THE RACONTEURS
Broken Boy Soldiers
XL
2006
7.5 sur 10
Sortez vos plumes, amateurs de rock aguerris, car vous vous apprêtez à écrire à votre grand-mère : Jack White fait un bond vers le futur! Effectivement, après avoir sillonné les routes du blues des années 30, les églises du gospel des années 50 et les vieux jukebox de country des années 60, le vampiresque rockeur s’attaque aujourd’hui au rock des années 70! Bon, d’accord, comme vision de l’avenir, c’est plutôt commun. N’empêche qu’en s’enregistrant sous le nom des Raconteurs, Jacky White et ses potes des Greenhornes livrent un album dont le pop rock souffrira inévitablement des comparaisons tout en demeurant réellement divertissant.

Répondons d’abord aux questions primaires : non, Broken Boy Soldiers ne décape pas autant que n’importe quelle parution des White Stripes. Non, Jack White ne prend pas toute la place avec sa tonitruante guitare. Non, les Raconteurs ne sont pas une prodigieuse envolée de musique technique visant à venger le minimalisme des Stripes. Les Raconteurs forment un groupe tangible, cohérent en soi, misant sur un pop rock rappelant le top 40 de 1975. En se montrant plus psychédélique et complexe que les Stripes, plus rock et plus accrocheur que les Greenhornes, Broken Boy Soldiers touche la cible et livre de bons moments.

On n’est pas trop dépaysé en prêtant l’oreille aux Raconteurs car c’est sur Steady As She Goes, simple de l’album, que s’ouvre le rideau. La pièce représente bien le son du groupe avec sa pop que se seraient arrachées les radios commerciales d’il y a trente ans. Steady As She Goes n’est certes pas inoubliable mais on ne peut renier son air accrocheur. Quelques autres pièces de l’album poursuivent dans la même lancée, notamment Hands et Level, misant sur un pop rock partageant des liens sanguins étroits avec une infinité de pièces du genre tout en parvenant à ressortir du lot grâce à des mélodies faciles d’accès.

Pour le meilleur ou pour le pire, les Raconteurs se démarquent des formations-mères de ses membres en y allant de plusieurs ballades. Les chansons Together et Call It A Day ont probablement été subtilisées du placard de pieces inédites des Beatles. La conclusion de l’album, Blue Veins, est une sympathique chanson blues solidement interprétée par White.

Mais Broken Boy Soldiers comporte aussi quelques moments singuliers très intéressants. La remarquable pièce-titre du disque prend étrangement place sur son trône en tant que meilleure chanson des Raconteurs. Baignant dans une ambiance orientale, la voix intense de Jack White vient sans équivoque prendre le contrôle du gouvernail. Captivante et déchirante, Broken Boy Soldiers se démarque. Le vide laissé par sa conclusion est toutefois admirablement rempli par une formidable Intimate Secretary et son psychédélisme mordant familier au fameux album blanc des Beatles. Store Bought Bones se hisse aussi au-delà de l’ensemble par l’imposante présence d’un clavier déchaîné et de guitares pesantes rappelant étrangement Galaxie 500.

Avec Broken Boy Soldier, les Raconteurs passent assurément le test. Bien qu’un peu court du haut d’un 33 minutes vites passées, l’album offre plusieurs moments mémorables. Il est indéniable que le projet valait la peine d’exister, les Raconteurs se montrant un groupe de musique pertinent et non pas seulement une nouvelle façon d’aider les Greenhornes à payer le loyer. Peut-être qu’il n’y a finalement pas de quoi écrire à sa grand-mère, mais si on réussit à se mettre dans la tête qu’il ne s’agit pas d’un album des White Stripes, on peut indéniablement trouver son compte dans ce disque fort sympathique.
- Jean-François Cadieux, 27 Mai 2006

 

 

Pistes
01 steady as she goes
02 hands
03 broken boy soldier
04 intimate secretary
05 together
06 level
07 store bought bones
08 yellow sun
09 call it a day
10 blue veins