeste. Côté texte, le groupe (car tout le monde met la main à la pâte sur cet album) vise plus haut que la moyenne, chantant son malheur en tant qu’incompris dans ce monde cruel avec plus de subtilité que d’autres formations à succès, visant un public de plus de quatorze ans. Le résultat demeure médiocre mais tout de même, levons-leur notre chapeau.

Cependant, je ne vous induirez pas en erreur en vous disant que toutes les chansons de ce disque sont aussi bonnes. On y retrouve aussi son lot de coups d’épée dans l’eau. Les Pistolets roses, dans leurs moments les moins inspirés, ressortent ces damnées influences de skate punk du début des années 90. Voguant entre les rafales de Lag Wagon et de vieux Blink 182, des chansons comme Le forçat ou Dimanche d’automne vous rappelleront comment certaines pièces de votre adolescence ont bien mal vieillies. Le résultat oscille entre le banal et le franchement désagréable. Comme dans tout album se respectant, on retrouve la ballade de service en la franchement insignifiante Magané. Le texte auto-dérisoire montre clairement que l’objectif n’était pas sérieux mais demeure qu’une ballade aussi froide et peu inspirée ne devrait tout simplement pas être endisquée. Lorsqu’une pièce vous fait regretter Dany Bédard, vous savez que quelque chose ne tourne pas rond. Et voici que le groupe nous offre en prime une seconde version de la dite ballade! Avis aux amateurs de défis : un prix est attribué à la première personne qui réussit à trouver la différence entre les deux versions. Et c’est sans parler de Pépito, qui se mérite la palme de la chanson la plus nulle à avoir traversé le grillage de mes hauts-parleurs depuis des lunes. Et comble de malheur, on nous en offre encore une deuxième version en espagnol à la fin du disque! Mais qui a eu cette idée merdique d’ajouter des versions inédites des deux pires chansons de l’album? Pire encore, cette deuxième version comprend une chanson cachée, ou, comme il serait plus juste de la qualifier, un ramassis de n’importe quelles conneries à passer par la tête des membres des Pistolets roses pendant treize minutes. C’est ajouter l’insulte à l’injure.

En fin de compte, le début décent du disque se verra rapidement ruiné par une panoplie de chansons insipides juxtaposées à des textes assez cliché. Au moins, ils ont le culot de le faire en français.
- Jean-François Cadieux, 24 Août 2005

 

 

Pistes
01 ma génération
02 le forçat
03 j'sais pu ou j'suis rendu
04 une super chanson
05 yé jamais trop tard
06 personne
07 dimanche d'automne
08 pépito (version française)
09 détraqué
10 une autre journée
11 magané
12 pépito (version originale)