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| SONIC YOUTH |
| Rather Ripped |
| Geffen |
| 2006 |
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| 8.5 sur 10 |
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Les élans rock récents de Sonic
Youth ont permis à la vénérable formation new-yorkaise de renouer avec un plus vaste
auditoire qui avait été découragé par les inégalités confondantes d'une discographie
en dent de scie aux aspirations artistiques louables mais aux résultats imprévisibles. Rather
Ripped se présente donc en 2006 en tant que suite toute naturelle des excellents Murray
Street et Sonic Nurse qui l'ont précédé. Logiquement, le groupe y pousse
donc encore plus loin l'approche épurée et condensée préconisée sur ces deux albums
pour accoucher en fin de compte du disque le plus accessible de sa carrière de plus d'un
quart de siècle. Sur Rather Ripped, les membres de Sonic Youth font preuve d'une
concision remarquable.
Ainsi, les longues séances d'improvisation sont largement abandonnées au profit de
chansons courtes et efficaces dans la veine de l'Unmade Bed de Sonic Nurse.
Plus que jamais, les pièces sont compactes et les intentions du groupe claires. Mais,
surtout, les musiciens démontrent ici une exceptionnelle compréhension des éléments
clés du son de leur formation. Les nids d'harmoniques, les éruptions de distorsion, les
riffs atypiques et pourtant hautement mémorables, les voix rêveuses et les progressions
d'accords subtilement dissonants; tous ces ingrédients sont exploités avec une
impeccable précision de même qu'un instinct pour la dynamique parfaitement aiguisé.
Les chansons résultant de ce travail peaufiné et de cette démarche posée révèlent
leurs richesses au fil des écoutes. Il est facile de tasser Rather Ripped du
revers de la main sous prétexte qu'il s'agit d'un album sans risque s'appuyant sur des
clichés pillés depuis Daydream Nation par toutes les formations indie
d'Amérique. Cependant, l'album mérite notre attention et la récompense généreusement.
Rather Ripped propose un rock intelligent et épanoui étalant les moments de
virtuosité avec une retenue toute à l'honneur des membres de Sonic Youth, qui prouvent
une fois de plus qu'ils n'ont plus rien à prouver. Même sans l'aide de la troisième
guitare de Jim O'Rourke, Sonic Youth demeure l'unité musicale à battre dans le domaine
de l'indie-rock cérébral et raffiné.
À la base, Rather Ripped est surtout excellent parce que les chansons sont
elles-mêmes excellentes. La distorsion est utilisée avec parcimonie, ce qui permet aux
compositions de prendre le dessus. Les échanges mélodiques subtils entre les guitares
sont encore une fois le principal point d'intérêt de ces pièces. Les solos, même s'ils
sont écourtés sur cet album où les étalements sont écartés au profit de la
structure, viennent appuyer les motifs principaux avec une ingéniosité rarissime de nos
jours. Sonic Youth entame les hostilités avec une vigueur toute à leur honneur: Kim
Gordon propose sa meilleure composition depuis belle lurette avec l'éclatante Reena
tandis que Thurston Moore signe avec l'exceptionnelle Incinerate une pièce rock
légère et accrocheuse du calibre de The Empty Page. La solide Sleepin' Around
va dans la même direction.
Pour sa part, Lee Ranaldo propose avec Rats une pièce surprenante que mène une
basse mordante. Les guitares jouent ici un rôle autrement plus atmosphérique, peignant
de manière impressionniste ces paysages urbains flous et humides auxquels nous a habitué
la formation. L'âme de New York n'est jamais loin derrière, flottant tel un spectre sur
ces pièces à la fois méthodiques et chaotiques, artistiques et débraillées. Les
ruelles et les galeries d'art se côtoient même sur les pièces planantes, où les
textures éthérées croisent le fer avec les hurlements distants de guitares crépitantes
et grinçantes. Or, aux textures métalliques hypnotisantes, ainsi que Do You
Believe In Rapture? sont de parfaits exemples de ce contraste entre la pureté et
l'ombre sur lequel joue beaucoup le groupe actuellement. Le meilleur moment de l'album
mise sur ceci, présentant sur une plus vaste échelle ce conflit.
À lui seul, le morceau Pink Steam mérite un paragraphe. Si Murray Street, Sonic
Nurse et Rather Ripped forment une trilogie, nous sommes ici en présence du
glorieux climax de celle-ci; par son abandon et sa violence implicite - sans doute
celle-ci ne sera-t-elle exposée ouvertement qu'en concert - elle incarne toutes les
facettes positives de cette période mature que traverse Sonic Youth actuellement tout en
renouant de surcroît avec l'énergie viscérale d'il y a quinze ans. Au nid d'harmoniques
paisible succède une progression dramatique et intense à souhait sur laquelle s'impose
au moment crucial une vague de feedback grisant qui culmine sur un refrain instrumental
prenant. Pink Steam est splendide et lorsque, après plus de quatre minutes, la
voix de Thurston Moore se fait finalement entendre, son effet est libérateur et permet à
la pression de redescendre.
Or clôt l'album sur cette question: What comes first, the music or the words? Rather
Ripped répond à cette question dans les faits. Sonic Youth vit par et pour la
musique. Le reste n'est que pure parure. Ainsi, s'il est facile de prendre pour acquis ces
standards d'excellence qu'affichent encore aujourd'hui le groupe new-yorkais, il est tout
à l'honneur de ces vieux routards qu'ils puissent encore pondre un album de ce calibre si
tard dans leur carrière. Si quelques guitares ici et là réfèrent à la pop des années
80, Sonic Youth n'opère plus que par ses propres règles. Encore cette année, de jeunes
groupes pigeront à même le répertoire de tactiques instaurées par Sonic Youth; il est
toutefois difficile de croire qu'ils pourront accoucher d'un produit aussi inspiré que ce
Rather Ripped savoureux où les piliers font une fois de plus honneur à leur titre
enviable. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 10
Juillet 2006 |
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