C'est fatigué mais souriant face à
la poursuite, cette année encore, de cette sympathique initiative des Francofolies de
mettre à l'horaire le renouveau de la scène rock québécoise à prix raisonnable dans
le cadre du festival que ce rédacteur faisait son entrée au Spectrum de Montréal. Et
bien que l'idée d'organiser des spectacles à 23h repoussera sans doute beaucoup de
festivaliers, on se doute que le public visé par la programmation de cette série de
spectacles est prête à se coucher tard en échange d'une dose bien sentie de décibels.
Dès le premier pas dans l'enceinte de la salle de spectacle, on pouvait toutefois
constater qu'on avait affaire à une foule majoritairement trentenaire (ou presque), somme
toute assez peu nombreuse. Mais il en aurait fallu davantage pour brimer l'enthousiasme du
rédacteur qui n'avait pas assisté à un bon spectacle depuis un bail. C'est Parabellum
qui prenait la scène d'assaut, pour céder sa place en fin de soirée au retour
montréalais du groupe Le Nombre.
J'avouerai tout d'abord, en toute honnêteté, que je ne connaissais rien de Parabellum
avant ce spectacle sinon que nous avions affaire à des vétérans du punk français
sillonnant les routes de l'hexagone depuis vingt ans avec leur musique. Bref, un groupe à
qui une partie tout de même imposante du public livrait probablement un culte depuis leur
adolescence mouvementée et rebelle. C'est tout de même presque à l'heure juste qu'on
put voir votre bedonnant oncle Robert s'élancer sur scène dans son t-shirt communiste,
visiblement pas averti que le punk était mort depuis au moins aussi longtemps que l'URSS
dont il arborait si fièrement les couleurs. D'accord, critiquer un groupe pour son
apparence peu paraître peu professionnel, mais c'est parfois trop tentant. Tout juste
derrière entrait le premier guitariste du groupe qui, avec ses pantalons moulants et sa
chemise aux motifs étoilés déboutonnée, aurait facilement pu être confondu avec Nikki
Sixx, d'un autre groupe malheureusement toujours actif.
Trêve de plaisanteries, le spectacle débute. Et Parabellum, pour le spectateur
non-initié que j'étais, se présente comme étant exactement tout ce qu'on peut attendre
du vieux punk. À commencer par la présence vocale clairement inspirée de Bérurier
Noir, sans jamais toutefois le faire avec autant d'aplomb que la défunte formation
Banlieue Rouge. Les influences du vieux punk étaient également évidentes dans le jeu de
basse minable rappellant ce bon vieux Sid Vicious. Je fus tout de même très surpris mais
guère enchanté par l'utilisation abusive de solos de guitare au son du wawa qui, à
l'image du guitariste, auraient davantage trouvé leur place dans un spectacle de Motley
Crüe. Les premières chansons poussèrent également ce rédacteur à se demander ce
qu'avait fait la formation au cours de ses vingt ans de carrière pour avoir si peu appris
dans l'art de faire lever les foules, n'ayant de toute évidence pas maîtrisé l'art de
la scène comme on est en droit de s'attendre de la part de vétérans. Bref, comme
première impression, c'était raté. Toutefois, Parabellum a su reprendre du poil de la
bête au fil du spectacle face à la réaction enthousiaste du public montréalais. Et ils
auront tout de même livré deux ou trois chansons de très bonne qualité qui ont surpris
le sceptique auteur de ces lignes. C'est dans le prévisible rappel (le groupe étant
sorti de scène après à peine trente minutes) que la formation se déchaîne et montre
que sa longévité est en fin de compte justifiée. Finalement, Parabellum aura livré un
spectacle de punk solide toutefois peu convaincant par son manque d'originalité. Le punk
est mort. Vive le punk? Peut-être si c'est Béru...
C'est vers minuit et vingt que Le Nombre entre sur scène. En fait, le rideau n'était pas
encore ouvert lorsque les premiers accords de guitare ont retenti, ce qui fait que la
première vision à laquelle on eut droit fut un Ludwig Wax absolument déchaîné. Et
c'est sur cette vague (que dis-je, tsunami) d'énergie que le spectacle se poursuivra. Le
Nombre, groupe ralenti considérablement par la rareté de ses spectacles et son talent
tout de même limité en studio, prend tout son sens sur scène. La formation livre un
spectacle déjanté, arrogant et hautement explosif. Livrant avec intensité les pièces
de leur dernier album Scénario catastrophe ainsi que les succès du précédent opus, Le
Nombre montre un aplomb considérable pour un groupe qui aurait pourtant dû douter de
lui-même suite à un an de silence et à des supposées tensions au sein de la formation
suite à la défection surprise du chanteur pour l'Afrique, qui avait ralenti sa
progression. Le spectacle fut toutefois retardé lorsque, preuve que Le Nombre sait faire
sauter la baraque, l'amplificateur du guitariste saute. Ce qui permit à Ludwig Wax de
blaguer en affirmant que c'était la faute de Michel Rivard alors que son guitariste se
permettait même de l'insulter au passage. Bref, Le Nombre livra un spectacle des plus
rock n' roll. Toutefois, l'impact du groupe fut limité par l'erreur typique de mixage
sonore ne laissant pas entendre les distinctions entre les deux guitares, faisant plutôt
place à un énorme son de grosse distorsion. D'ailleurs, force est d'avouer que Le Nombre
est un groupe limité et que plusieurs de ces chansons sont tout simplement
interchangeables sans que qui que ce soit ne remarque la différence. Le public, de toute
évidence venu voir Parabellum, semblait d'ailleurs porter davantage d'attention au fait
que c'était dimanche, qu'il était passé minuit et qu'ils avaient des engagements le
lendemain matin. Ces rebelles punks devenus fonctionnaires ne semblaient plus vraiment
avoir le coeur à fêter comme autrefois, justifiant le groupe arrogant qui se moquait
plus tôt de sa case horaire discutable. Dommage. Demeure que Le Nombre justifie sa cause
comme étant dans les canditats au titre de meilleur spectacle rock au Québec.
- Jean-François Cadieux, 1er Août 2005
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