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| SONIC YOUTH |
| Sonic Nurse |
| Geffen |
| 2004 |
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| 8 sur 10 |
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Arrive-t-il un moment où un groupe
n'a plus rien à prouver? Suite logique de Murray Street, Sonic Nurse
semble indiquer que Sonic Youth a une bonne fois pour toute atteint ce point privilégié
de sa carrière où ses membres peuvent paisiblement s'installer en studio, jouer de la
musique sans souffrir la pression des attentes démesurées et apprécier l'expérience
sans arrière-pensée. Confiante, cette nouvelle incarnation du groupe accepte avec
modestie le statut de vétéran de la scène indie américaine que lui confèrent ses deux
décennies d'expérience, ses multiples classiques consacrés et l'impact immense qu'ils
ont eu sur le paysage rock actuel. Sonic Youth a dépassé l'âge des révélations mais
ne souffre heureusement pas d'une atrophie créative totale. Sonic Nurse est
plutôt le fruit d'une maturation patiente et d'une réévaluation posée dont les bases
furent érigées avec Murray Street.
Des pièces telles qu'Unmade Bed et Peace Attack dévoilent un groupe
détendu, mais néanmoins en pleine possession de ses moyens, s'amusant à ériger des
attaques de guitares inventives et élégamment abrasives. De toute évidence, Sonic Youth
n'aspire aucunement à repousser avec cet album les frontières de son art. Au contraire,
la formation se contente ici d'exploiter sa maîtrise exemplaire de l'harmonie par la
discorde pour livrer de solides compositions rock que l'on pourrait qualifier de
classiques si elles n'étaient pas informées par des idées qui, pour plusieurs,
demeurent assez avant-gardistes.
Toutefois, l'énergie concentrée qui anime des pièces telles Stones s'inscrit
dans une logique purement rock. Sonic Nurse est plus encore que Murray Street
un retour aux racines art-punk du groupe: les compositions de Kim Gordon se nourrissent
d'une colère adolescente à peine épongée par le passage du temps et se réclament du
même féminisme cynique qu'autrefois. Les thématiques politiques contestataires refont
surface sur Sonic Nurse, les préoccupations du groupe rejoignant celles dont il
faisait part sur des albums tels que Dirty. Un Bush en vaut un autre. Si Murray
Street était une réaction personnelle et mélancolique du groupe new-yorkais aux
événements du 11 septembre 2001, Sonic Nurse est au contraire un album critique
et songeur sur les actions entreprises par le gouvernement américain suite à cette
tragédie.
Une fois de plus, Lee Ranaldo revendique l'attentat sonique le plus inspiré de l'album: Paper
Cup Exit est de loin le plus mordant des morceaux de Sonic Nurse. C'est un
hymne punk défiant, revendicateur et évocateur sorti à une époque politiquement
tumultueuse où l'on ressent plus que jamais le besoin d'en entendre. Difficile de croire
que de vieux vétérans aient encore ce genre de flamme incandescente dans le système.
Mais le riff fascinant et franchement intense qu'articulent les guitares de Moore, Ranaldo
et O'Rourke nous laisse tout simplement pantois. Des pièces telles que l'excellente Peace
Attack ou Dripping Dream misent sur ces interaction subtiles qui ont fait la
gloire du groupe durant de longs passages instrumentaux précis et savamment orchestrés.
Pourtant, le groupe ne s'endort pas sur les clichés de son style personnel et insuffle
plutôt à ces archétypes une vie nouvelle en semblant prendre un authentique plaisir à
les exploiter.
Avec le temps, ces sonorités ont gagné une connotation jazz alors que le groupe
abandonnait progressivement son penchant pour les déluges de distorsion au profit d'un
contrôle plus serré de ses instruments. Sonic Nurse nous présente bel et bien
un Sonic Youth assagi. Mais le groupe n'a heureusement pas perdu de son talent avec le
temps. Bien entendu, ils se sont déjà montrés plus marquants. De toute évidence, ils
ont déjà été plus aventureux. Mais sur Sonic Nurse, les membres de Sonic
Youth semblent avoir trouvé une zone de confort des plus avantageuses. Ce faisant, ils
arrivent une fois de plus à concilier autour d'un même album leurs fanatiques moins
aventureux et les autres qui sont même prêts à suivre Lee Ranaldo dans ses expériences
free-jazz les plus saugrenues. Comme quoi il existe encore un terrain d'entente entre le
monde du rock et de l'avant-garde que Sonic Youth tente encore avec conviction de
cultiver. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 20
Juin 2006 |
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