| De Stijl, cest cet
album des White Stripes que vous navez toujours pas acheté même sil est
offert en rabais depuis au moins deux ans sans interruption chez votre disquaire grande
surface favori. Repentissez-vous, amateurs de rock de tout acabits, car bien quil ne
sagisse pas du chef duvre du groupe, nous avons tout de même affaire à
un album fort intéressant qui saura agrémenter votre salon dune poussiéreuse
brise à saveur dAmérique profonde. Dès la première écoute de
lalbum, les habitués reconnaîtront le mythique duo quils ont entendu sur les
albums postérieurs. La signature White Stripes est clairement présente sur ce chaînon
de lévolution de la formation marquant le pas entre un groupe décent et le
phénomène que nous connaissons aujourdhui. La diversité toutefois cohésive des
styles abordés dans lalbum est devenue une marque de commerce. Le talent de Jack
White à créer des riffs immenses de simplicité nest plus à prouver. La retenue
calculée de sa collègue ne surprendra guère les connaisseurs. Les textes modestes,
souvent issus de lenfance, ont pris leur place au cur du son des Stripes. Ce
qui fait vraiment lunicité de cet album est cette impression profonde
dassister à la naissance véritable du groupe. La composante masculine du groupe
décrit clairement dans la pochette cette vision que nous avions devinée : «Even if the
goal of achieving beauty from simplicity is aesthetically less exciting, it may force the
mind to acknowledge the simple components that make the complicated beautiful.»
Lalbum samorce sur la sympathique Youre Pretty Good
Looking (For A Girl), pièce sympathique, immédiatement accrocheuse, mais oubliable
après quelques écoutes. De Stijl prend véritablement son envol sur la mordante
Hello Operator, qui na rien à envier aux meilleures pièces du groupe. Le
ton sassagit plus tard avec Apple Blossom, dont les accents beatlesques
sont relevés par lapparition dun troisième (et non le moindre) instrument,
le piano. Im Bound To Pack It Up, menée par la guitare acoustique
de Jack White, prend tout son sens avec lintervention réservée mais essentielle du
violon électrique de Paul Henry Ossy. Lune des meilleures chansons de lalbum
demeure la pittoresque Truth Doesnt Make A Noise. La base de la chanson,
portée par la guitare et la batterie minimaliste de Meg White, ramène lélément
western solitaire ponctuant lalbum entier, pour ensuite être complètement
bouleversée par lentrée en scène dun piano lyrique qui confère à la
pièce une intensité marquante. Your Southern Can Is Mine, issue du répertoire
de Blind Willie McTell, clôt lalbum en faisant sourire.
Toutefois, lalbum connaît aussi de moins bons moments. La seconde moitié
de lalbum nest tout simplement pas à la hauteur. A Boys Best Friend
sapparente beaucoup trop à la précédente Sister, Do You Know My Name?,
et de tels liens familiaux au sein dun même album, surtout lorsquil
sagit du second, ne peuvent quêtre douteux. Les autres chansons ne sont pas
désagréables mais souffrent également du même manque dinspiration. La vitesse
denregistrement légendaire des White Stripes savère plus que jamais sur De
Stijl comme étant une arme à double tranchant.
De Stijl se révèle donc comme étant un album très présentable mais
incomplet. Marqué par la production dun Jack White à ses premières armes (et ses
premiers dollars), lalbum respire lurgence et la spontanéité dans une
optique représentative de tout ce que deviendra le groupe. Nous faisons donc face à un
disque à se procurer, mais dans une période peut-être un peu moins inspirée
(cest-à-dire quand personne ne sort Get Behind Me Satan). |