 |
 |
| RUINS |
| Mandala 2000: Live at the
Kichijoji Mandala II |
| Tzadik |
| 2001 |
|
| 8.5 sur 10 |
|
Si on mavait dit, il y a
dix-huit ans, que le petit duo japonais Ruins allait se transformer en cet incroyable
machine à succès commercial que lon connaît aujourdhui, je ne laurais
pas cru. Y a-t-il quelque chose de nouveau à dire sur ce groupe que tout le monde
connaît? Lalbum Live At The Kichijoji Mandala II, souvent mis de coté par
les vieux fans, mérite une attention particulière.
Je vous entend déjà me demander: Quest-ce qui fait de cet album la parfaite
galette pop bonbon pour les gentils enfants de 7 à 77 ans?
Tout dabord, il y a le facteur japonais. Comme le dit le vieux proverbe chinois
vaut mieux être japonais (...) quand on fait de la musique. Heureusement,
Ruins évite la facilité en inventant leur propre langage mêlant le cri de rage
stupéfié aux chants de gorge traditionnels. Il faut dire que leurs explosions de sons se
prêtent à merveille aux magnifiques effets vocaux improvisés quils lancent à limproviste
dans cette magnifique langue inventée.
Ensuite, il y a le format des chansons. Ayant une longueur moyenne d'une minute
trente-huit, les pièces de lalbum sont on ne peut plus faites pour la radio, ce qui
explique leur tendance à jouer toujours sur les circuits commerciaux. Les vingt-trois
morceaux de lalbum se tiennent si bien ensemble quil en devient difficile de
les différencier. Puis, comme pour combler de joie les amateurs de musique pop, les
structures des chansons changent environ aux trois secondes. Ce qui fait que malgré leurs
courtes durées, il nest pas rare dentendre entre quinze et vingt styles
différents entre le début et la fin de chaque pièce.
La musique de Ruins se trouve à être un éclectique mélange de Hardcore rock léger et
ultra-rapide, de punk déjanté à saveur métal et de rock progressif classique. On mixe
le tout ensemble, on ponctue le tout de paroles hallucinées de temps à autres puis on
configure le métronome une coche trop haute. Il ne reste plus quà passer au
malaxeur électronique la guitare basse qui occupe la place centrale et nous auront un
enfer de bruits qui ressemblera sûrement à une des pièces de cet album.
Le pire dans tout ça est que, malgré lévident éclectisme bruyant, Ruins sécoute
très bien et surprend par son savoir faire et sa maîtrise parfaite de la musique. Si lalbum
n'était pas live, il serait facile de croire que tout est fait avec l'apport magique du
studio. Mais ici, tout est en direct, il ny a aucune place pour lerreur. En
fait, je suis certain que lerreur serait tolérée. Mais les membres de Ruins nen
font aucune. La partie rythmique est assurée par un des meilleurs batteurs du Japon, le
trépidant Tatsuya Yoshida qui a fait partie du convaincant Acid Mother Temple SWR ainsi
que de plusieurs autres groupes expérimentaux japonais et américains. Il faut lentendre
pour le croire, il ne manque jamais un temps dans un tempo pourtant complètement
diabolique.
Heureusement, il y a Sasaki Hisashi à la basse pour le seconder. Mariant une technique
surhumaine à un contrôle des effets électroniques carrément incroyables, ce dernier
rempli avec brio le peu despace vide laissé par le batteur. Les deux musiciens
sonnent déjà à eux seuls comme une tonne de brique mais voilà quau milieu du
spectacle le violoniste électrique Katsui Yuji se joint à eux pour leur fameux Hardrock
Meddley. Le jeu est simple; on a deux secondes pour reconnaître la phrase musicale dun
des classiques du rock avant de sauter à la prochaine, quand la chanson de deux minutes
trente-et-un est terminée, nous avons une bonne idée de nos connaissances musicales pour
ce qui en est de ces merveilleux morceaux intemporels.
Les pièces les plus mémorable de l'album sont le Hardrock et le Classical
Meddley (qui est la même chose que le Hardrock, mais avec des extraits de Mozart et
Cie), les improvisations 4 et 5 et Znohjmo. En général, l'album se tient du
début à la fin dans une échelle de qualité assez élevée. Cependant, il n'est pas du
ressort de tous les mortels d'apprécier ce qui pour certains sera considéré comme du
bruit extrême et pour d'autre, du trop concentré de bonne humeur difficile à écouter
du début à la fin en une seule séance.
Malheureusement, planète pop a encore plus d'un psychiatre à aller voir avant de pouvoir
accepter des déviances tel Live at the Kichijoji Mandala II de Ruins. Mais pour
ceux que cela peut intéresser, ce disque est une excellente façon de commencer à
découvrir le rock expérimental du début de millénaire. |
|
| - Nicolas Martel, 7 Novembre 2005 |
|
 |