 |
 |
| THE WHITE STRIPES |
| Get Behind Me Satan |
| V2 |
| 2005 |
|
| 8.5 sur 10 |
|
Avec Get Behind Me Satan, les
White Stripes prouvent une bonne fois pour toute, si le doute persistait encore chez
certains, qu'ils constituent une vraie formation au contraire d'un douteux gadget de
l'heure projeté sous les feux de la rampe par la presse à sensation britannique. Get
Behind Me Satan est le genre de surprise que seul un groupe pleinement confiant se
permet de livrer. Car sans être une totale redéfinition du son caractéristique des
White Stripes, ceux-ci prennent bon nombre de risques sur ce cinquième disque et
remportent les batailles qu'il entame sur chaque front. Diversifié et constamment
intéressant, c'est exactement le genre d'album que la compétition du groupe n'ose pas
encore commettre. Les guitares s'y font plus timides pour laisser une place de choix au
piano tandis que la batterie se fait parfois voler la vedette par un marimba.
Franchement, les comparaisons à Led Zeppelin sont de plus en plus tirées par les
cheveux. Mais l'analogie entre ce cinquième White Stripes et celui du légendaire groupe
de hard rock n'est pas sans sa part de logique. Car après avoir livrés grâce à Elephant
leur "gros disque rock" à succès, les Stripes tentent un virage stylistique
qui n'est pas sans rappeler les élans funk de Houses of the Holy. À la
différence près que c'est ici la tendance country latente de ses efforts précédents
que les Stripes laissent ici éclater au grand jour. Il n'y a qu'une pièce franchement
country sur Get Behind Me Satan, la formidable brise estivale de Little Ghost.
Mais cet esprit du terroir américain traverse de part en part le White Stripes nouveau,
en particulier dans les inflexions mélodiques de ces chansons plus douces qui en forment
presque le noyau.
Par ailleurs, le groupe s'amuse ici à aller dans toutes les directions à la fois. Le
joyeux funk acoustique de My Doorbell, qui a tout d'un succès de premier ordre,
surprend après l'atmosphère déroutante de la névrosée The Nurse. Plus que
jamais, les Stripes embrassent ici la nature artistique de leur entreprise. La preuve est
en faite ne serait-ce que grâce à cette dissertation thématique qui accompagne l'album.
Get Behind Me Satan est une mise à jour minimaliste et stylisée des traditions
musicales américaines sur fond de psychanalyse de charlatan à caravane du début du
siècle. Les textes tendent à traiter sur un ton bizarre de solitude et d'inceste, sujet
que l'angoissante Passive Manipulation chantée par Meg aborde sur un ton naïf
oscillant entre le sordide et le sublime.
Ces préoccupations conceptuelles demeurent secondaires à la livraison d'un solide disque
de rock marginal plus instinctif que maniéré. Le premier extrait Blue Orchid a
beau être un mensonge de la pire espèce sur la vraie nature de Get Behind Me Satan,
il n'en demeure pas moins qu'il s'agit du genre de bobard percutant que l'on excuse
facilement. Les Stripes retournent bien sur l'excellente Instinct Blues au genre de
blues-rock déphasé et grinçant qui a fait leur renommée. Mais les joyaux du disque se
trouvent ailleurs que dans la nostalgie. Take, Take, Take se révèle aisément
l'une des meilleures compositions de Jack White à ce jour et démontre une belle
évolution.
Une évolution que chacune des pièces de Get Behind Me Satan tend à confirmer.
Bien qu'il n'ait été enregistré qu'en deux semaines, le nouveau White Stripes
impressionne par son aboutissement tout autant que par sa créativité à fleur de peau.
On l'interprète facilement comme un vent de changement pour le duo White. Certes, Get
Behind Me Satan a tout d'un album de transition. Mais il n'en demeure pas moins que
le groupe y confirme de façon grandiose sa place privilégiée au-dessus de sa
compétition sur le marché rock. Original et abouti, ce cinquième opus est celui de la
consécration pour les White Stripes. Plus question, après un tel disque, de remettre en
question leur valeur de revente à long terme. Les Stripes sont là pour rester. Et
continueront d'impressionner. |
|
| - Alexandre Fontaine Rousseau, 16
Juin 2005 |
|
 |