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| SHALABI EFFECT |
| Shalabi Effect |
| Alien8 Recordings |
| 2000 |
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| 8.5 sur 10 |
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Dans bien des cas, l'ambition est une
vertu. Il y a bien des exceptions, avouons-le si nombreuses qu'elles sont plutôt la
norme, où l'ambition s'avère une prétention égoïste et égocentrique qui mène à la
manipulation et au machiavélisme pur et simple... Mais dans le cas de la musique, vouloir
accomplir beaucoup est l'une des règles de bases afin de capter l'intérêt d'auditeurs
qui ont d'autres chats à fouetter que d'écouter un groupe dont la motivation et la
conviction n'est pas absolue. Difficile de ne pas être impressionné par la taille
monumentale de cet album éponyme de Shalabi Effect. À la base, le premier album du
groupe montréalais devait en fait consister d'un simple split dont l'autre moitié
aurait été signée par Godspeed You Black Emperor!. Il semble toutefois que ce premier
passage au studio pour la bande de Sam Shalabi fut si fructueux que l'on en tira plutôt
un colossal album double d'improvisations psychédéliques extrêmes. Ce qui demeure
frappant de l'album, quelques cinq ans après sa sortie, est la qualité sonore
remarquable de l'enregistrement comme tel ainsi que le peu de longueurs dont il souffre.
Située à la frontière entre le post-rock et l'exploration ethnique, la musique de
Shalabi Effect gravite au dessus d'un précipice cosmique, se tenant en équilibre sur un
mince fil entre la transe et la grandiloquence où l'intérêt subsiste encore. Si
plusieurs lui préfèrent son successeur The Trial of St. Orange, cet album
éponyme s'avère beaucoup plus représentatif de la philosophie de son principal auteur.
On a ici affaire à de longs jams planants où les textures de toutes sortes
s'entrechoquent en permanence pour créer une atmosphère sombre et irréelle. En tant que
joueur d'oud, Sam Shalabi se tient loin des traditions associées à l'instrument
pour plutôt jouer sur son caractère hypnotique. Cette même approche caractérise son
jeu de guitare qui rappelle parfois celui d'un Neil Young à son plus abstrait et
dissonant.
Plus homogène que The Trial of St. Orange, l'album gagne par le fait même une
personnalité unie et une cohérence agréable. Shalabi Effect demeure sans doute
le disque le plus organique du groupe. Les touches électroniques qu'ajoute Alexandre
St-Onge sont ici subtiles et plus éparses qu'elles ne le seront plus tard dans
l'évolution de la formation. Pourtant, leur présence est un élément clé de la
réussite du projet. Le résultat est une toile dense et fascinante marquée par
l'influence du Moyen-Orient tout comme par celle de la musique d'avant-garde occidentale.
L'ensemble est déconstruit et éclaté mais pourtant remarquablement cohérent. Pour
embarquer, l'auditeur doit accepter d'être emporté par un torrent psychédélique
alternant entre le rêve et le cauchemar. Du côté positif et réconfortant se trouvent
des pièces plus accessibles et tout simplement merveilleuses telles que les sensuelles Mending
Holes in a Wooden Heart et On The Bowery. La seconde, grâce à la place de
choix qu'elle accorde à la voix de Deirdre Smith, s'avère le moment le plus
immédiatement mémorable de cet immense édifice sonore. Ces pièces sont des clés afin
de saisir l'imposant objet dans son intégrité.
Du côté obscur de la planète Shalabi se trouvent de longues et opaques pièces telles
que l'abrasive Aural Florida, l'inquiétante Apparitions ou la très
électronique Boardwalk at Apollo Beach, qui tombe carrément dans le monde du
drone. Écouter du début à la fin l'album s'avère une expérience à la limite
épuisante, mais hautement satisfaisante. La formation montréalaise travaille sur
plusieurs fronts à la fois et n'hésite pas à jouer avec nos sens et nos émotions.
Leurs compositions à moitié improvisées s'avèrent de puissants tableaux
impressionnistes dont les plus réussis frappent immédiatement par leur beauté
époustouflante. À la différence de bien des groupes de la scène expérimentale
montréalaise, le monde de Shalabi Effect est apolitique et purement sensoriel. Mais qu'il
soit plus sombre ou au contraire léger et planant, c'est un univers fascinant qui enivre
lentement.
Il en découle un album saisissant, une exploration musicale hautement crédible et assez
originale qui joue sur les textures et sur la répétition pour carrément plonger
l'auditeur dans une autre dimension à la fois splendide et inquiétante. Grâce à un
enregistrement clair et raffiné, rien du travail du groupe ne se perd dans le passage des
ondes du monde acoustique au monde électronique. Les meilleures pièces de l'album sont
sans aucun doute les meilleures du catalogue de la formation montréalaise, mais ce qui
étonne, c'est à quel point ce gigantesque album double de plus de 130 minutes ne tombe
jamais dans la redondance ou l'insignifiance. Preuve que parfois, l'ambition rapporte
gros... |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 22
Février 2005 |
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