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| PRIMUS |
| Pork Soda |
| Interscope |
| 1993 |
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| 8.5 sur 10 |
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Malgré ce qua pu tenter de
faire croire MTV à des millions dadolescents survitaminés au tournant des années
90, Primus na jamais été quun simple thrash band uniquement propice à
enflammer les 'skate parks'. Cest ce que de nombreux jeunes excités ont dû
découvrir à lachat de Sailing the Seas of Cheese, et encore plus avec Pork
Soda, qui sest inexplicablement écoulé à plus dun million dexemplaires.
Lattrait qua exercé Primus sur les curieux se situe certainement dans sa
personnalité singulière, plus près de Tom Waits ou des Residents que des géants quétaient
Pearl Jam et les Red Hot Chili Peppers à lépoque. Pas plus dune minute découte
de Pork Soda nest nécessaire pour confirmer loriginalité du groupe.
Un battement de pied et une sympathique ritournelle dinspiration irlandaise ouvrent
lalbum en terrain confortable. Cest le moment rêvé pour Les Claypool de
venir interrompre des festivités trop gentilles par un assaut de basse martelée, suivi
bien vite par ses comparses Larry LaLonde et Tim Alexander. My Name Is Mud embourbe
lauditeur dans un brouillard sonore déstabilisant, à la fois répugnant et
captivant. Bienvenue dans lunivers de Pork Soda, peuplé dindividus
blasés, pervers, sociopathes et suicidaires.
Avec leur troisième véritable album, les musiciens de Primus poussent plus que jamais
leur prouesse instrumentale en la mettant au service datmosphères étouffantes et dune
interaction de groupe plus cohérente. En effet, les chansons au rythme lent, telles que
Bob, Mr. Krinkle ou la pièce titre, se prêtent à une exploration de
sonorités plus tordues et moins sèches quauparavant, tandis que les pièces plus
dynamiques, telles que DMV ou Nature Boy, revèlent une formation
extrêmement serrée, se prêtant au jeu du jam avec aisance et fluidité. De tout Pork
Soda, le groupe affiche le mieux ses atouts sur lensemble de la pièce Ol
Diamondback Sturgeon, articulée autour dun roulement constant des percussions,
ainsi que sur la longue instrumentale Hamburger Train, formidablement funky. De
plus, la courte Wounded Knee permet un interlude percussif intéressant marquant
une pause à la moitié de lalbum.
Toutefois, la plus grande force de lalbum se trouve dans la formidable prestation de
Les Claypool tout au long. Le chanteur et bassiste trouve ici le meilleur équilibre entre
sa création de peintures anecdotiques, marquées par labsurde et laliénation,
et sa livraison pour le moins intrigante. En effet, la voix de lhomme est filtrée dune
manière telle quelle paraît souvent avoir été enregistrée au travers dun
mur. Claypool semble flotter dans un espace résolument hallucinatoire pour lensemble
des 58 minutes de lalbum, colorant ses moindres mots dun accent carnavalesque
délirant, particulièrement sur la curieuse Welcome to this World. Son jeu de
basse extravagant, bien quil présente ici quelques-uns de ses meilleurs riffs,
laisse désormais plus de place à ses acolytes, Tim Alexander y allant dune
rythmique toujours solide et complexe, LaLonde succédant au phrasé insolite de son
leader avec des solos psychédéliques éclatants, canalisant la tradition métal tout en
évitant ses excès.
Néanmoins, un fait quil est impossible de nier au sujet de Primus se situe dans la
pauvreté du songwriting en tant que tel. Il sagit de la grande
faiblesse du groupe, les morceaux étant fondés dabord autour de formules
rythmiques de basse plutôt que sur une véritable recherche daccords et de
progression. Il en résulte des mélodies vocales souvent monotones ou emplies dune
naïveté forcée, mais contribuant à létrangeté de lensemble, notamment
dans le cas de Nature Boy. Les morceaux sappuient davantage sur la couleur
brune du son et linterprétation en tant que telle pour remplir leur fonction.
En somme, Pork Soda est un excellent album de trip, naviguant dans des
eaux sonores troubles au sein dun climat étourdissant. Malgré quelques moments
discordants, dont la longuette The Pressman et la grotesque et hilarante pièce
titre, il procure une expérience hors du commun, plutôt variée et remarquablement
cohérente. Il sagit aussi dun disque totalement affranchi des attentes
commerciales, ne capitalisant aucunement sur les succès précédents du groupe, y allant
de sa propre démarche créative. Un disque indispensable pour les intéressés. |
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| - Louis Filiatrault, 1er Décembre
2006 |
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