MITCHELL AKIYAMA
Galerie B-312 // 8 Juin 2006
Dans une petite galerie d'art se dresse un jeune homme asiatique qui semble gêné de nous présenter sa musique. Mitchell Akiyama, artiste électronique et fondateur de l'étiquette montréalaise Intr_version, avertit le public en faisant quelques petites précisions. Il s'assure que les gens vont comprendre ce qu'il est sur le point de créer. Même avec quelques albums sous son propre nom, Désormais et Avia Gardner, il veut vraiment que son public comprenne son exécution. « My computer doesn't have any samples loaded onto it » dit-il la tête penchée. Dès cet instant, nous sommes conscients que sa performance va être complètement improvisée et livrée sans l'aide de fichiers audio pré-enregistrés. Avant qu'il commence, nous avons un choix simple à faire. Nous pouvons écouter la musique d'Akiyama de deux façons. Voici les deux expériences possibles du spectacle à la Galerie B-312 :

1. Les yeux fermés
Dès qu'Akiyama prend son micro, nos yeux doivent déjà être fermés. Les sons vont simplement être entendus comme si nous écoutions ces albums chez nous. Cependant, ce n'est rien que nous avons dans notre collection. Une autre différence serait la maximisation du volume. Personne n'a jamais encore entendu Akiyama aussi fort. Même si un spectacle est motivé par notre désir de regarder la performance, le monde de ce spectacle se voit mieux dans notre propre esprit. Si nous avions les yeux ouverts, tous les autres spectateurs seraient immobiles et attentifs. Le début de notre expérience commence dans l'ignorance absolue. On ne sait pas ce que s'apprête à nous servir Akiyama. On tente d'analyser et de trouver des points de repère.

Si on cherche assez, sa performance nous rappelle la pièce Strategies For Combatting Invisibility de son plus récent disque. La majorité des éléments y sont présents, mais le spectacle est beaucoup plus long et étiré. Par contre, on tire beaucoup plus d'abstractions du spectacle que de la chanson. Souvent guidée par une mélodie ou un rythme très distant, notre oreille doit démêler les différentes strates de l'improvisation. C'est souvent à ce moment que l'artiste émet une ligne directrice avec soit une focalisation sur une strate ou la réduction de d'autres. Au cours du spectacle, il est quand même difficile de distinguer l'instrumentation. Nous sommes certains qu'il se sert de sa guitare, mais le reste n'est que de la pure spéculation. Nous sommes transportés dans le monde de Small Explosions That Are Yours To Keep. Même si à plusieurs reprises, on ne se trouve sur aucun territoire exploré auparavant. Nos yeux s'ouvrent dès que les applaudissements se font entendre. Nous n'avions pas pu dormir et le voyage fut des plus divertissants.

2. Les yeux ouverts
Dès qu'Akiyama prend son micro, nos yeux sont dirigés vers chacun des mouvements qui suivront. Délicatement, il prépare ses instruments pour les exploiter au maximum. Il utilise son micro comme base pour chacune des deux pièces. C'est sa façon de simuler la batterie ou un simple « beat ». C'est parfois à l'aide de celle-ci que des sons hors de l'ordinaire font leur apparition. Ensuite, une guitare et un piano se transforment en boucle pour être utilisés de manière linéaire. Par contre, le plus intéressant se fait sentir lorsque ses maillets se dirigent vers une série de bols à manger qu'il utilise comme "xylophone". Chacun de formats différents, Akiyama produit grâce à eux une série de sons aigus et attire l'attention au sein de ce chaos.

Le spectacle révèle son potentiel maximum lorsque nous sommes capables de voir et de comprendre ce qu'Akiyama fait. Notre esprit ne s'imagine aucune autre possibilité. Ceci peut être vu sous deux tangentes, mais l'expérience la plus satisfaisante demeure de voir l'exécution de ces pièces. Le plaisir de sa performance se tire des erreurs qui deviennent corrigibles par son interface électronique. N'importe quel détail peut être modifié pour donner le résultat voulu. On apprend que quasiment tout est possible. Mitchell Akiyama forge sa musique avec ce qu'il crée et ce qu'il transforme.

- Maxime Monast, 29 juin 2006