THE VINES
Vision Valley
Capitol
2006
4 sur 10
Le tournant du millénaire fut une belle époque pour le bipède sachant apprécier son rock. Les Strokes lui redonnaient tout son aplomb d’un bon coup de pied au cul, rappelant à l’Amérique que la musique officielle de la Bête était toujours de mise. Les White Stripes venaient jouer les punks du nouveau siècle avec White Blood Cells, ramenant les excès à leur forme la plus minimaliste. Interpol nous envahissait de son meilleur commando de pièces glauques qui hantent toujours nos lecteurs de disque par certains soirs de pluie. Et au cœur de cette vague, les grands oubliés The Vines avec un Highly Evolved qui offrait une emballante demi-heure de grunge et de pop psychédélique des années 60.

Toutefois, la mémoire collective a écarté les Vines de ce retour glorieux du rock. Le second effort de la formation australienne, Winning Days, s’est mis à dos la presse musicale et une bonne partie de ses fans. Ceux qui ont payé pour une prestation des Vines ont constaté l’instabilité notoire de Craig Nicholls, plus tard diagnostiqué de la variante d’autisme connue sous le nom de syndrôme d’Asperger. C’est avec un nouveau bassiste et une tonne de choses à prouver que les Vines sont de retour avec Vision Valley, qui suscite davantage de curiosité que de véritable intérêt. Probablement plus occupé à se soigner qu’à faire progresser ses horizons musicaux, Craig Nicholls propose ici la même formule qui avait fait de Highly Evolved un succès fulgurant : attaques grunge enveloppées de ballades psychédéliques. Mais pour une seconde fois et peut-être une dernière, les Vines ratent la cible.

D’emblée, on constate avec Anysound que rien n’est nouveau sous les cieux roses aux nuages jaunes de Craig Nicholls. La haute teneur en grunge de la pièce ne la rend étrangement pas plus frappante et rappelle tristement les moins bons moments de Winning Days. Comme coup de départ, on a vu mieux. Nothins’ Comin vient toutefois rejoindre plus adéquatement ce que sont les Vines. On y reconnaît l’influence marquante de Kurt Cobain ainsi que la touche psychédélique du rockeur ayant trop écouté Sgt. Peppers. La pièce demeure exploitée superficiellement, mais elle ne détonne pas autant que l’ouverture.

Après une Candy Daze affeusement banale, visiblement une pièce supprimée de Winning Days, les Vines abordent, avec la chanson Vision Valley, le second cliché reconnu du groupe : la ballade psychédélique. La pièce est la plus réussie de ce début d’album, comme quoi Nicholls est à son plus efficace sous l’influence de… l’inspiration. Les Vines enchaînent avec deux des rares pièces reconnaissables de l’album. D'abord, Don’t Listen to the Radio qui, sans être une franche réussite, parvient tout de même à trouver sa personnalité en quelque part entre la chanson grunge et la ballade droguée. Le groupe passe à Gross Out, indéniablement la chanson la plus solide du disque. Entièrement basée sur un décapant riff directement issu d’un disque de Nirvana, Gross Out offre une minute et demie de gros rock déchaîné qui vaut le détour.

Mais comme toute bonne chose à une fin, les Vines reprennent leurs mauvaise habitudes et offrent une seconde moitié d’album atroce. Bercé par des titres aussi débiles que Fuk Yeh, Futuretarded et Dope Train, le terrible segment médiant n’a vraiment rien à proposer outre la possibilité de se moquer du talent d’auteur de Nicholls. On se souviendra de ces chansons lorsque viendra le temps de célébrer le moment musical le moins inspiré de l’année 2006.

La conclusion de l’album vient toutefois sauver les meubles. Ou à tout le moins empêcher leur destruction complète et définitive. En Atmos et Spaceship, les Vines offrent une progression intéressante. Reprenant le concept de la ballade de fin de soirée plutôt enfumée et floue, les deux pièces s’enchaînent parfaitement pour former le seul moment positivement cohésif du disque. Pas qu’on soit véritablement en transe, mais tout de même. On ne ressent pas le besoin viscéral de changer de chanson. Les Vines ne peuvent aspirer à mieux sur Vision Valley.

Plus que jamais, ça sent la fin pour la bande de Nicholls. Après un départ canon, les Vines essuient ici un autre échec cuisant, faisant d’eux les Panthers de la Floride du rock. Vision Valley n’a que très peu à offrir aux fans. Certes, elle contient quelques chansons intéressantes, mais les écouter dans le contexte de l’album ne peut qu’en saborder l’expérience. Dommage, parce qu'au fond, on aurait bien aimé la trouver écoutable, cette vallée des visions. Souhaitons donc des changements marquant dans la carrière de Craig Nicholls et accordons nos dollars dûrement gagnés à un album goûtant moins le syndic de faillite. Et sur l’épitaphe des Vines, nous lirons : «The songs are about the sun... and there's one about the rain... We wanna keep it simple - we're not that smart!».
- Jean-François Cadieux, 17 Avril 2006

 

 

Pistes
01 anysound
02 nothin's comin'
03 candy daze
04 vision valley
05 don't listen to the radio
06 gross out
07 take me back
08 going gone
09 f*k yeh
10 futuretarded
11 dope train
12 atmos
13 spaceship