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| REFUSED |
| The Shape of Punk to Come |
| Burning Heart |
| 1998 |
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| 9 sur 10 |
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« Human life is not commodity,
figures, statistics or make believe. »
- Refused -
Du 8 au 11 juin dernier se déroulait lédition 2006 de la conférence Bilderberg.
Cette rencontre à huit clos, tenue cette année dans un hôtel huppé dOttawa,
rassemble annuellement lélite mondiale, tant des sphères politiques, économiques
et financières quartistiques, du divertissement et des médias. Fondé dans les
années 1950 par le « grand » David Rockfeller à lHôtel Bilderberg dOsterbeek
sur linvitation du Prince des Pays-Bas, le Groupe, ciblé par les tenants des
théories de la conspiration, a comme objectif détablir des liens transatlantiques
entre lEurope occidentale et lAmérique du Nord, cest-à-dire dassurer
une certaine cohésion de domination au sein du capitalisme global. Quelle meilleure
façon donc pour souligner lévénement que de passer en revue le dernier
enregistrement de la carrière de la formation suédoise Refused, The Shape of Punk to
Come.
Dès les premiers instants de lalbum, on constate que la musique de Refused na
rien à voir avec, par exemple, le punk étatsunien des années 1990. En fait, The
Shape of Punk to Come propose un rock agressif et par moments violent, sans contredit hardcore.
Étonnamment, cela nempêche toutefois pas ces Scandinaves de faire preuve de
nuances et de diversité. Si on décèle ici et là des traces de grunge et de stoner-rock,
on rencontre aussi du folk et du pop, avec la pièce The Apollo Programme Was A
Hoax et ses agréables sonorités acoustiques, le tout dans un tendre appel
révolutionnaire (« Sabotage will set us free. Throw a rock in the machine »).
Fin de deuxième millénaire « oblige », lélectronique nest évidemment pas
laissée de côté, grâce à létrange et plutôt moyenne Bruitist Pome #5.
Par contre, dans Tannhauser / Derive, on se déplace au cur dun mystérieux
voyage onirique et épique de punk-hardcore progressif (« We can all be
realistisc and demand the impossible »). Du côté de la production, les membres de
Refused eux-mêmes ont su rendre texturé et intelligent ce qui aurait facilement pu nêtre
quun imposant mur de son.
Si Refused démontre clairement son « ouverture desprit » par lutilisation
de guitares acoustiques, de contrebasse, de violons, etc., ainsi que par lincorporation
de styles dont lalliage est bien souvent considérés comme risqué, cest
visiblement les pièces les plus hardcore qui font de The Shape of Punk to Come
un enregistrement rock important. En effet, on se souviendra facilement de la violente New
Noise (« And how can we expect anyone to listen if we are using the same old voice
? »), seul extrait de lalbum, de même que lexcellente Protest Song
68, évoquant les idéaux protestataires de mai 1968 en France, dernier
mouvement sérieux de contestation en Occident (« Rewoke the spirit '68 »). De
même, difficile de rester indifférent face aux grosses guitares punk-rock et aux
rythmes pratiquement accrocheurs de Summerholidays Vs. Punkroutine (« Scared
that we might fail - we'll accomplish nothing... not even failure »), de Refused
are Fuckin Dead (« We don't have the patience ») ainsi que de la pièce
titre de lalbum.
Une des forces de Refused peut aussi être ce qui en découragera plusieurs. En effet, le
chant de Dennis Lyxzén est celui dont plusieurs formations rocks (alternatif, punk,
etc.) rêveraient. Le Suédois se tire même drôlement bien daffaires lorsque vient
le temps dêtre plus mélodique et calme. Sans surprises, cest durant les
passages plus agressifs quil performe à son maximum. Les habitués en conviendront
sûrement : la voix de Lyxzén peut être considéré comme larchétype dune
voix hardcore. Si le contenant a tout pour plaire, cest sa relation avec le
contenu des paroles qui donne toute la force et la profondeur évocatrice de The Shape
of Punk to Come. Comme vous avez déjà pu le constater brièvement, les textes de
Refused méritent grandement quon sy arrête ; le faire en quelques lignes
seulement ne serait quune perte dénergie. Soulignons malgré tout que cette
puissante musique naurait pas été ce quelle est sans ce regard critique et
incisif sur le capitalisme, ainsi que sur la discutée époque postmoderne,
transparaissant dans lécriture de Refused. Facile dimaginer lopinion de
ces rockeurs suédois aux sujets des dangereuses théories idéologiques que sont la
fin des idéologies et la fin de lhistoire. En somme, déjà terriblement
actuel près de 10 ans après sa parution, The Shape of Punk to Come risque de le
devenir de plus en plus au fil du temps si les forces contemporaines de « lévolution
» historique maintiennent leurs positions.
Avant de conclure, il serait impossible de traiter de cette dernière manifestation de
Refused sans discuter de deux pièces en particulier, sur lesquelles, à mon sens, le
quasi-génie de The Shape of Punk to Come ne peut être plus perceptible. La première, Liberation
Frequency, donne droit aux moments de lenregistrement probablement les plus
accrocheurs et violents à la fois (« What frequency are you getting ? Is it noise or
sweet sweet music ? »). Durant ces 3 minutes 34 secondes de pur dévouement, Refused
crée un hardcore des plus destructeur mais incroyablement funky et
entraînant : « On what frequency will liberation be ? ». Simplement excellent. Cest
avec la pièce suivante, la grandiose The Deadly Rythm (of the production line),
que lon voit Refused sélever à un niveau supérieur de rage et de
sensibilité combinés, comme si la formation arrivait enfin à exprimer la jonction de
ses idéaux révolutionnaires et humanistes (« We consume our lives like we are
thankful for what we are being forced into »). Musicalement, avec des influences
jazz, une complexité rythmique absorbante et une superbe section progressive de
contrebasse débouchant sur une explosion hardcore, il sagit des moments les
plus « révolutionnaires » de lenregistrement (« We will no longer believe
that working for you will set us free »). Voilà, entre autres, pourquoi il est
possible de considérer The Shape of Punk to Come comme un des meilleurs, sinon le
meilleur, album hardcore (ou hardcore-punk).
Quoiquil soit difficile de réellement mesurer limpact dun album au
niveau de son influence future, il est possible daffirmer que The Shape of Punk
to Come aurait dû « déteindre » beaucoup plus sur le rock, et surtout le punk
et le hardcore, post-1998. Quon explique cette « anomalie » par le
caractère éclectique de lenregistrement, sinscrivant pourtant dans un espace
stylistique traditionnellement relativement étroit, cest encore plus la vision du
monde de Refused, probablement une des dernières formations fidèles à la mentalité
punk, qui fut pervertie par les générations suivantes. Au sein de ces dernières,
concrétisant potentiellement la dites « mort du punk » en allant en sens
contraire aux valeurs et idéaux du mouvement, plusieurs « artistes » sont tombés dans
la machine que dénonçait précisément The Shape of Punk to Come. Sans être
aussi « musicalement révolutionnaire » que The Shape of Jazz to Come de Ornette
Coleman (1959), et donc à défaut dêtre un classique intemporel, ce qui se veut la
mort de Refused constitue un moment important de lhistoire du rock et donc, un
incontournable. |
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| - Mathieu Charbonneau, 30 Août
2006 |
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