QUEENS OF THE STONE AGE
Queens of the Stone Age
Loose Groove
1998
7.5 sur 10
Déjà trois longues années s’étaient écoulées depuis le chant du cygne de la mythique formation stoner-métal Kyuss, victime de querelles internes, lorsque le guitariste Josh Homme ressurgit avec un tout nouveau projet plus mélodique répondant au nom de Queens of the Stone Age. Plusieurs fans de longue date ont sûrement attendu cette sortie éponyme avec un soupçon de réticence. Après tout, Queens of the Stone Age s’annonçait beaucoup plus pop que les goudronneux Kyuss. Mais déjà en 1998, Queens of the Stone Age annonçait son jeu et montrait au monde un indéniable as en main.

C’est de ses amis et vétérans du rock de Kyuss dont Josh Homme s’est entouré pour mener cette barque. Retrouvant le bassiste Nick Oliveri et le batteur Alfredo Hernandez, s’accompagnant d’un nouveau guitariste et claviériste à temps partiel, Dave Cutching, Queens of the Stone Age est finalement bien plus une façon d’écarter le chanteur John Garcia qu’une nouvelle formation à part entière. L’expérience mutuelle du groupe se transpose dans sa composition, Queens of the Stone age s’avérant une évolution du son de Kyuss et non pas une véritable rupture.

L’ambition d’Homme est complexe : reprendre l’ardeur de Kyuss, ses volcaniques guitares à la Tony Iommi, sa saveur désertique et l’appliquer à des pièces construites dans une esthétique pop avec des refrains, des enchaînements musicaux en blocs plus courts et des partitions vocales plus mélodiques. Si ce premier album ne marque pas l’aboutissement de l’expérience, il en montre certainement le grand potentiel.

Dès l’introduction de l’excellente Regular John, on saisit la nuance que veut opérer Josh Homme : la pièce est mélodique et accrocheuse, tout en faisant trembler les murs et crier les voisins. Sans doute la meilleure chanson du disque, même l’une des bonnes de la formation à ce jour, Regular John vient faire tomber toutes les appréhensions hypothétiques que le troglodyte amateur de stoner pouvait s’être construites. Avon poursuit avec la même attaque; alliant un solide riff à un refrain accrocheur, la pièce est une réussite. If Only représente ce qu’ont peut-être craints les amateurs de la première heure. C’est le moment du disque où Homme «sombre» dans un rock pop très présentable, presque digne de la radio FM. Une pièce de qualité, tout de même, mais qui a certainement pu terrifier certains mélomanes de fonds de sous-sols.

La plutôt banale Walkin’ on the Sidewalks est bien ancrée dans ce qui deviendra le son de base de la formation, mais demeure en-deça des standards de qualité auxquels les fans ont été habitués depuis. You Would Know ne s’inscrit pas non plus dans le sommet du catalogue du groupe, mais revêt un aspect «historique» intéressant dans l’évolution de QOTSA. C’est la première pièce d’une longue série du groupe s’attardant à l’atmosphère glauque qu’inspirent une mélodie minimaliste et lente, les fameux «licks» blues plutôt sinistres d’Homme et une voix blasée, traînante comme le pas de qui s’égare sous le lourd soleil du désert californien. How To Handle A Rope revient au gros rock brut, et attire la sympathie sans toutefois s’avérer mémorable.

Queens of the Stone Age revient ensuite en force avec une Mexicola guidée par deux tonnes de fonte en guise de guitares. Le reste de l’album est toutefois marqué par un certain manque d’inspiration, comme quoi l’expérience QOTSA n’est pas encore tout à fait à jour. You Can’t Quit Me Baby, pièce instrumentale, suit dans le moule de You Would Know, pour présenter Give the Mule What He Wants, mais les deux pièces fort acceptables n’arrivent pas à sauver une fin d’album incontestablement moins solide.

L’album éponyme de Queens of the Stone Age arrive donc à satisfaire. Malgré quelques lacunes, ce premier effort de la troupe de Josh Homme comporte plusieurs moments mémorables. Plus encore, il met la table pour l’avenir prometteur qu’aura la formation. Les fondations installées avec cet album permettront aux Queens of the Stone Age de s’imposer comme l’une de ces rares formations de rock lourd, imposant et hors-norme à jouir d’un public vaste et d’un succès commercial important.

n.b. : L'album est aujourd'hui discontinué. Le chercher chez votre disquaire à grande surface favori pourrait s'avérer un échec fastidieux, désastreux et fortement attristant.
- Jean-François Cadieux, 10 Mai 2006

 

 

Pistes
01 regular john
02 avon
03 if only
04 walkin' on the sidewalks
05 you would know
06 how to handle a rope
07 mexicola
08 hispanic impressions
09 you can't quit me baby
10 give the mule what he wants
11 i was a teenage hand model