THE RAMONES
Road to Ruin
Sire
1978
9.5 sur 10
Bien qu'ils soient surtout reconnus à titre de pionniers du punk, les Ramones étaient d'abord et avant tout d'irrévérencieux amateurs de pop ensoleillée et entraînante dont l'éthique de travail était foncièrement originale et anticonformiste. Force est d'admettre qu'au fil des albums, leur punk tumultueux révélera de plus en plus ouvertement ses tendances foncièrement pop. Jamais cette vérité ne sera plus clairement en évidence que sur le End of the Century de 1980, qu'ils demandèrent au légendaire Phil Spector de produire. Mais le Road to Ruin de 1978 arbore déjà les signes d'un raffinement que certains puristes reprocheront au groupe new-yorkais. Concluant le formidable enchaînement de classiques consécutifs que fut le début de carrière des Ramones sur une note plus travaillée, Road to Ruin est la consécration ultime pour le groupe ainsi que la concrétisation en une même bombe de rock and roll abrasif et foncièrement amusant de toutes les promesses de ses premiers albums.

Plus professionnels que jamais, plus sérieux dans leur approche et encore plus solides en tant qu'unité musicale, les Ramones approchent la création de Road to Ruin avec un remarquable sens du devoir ainsi que l'énergie du désespoir. Sa chanson la plus connue, I Wanna Be Sedated, raconte les mésaventures d'un Joey Ramone défoncé par le rythme de vie effréné du groupe en tournée. Au niveau des textes, le chanteur fait preuve d'une maturité nouvelle qui détonne d'avec le ton des albums précédents. Road to Ruin, en ce sens, est marqué par la désillusion et la frustration. Ce qui surprend, c'est qu'il ne se distille pas de ces énergies négatives un album opprimé ou déprimé. Road to Ruin triomphe face à l'adversité. C'est un disque qui fonctionne à plein régime même si, plus que jamais, les Ramones osent y ralentir le tempo. Des titres tels qu'I Wanted Everything et I Don't Want You sont empreints de regret. Mais ils subjuguent par la facilité avec laquelle le groupe y transforme le malheur en hymnes enlevants.

I Just Want To Have Something To Do cristallise parfaitement l'ennui adolescent sans être ennuyante. Le recul sied bien à Joey Ramone. Il n'a pas perdu de sa vivacité avec le temps mais semble presque pouvoir articuler adéquatement ses sentiments. She's The One est une chanson d'amour stupide et naïve mais foncièrement juste et authentique. C'est aussi, aux côtés d'I Wanna Be Sedated, l'une des pièces les plus enjouées de Road to Ruin. Mais même le fredonnement frénétique de ce qui s'avère le classique ultime du répertoire des Ramones traite en fin de compte de folie. C'est le thème récurrent de l'album que réitère Go Mental et Bad Brain. En fin de compte, tout cela confirme que les fondateurs du punk à l'Américaine n'étaient pas politiques contrairement à leurs homologues britanniques. I'm Against It renie tout avec hargne. Mais on se demande s'il n'y a pas une touche d'ironie à y détecter.

Cela dit, c'est musicalement que Road to Ruin surprend le plus. C'est un disque à la fois plus lourd et percutant que ses prédécesseurs, en grande partie grâce à l'enregistrement plus méticuleux de la batterie. Il faut dire que le nouveau batteur Marky Ramone est plus solide que son prédécesseur Tommy, d'ailleurs producteur en chef de cet effort. Mais si la violence latente de la musique des Ramones est ici plus tangible qu'auparavant, Road to Ruin demeure plus détendu que ses prédécesseurs. Le groupe ose ajouter des pistes de guitares acoustiques afin de remplir le spectre sonique, quitte à remettre en question son esthétique lo-fi par la même occasion. Il s'aventure en terrain vaguement country sur Needles and Pins, excellente reprise des Searchers, ainsi que sur Don't Come Close.

Avec Road to Ruin, les Ramones mettent fin sur une note plus que positive à leur âge d'or. Dès lors, le groupe produira des exercices de style inégaux avant de sombrer dans l'obscurité à la fin des années 80. Mais leur héritage est assuré. Ils ont redoré le blason du rock and roll pur et simple en plus de devenir des piliers majeurs de la scène alternative américaine. Et, bien que des albums tels que celui-ci aient perdu leur énergie révolutionnaire avec le temps, ils n'ont en rien perdu de leur efficacité redoutable. Road to Ruin demeure l'un des albums de rock les plus facilement appréciables de tous les temps. Il est direct, vif, sincère et singulièrement dynamique. Des qualités que l'on prend pour acquis aujourd'hui, mais que l'on doit remercier les Ramones d'avoir remit à l'ordre du jour...
- Alexandre Fontaine Rousseau, 16 Juin 2005

 

 

Pistes
01 i just want to have something to do
02 i wanted everything
03 don't come close
04 i don't want you
05 needles and pins
06 i'm against it
07 i wanna be sedated
08 go mental
09 questioningly
10 she's the one
11 bad brain
12 it's a long way back