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| COMETS ON FIRE |
| La Sala Rossa // 6
Septembre 2006 |
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Chers lecteurs et lectrices,
demandons-nous un instant ce quest le rock des années 2000 (et constatons que la
réponse est bien trop large pour faire office dintroduction à un compte-rendu de
spectacle). Alors que Radiohead réussit la fusion parfaite entre instrumentation et
arrangements électroniques, que les Strokes peaufinent (puis abandonnent) une forme de
distanciation ramenant la chanson rock à lessentiel, et que les Fiery Furnaces ségarent
dans tout leur génie pop, quen est-il aujourdhui de la cacophonie relative,
de ce pur esprit de défonce dont fut empreint le meilleur rock dil y a trois ou
quatre décennies? Si tant de groupes singent aujourdhui les éléments les plus
superficiels de la musique de leurs parents, cela ne signifie en rien quils
parviennent à en canaliser toute lénergie, la liberté et la charge physique
éreintante. Heureusement
Comets on Fire est un de ces groupes géniaux ayant tout à fait saisi lessence dun
rock psychédélique affranchi de toutes contraintes. Salimentant directement à la
source dun patrimoine riche, le groupe trouve sur scène (et dune manière
difficilement concevable) le parfait équilibre entre le rock progressif traditionnel, le
stoner tel que dicté par Black Sabbath, les expériences bruitistes de Sonic Youth et une
démarche générale très proche du jazz. Plus près du délirant Acid Mothers Temple que
de Mars Volta en termes de recherche artistique, il exerce un prolongement réjouissant et
profondément moderne de ce courant rock encore tant discuté aujourdhui.
Les sceptiques se devant dêtre convaincus, jaffirmerai ceci: à ce jour,
aucun matériel enregistré par le groupe ne parvient à faire honneur à la force brute
quil démontre sur scène. Dès les premières mesures de Dogwood Rust, ouvrant le
spectacle comme il se doit en tant que pièce douverture du récent Avatar, tous les
morceaux tombèrent en place avec assurance. Ben Chasny et Ethan Miller, sans jamais
sombrer dans de prétentieuses démonstrations de simple virtuosité, entrèrent
immédiatement dans un jeu dentrecroisement tout bonnement hallucinant, mêlant
riffs et fuites de bruit en un tout dune fantastique invention. Miller, usant avec
aplomb et mesure de sa fidèle barre à trémolo, sen donna aussi à cur joie
au micro, hurlant à plein volume de sa voix gargouillante et fracassée, le distinguant
immédiatement de bien des chanteurs actifs du moment, ses paroles indéchiffrables avec
une passion tout à fait captivante, que sa tête hirsute ne fit que confirmer. Presque
enterré sous le poids de la musique, comme il se devait, et manipulé en direct par Noel
von Harmonson, injectant dans le mélange une multitude de sons distinctifs et stridents,
le chant savéra un des points forts de la soirée. Le bassiste Ben Flashman fit
montre dune remarquable précision tout au long de la quelque heure et demie,
malgré la répétition inhérente à sa fonction, tandis que Utrillo Kushner sortit du
placard son étonnant jeu de batterie élastique, désarticulé et fortement inspiré du
jazz, fruit évident dun imposant travail de développement depuis les débuts du
groupe.
Ce qui surprit le plus votre rédacteur, ce fut lextraordinaire communication
régnant au sein du groupe. Contrairement à celles de Mars Volta, découpées clairement
selon une alternance de passages dune composition très définie et de moments de
jams assumés, les meilleures pièces de Comets on Fire défilent tels de percutants jams
ininterrompus. Ainsi le groupe, tout en restant fidèle à ses enregistrements, laissa une
large place à limprovisation pure, à la nouveauté. Engagés dans un mouvement de
groupe constant, les quelques membres, malgré le volume assourdissant (mais de fort bonne
qualité), se montrèrent à lécoute les uns des autres, développant leurs
explorations selon les trouvailles de chacun. Et pourtant, toujours les parties senchaînèrent
avec une rigueur implacable, une force fracassante, offrant un contrepoint révélateur à
lapparente dérivation inhérente au genre.
Le spectacle, au cours de son troisième quart, atteignit son sommet, sans surprise, avec
The Bee and the Cracking Egg, titanesque pièce douverture de lexcellent Blue
Cathedral. Toute lénergie suggérée par lenregistrement se matérialisa sur
scène tel un concerto pour Satan, au plus grand plaisir de votre rédacteur qui se fit
abondamment brasser la crinière (et la tête, incidemment). Le groupe proposa des pièces
couvrant lensemble de ses quatre albums, et prit une légère pause avec une fidèle
interprétation de Lucifers Memory, intéressante curiosité démontrant la nuance
dont le groupe est capable. En évitant les morceaux moins agressifs de leur corpus somme
toute bien imparfait, les musiciens offrirent à un public subjugué, de toute évidence
fort enthousiaste, une assommante décharge de bruit, de pulsations et de musicalité, à
classer dans la catégorie des expériences live inoubliables.
À souligner aussi: la solide prestation du groupe montréalais The Donkeys, bénéficiant
de la présence de son charismatique chanteur et hurleur, proposant un rock stoner au son
très lourd et à lexécution de groupe fort précise. Panopticon Eyelids, de leur
côté, habitués de la clique Sala/Casa, offrirent une performance courte, résolument
contestataire de toute forme de structure, mais tout aussi masturbatoire, chaque membre sadonnant
avec tout le sérieux du monde à un exercice disolation et de défoulement bien
personnel, faisant regretter les beaux jours de Fly Pan Am. Ce qui nempêcha pas
votre rédacteur de sautiller en masse et de séclater autant que possible.
Une expérience à répéter.
- Louis Filiatrault, 2 Octobre 2006 |
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