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| SUPER FURRY ANIMALS |
| Rings Around the World |
| XL Recordings |
| 2001 |
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| 8.5 sur 10 |
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Officiellement, le terme britpop est
mort quelque part entre le moment où Oasis enregistra son désastreux troisième album Be
Here Now et le jour où Blur se réinventa en groupe d'indie-rock à l'américaine sur
son album éponyme. Le terme étant encore utilisé en nos contrées pour décrire tout
pop-rock produit en Angleterre, maudissons plutôt le jour où le britpop perdit son
exubérance, sa folie et sa joie de vivre au profit de la sensibilité à fleur de peau et
de la mélancolie. Depuis OK Computer, tous les musiciens de sa Majesté sont
tristes comme une journée pluvieuse durant laquelle votre chien meurt et votre couple
éclate. Le succès de Coldplay et de Travis a encouragé une génération de Starsailor,
de Keane et de Turin Brakes à sortir de l'ombre. Le marché n'a que faire de l'énergie
joviale de Supergrass. On y cherche des confessions à coeur ouvert et de beaux
sentiments. Heureusement, il nous reste les Super Furry Animals.
Depuis son premier album Fuzzy Logic, l'étrange formation du Pays de Galles est
une anomalie dans le paysage pop contemporain sans être un vulgaire anachronisme
nostalgique. Un éclectisme foisonnant à en faire pâlir d'envie Beck et un fort penchant
psychédélique ont toujours permis aux Super Furry Animals de se distinguer de leurs
pairs anglais au classicisme immuable. Seuls Blur et Mansun ont, de manière
intermittente, frôlé les sommets d'excentricité qu'habite en permanence la troupe de
Gruff Rhys. Mais même les plus fous doivent vieillir un jour. Le cinquième album du
groupe, Rings Around The World, sera celui de la maturité pour ceux qui avaient
triomphé sur les palmarès britannique en répétant "fuck" à qui mieux-mieux
sur The Man Don't Give A Fuck.
Après des années sur le circuit des étiquettes indépendantes britanniques, les Super
Furry Animals se joignent par l'entremise de XL Recordings à l'empire Sony. Pour la
première fois de son existence, la musique de la formation sera bien distribuée en
Amérique. Les SFA en profitent donc pour apporter quelques ajustements mineurs à leur
facture sonore hallucinée. Les tendances punk volatiles de Guerrilla et de Radiator
sont fortement tempérées et le groupe met plus que jamais de l'avant cette sérieuse
fixation sur les Beach Boys et les harmonies vocales qui avait marqué ses albums
précédents. Mais à la base, la formation propose le même croisement ambitieux entre la
pop, le progressif, le psychédélisme et la musique électronique qu'à l'habitude.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe a su profiter des moyens énormes mis
à sa disposition pour concocter un disque d'une envergure monumentale. Rings Around
The World est un album gigantesque d'une profondeur sonique immense que peu d'autres
productions pop contemporaines peuvent rêver d'égaler. Tandis que les enchevêtrements
de voix fignolés ont gagné en densité, les compositions du groupe sont plus épiques
que jamais. Shoot Doris Day est exemplaire d'une démarche trop ludique et enjouée
pour être pompeuse. Nous avons affaire à une musique excessive, pleine d'une énergie
vibrante et naïve, mais jamais à une musique qui sombre dans l'excès.
Parce que derrière les murs d'arrangements de cordes et de sonorités électroniques se
cachent d'excellentes compositions pop et une armée de refrains entraînée
spécifiquement pour s'accrocher à la mémoire de manière vicieuse et imparable. La
mémorable Juxtapozed With U est un jovial morceau de pop tropicale équipant un
Burt Bacharach coloré d'un vocodeur. Run Christian Run est une planante critique
sociale psychédélique teintée d'influences country qui empile les unes par dessus les
autres les pistes instrumentales sans jamais s'embourber en une masse informe tandis que Sidewalk
Serfer Girl est la seule pièce s'approchant des compositions plus rock d'antan. Que
dire de Receptacle for the Respectable? Rarement une si bonne chanson pop
s'est-elle transformée si naturellement en tranche de noise-métal dansant...
Certains souligneront que, comme à l'habitude, les textes politiques légers de la
formation ont une crédibilité au mieux marginale. Ça reste éminemment plus convaincant
qu'une Madonna camouflée en révolutionnaire communiste pour les caméras. Mais, de toute
façon, on n'écoute pas ce genre de musique pour les textes. Même si No Sympathy
demeure hilarante de par sa méchanceté étrangement sucrée. Tant qu'ils resteront les
légitimes héritiers hyperactifs des Beatles et qu'ils trouveront le moyen de nous servir
une mélodie classique telle que celle de l'excellente chanson-titre d'une manière
surprenante, les Super Furry Animals resteront rois et maîtres du britpop tel qu'on
l'aime: ensoleillé, halluciné et exubérant. Même si, avec l'âge, la formation
galloise semble se calmer progressivement, sa pop éclatée continue d'absorber. |
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| - Alexandre Fontaine Rousseau, 5
Décembre 2005 |
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