| Imaginez vous confortablement assis
dans un bar quelconque de la métropole bien entouré de vos amis, tranquille. Cherchant
à enjouer momentanément l'atmosphère, l'un de vos comparses commence à déblatérer
une blague complètement absurde, mais néanmoins désopilante sur le coup. Un peu plus
tard, on vous raconte à nouveau cette même histoire, mais vous êtes, à votre grande
stupéfaction, beaucoup moins enjoués cette fois-ci. Le temps passe et le scénario se
répète jusqu'à ce que cette farce ne parvienne plus qu'à vous soutirer un simple
sourire. Il s'agit ici d'une image qui s'applique sensiblement aux écoutes que vous
consacrerez à la première galette des Trois Accords, Gros Mammouth Album. Sorti
de l'ombre et des cafés étudiants de la province pour terminer l'année 2004 de manière
miraculeuse en faisant salle comble au Métropolis, on se rend bien compte avec le recul
que l'enfilade de succès tous forgés sur le même moule que le groupe accumula l'an
dernier possédait tout l'attrait d'une formule gagnante à court terme, qui aura
bénéficié de l'aide médiatique nécessaire de Musique Plus et des radio #1 du Québec
pour en faire un phénomène populaire monstrueusement attachant, mais, comme toute autre
ascension fulgurante en un lapse de temps aussi court, qui risque d'être bien
éphémère. Le succès de la formation québécoise confirma d'autant
plus l'influence que peuvent avoir les radios commerciales sur nos pauvres âmes
éternellement en quête de nouvelles idoles. Comme je me souviendrai toujours des
après-midis glorieux de l'hiver 2004 alors que ce Gros Mammouth Album résonnait
à plein régime dans les locaux des associations étudiantes du cégep pour terrifier une
jeunesse qui allait, sans le savoir, chantonner joyeusement quelques mois plus tard
le premier hit trépidant de la formation, Hawaïenne. Il faut dire qu'en soi, le
nom du groupe parle de lui-même et qu'il ne faut pas de ce fait s'attendre à une facture
musicale accomplie ou même intelligente. Celle-ci nous est d'ailleurs livrée de la
manière la plus convenue qui soit, mais qui s'avère pourtant efficace pendant un bon
moment, culminant sur des riffs de guitares qui n'ont rien de subtiles et qui alignent un
mélange d'influences pop, rock, punk, et parfois même country. Ces élans musicaux
laissent évidemment toute la place aux paroles absurdes du groupe, à quoi s'ajoutent
quelques autres bizarreries comme le solo de gazou saisissant de Vraiment Beau. Gros
Mammouth Album forme ainsi un effort distrayant qui amuse sans trop de difficulté au
départ, mais dont on fait rapidement le tour vu son manque de consistance et sa vilaine
tendance à trop souvent se répéter.
Mais les Trois Accords forment tout de même un quintette sympathique qui ne se
montre en aucun cas désireux de faire de la très grande musique ou de nous confronter à
un discours existentialiste qui pourrait peut-être changer notre vie. Le problème est
que malgré cette absence totale de prétention, il ne nous font pas vraiment part ici
d'un talent musical implacable sur ce premier effort, un détail qui risque de jouer
contre eux à long terme s'ils se contentent de simplement reprendre le même concept
album après album. On perd déjà l'intérêt après quelques écoutes de celui-ci,
imaginez les suivants. Souhaitons-leur tout de même d'avoir plus d'un tour dans leur sac. |