THE WHITE STRIPES
De Stijl
Third Man Records
2002
7 sur 10
De Stijl, c’est cet album des White Stripes que vous n’avez toujours pas acheté même s’il est offert en rabais depuis au moins deux ans sans interruption chez votre disquaire grande surface favori. Repentissez-vous, amateurs de rock de tout acabits, car bien qu’il ne s’agisse pas du chef d’œuvre du groupe, nous avons tout de même affaire à un album fort intéressant qui saura agrémenter votre salon d’une poussiéreuse brise à saveur d’Amérique profonde.

Dès la première écoute de l’album, les habitués reconnaîtront le mythique duo qu’ils ont entendu sur les albums postérieurs. La signature White Stripes est clairement présente sur ce chaînon de l’évolution de la formation marquant le pas entre un groupe décent et le phénomène que nous connaissons aujourd’hui. La diversité toutefois cohésive des styles abordés dans l’album est devenue une marque de commerce. Le talent de Jack White à créer des riffs immenses de simplicité n’est plus à prouver. La retenue calculée de sa collègue ne surprendra guère les connaisseurs. Les textes modestes, souvent issus de l’enfance, ont pris leur place au cœur du son des Stripes. Ce qui fait vraiment l’unicité de cet album est cette impression profonde d’assister à la naissance véritable du groupe. La composante masculine du groupe décrit clairement dans la pochette cette vision que nous avions devinée : «Even if the goal of achieving beauty from simplicity is aesthetically less exciting, it may force the mind to acknowledge the simple components that make the complicated beautiful.»

L’album s’amorce sur la sympathique You’re Pretty Good Looking (For A Girl), pièce sympathique, immédiatement accrocheuse, mais oubliable après quelques écoutes. De Stijl prend véritablement son envol sur la mordante Hello Operator, qui n’a rien à envier aux meilleures pièces du groupe. Le ton s’assagit plus tard avec Apple Blossom, dont les accents beatlesques sont relevés par l’apparition d’un troisième (et non le moindre) instrument, le piano. I’m Bound To Pack It Up, menée par la guitare acoustique de Jack White, prend tout son sens avec l’intervention réservée mais essentielle du violon électrique de Paul Henry Ossy. L’une des meilleures chansons de l’album demeure la pittoresque Truth Doesn’t Make A Noise. La base de la chanson, portée par la guitare et la batterie minimaliste de Meg White, ramène l’élément western solitaire ponctuant l’album entier, pour ensuite être complètement bouleversée par l’entrée en scène d’un piano lyrique qui confère à la pièce une intensité marquante. Your Southern Can Is Mine, issue du répertoire de Blind Willie McTell, clôt l’album en faisant sourire.

Toutefois, l’album connaît aussi de moins bons moments. La seconde moitié de l’album n’est tout simplement pas à la hauteur. A Boy’s Best Friend s’apparente beaucoup trop à la précédente Sister, Do You Know My Name?, et de tels liens familiaux au sein d’un même album, surtout lorsqu’il s’agit du second, ne peuvent qu’être douteux. Les autres chansons ne sont pas désagréables mais souffrent également du même manque d’inspiration. La vitesse d’enregistrement légendaire des White Stripes s’avère plus que jamais sur De Stijl comme étant une arme à double tranchant.

De Stijl se révèle donc comme étant un album très présentable mais incomplet. Marqué par la production d’un Jack White à ses premières armes (et ses premiers dollars), l’album respire l’urgence et la spontanéité dans une optique représentative de tout ce que deviendra le groupe. Nous faisons donc face à un disque à se procurer, mais dans une période peut-être un peu moins inspirée (c’est-à-dire quand personne ne sort Get Behind Me Satan).

- Jean-François Cadieux, 16 Juin 2005

 

 

Pistes
01 you're pretty good looking (for a girl)
02 hello operator
03 little bird
04 apple blossom
05 i'm bound to pack it up
06 death letter
07 sister, do you know my name?
08 truth doesn't make a noise
09 a boy's best friend
10 let's build a home
11 jumble, jumble
12 why can't you be nicer to me?
13 your southern can is mine