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| SIX ORGANS OF ADMITTANCE |
| School of the Flower |
| Drag City |
| 2005 |
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| 7.5 sur 10 |
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De par son côté à la fois vétuste
et intemporel, la musique folk a pris un sens nouveau à l'ère des modes minutes et du
déficit d'attention chronique. Il est ironique que l'on ait transformé au tournant du
millénaire un regain d'intérêt pour les formes primitives de musiques populaires
américaines en nouvelle tendance branchée. Mais les voies du commerce sont aussi
impénétrables que mesquines. Le néo-folk contemporain est-il une autre de ces modes
éphémères que l'on tente de hisser au rang de réel courant musical par l'entremise de
la manipulation journalistique? Ce n'est pas totalement impossible. Qu'adviendra-t-il,
toutefois, si l'intégrité de ses artisans se confirme au fil des ans? Peut-être que la
renaissance du folk ne s'estompera pas une fois que l'intérêt médiatique pour cette
idée ce sera épuisé.
L'ex-Plague Lounge Ben Chasny a formé Six Organs of Admittance en 1998, bien avant
l'avènement du tourbillon freak-folk provoqué par Devendra Banhart. C'est toutefois
l'inclusion de la pièce Hazy SF sur la fameuse compilation Golden Apples of the
Sun qui a permis au projet d'étendre sa notoriété au-delà des cercles d'initiés.
Entre temps, Chasny est devenu un membre à part entier des menaçants rockeurs
monolithiques Comets On Fire.
Depuis au moins deux paragraphes, vous devez vous douter que ce School of the Flower
sonne plus ou moins folk. Félicitations pour votre incroyable pouvoir de déductions!
Pourquoi, se demande le lecteur normalement constitué, devrais-je écouter ce truc qui va
puiser son inspiration première dans une forme musicale bien définie depuis Woody
Guthrie? Qu'est-ce qui distingue Six Organs of Admittance du disque folk moyen? La moitié
de la réponse se trouve dans une autre étiquette musicale si souvent mentionnée en ce
royaume, j'ai nommé le post-rock.
En effet, Six Organs of Admittance donne dans le folklore classique à quelques reprises
seulement sur School of the Flower. Seules Words For Two et Thicker Than
A Smokey, une reprise d'une obscure chanson du tout aussi obscur Gary Higgins, sont
majoritairement folk au sens pur et dur du terme. Une guitare acoustique solitaire
souligne une mélodie vocale antique et vaporeuse. C'est une effluve douce qui donne
l'impression d'être à la limite entre le souvenir et le présent. Après une
introduction chargée, menée par une étendue tentaculaire de percussions free-jazz à la
limite digne du Four Tet de la période Rounds, une mélodie traditionnelle
s'installe finalement.
Les inflexions antiques de ces mélodies cachent souvent un surprenant modernisme. Les
textures de guitares que proposent Saint Cloud au dessus d'un roulement de
tambourin semblable à celui qui menait la splendide Cello Song de Nick Drake sont
grinçantes. Les cordes sont frappées pour créer des sonorités étranges. Une pièce
foncièrement organique est menacée par un spectre mécanique et métallique de plus en
plus omniprésent. La pièce gagne en intensité. Lentement, subtilement, progressivement.
Quelques touches de claviers synthétiques enrichissent le combat d'une nuance
supplémentaire et brouillent la limite entre le vrai et le faux.
L'une des plus belles pièces de l'album demeure la noble et funèbre Procession Of
Cherry Blossom Spirits. C'est une marche funéraire campagnarde dont la mélancolie
est passive et la tristesse retenue. Les pièces de School of the Flower se
tiennent dans les teintes de vert décolorées et les gris tristes. C'est un album peint
en demi-tons, mais c'est pourtant une oeuvre lumineuse. Seul excès que l'on pourra
qualifier d'ombre au tableau, la légèrement trop longue pièce-titre étendant sur
treize minutes des idées qui auraient gagnées à être tricotées plus serré.
Avec School of the Flower, Six Organs of Admittance propose un disque sophistiqué
et ancestral à la fois. Sans jamais contraster avec l'antiquité environnante, des
teintes de modernité se sont glissées dans une création musicale belle et profonde de
par sa simplicité illusoire. School of the Flower n'est pas un album que l'on
saisit totalement à la première écoute. Plutôt, sa beauté se révèle lentement sans
que l'on se rende tout de suite compte qu'on est intoxiqué par ces hymnes d'automne et
d'hiver envoûtants. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 31
Décembre 2005 |
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