THE MARS VOLTA
Métropolis // 12 Mai 2005
« Liberté ou la mort ». Voilà ce que l’on pouvait lire sur la peau de la grosse caisse du batteur de The Mars Volta. Malgré un début de soirée ayant laissé les auditeurs perplexes et même déçus, les membres du groupe se sont rapidement ressaisis pour nous offrir une soirée digne du Métropolis. Après un deuxième album et donc une deuxième série de tournées de promotion, The Mars Volta démontre déjà des signes de maturité sur scène.

Après des minutes d’impatience, c’est devant un Métropolis bondé que les sud-américains se sont présentés. Nul besoin de dire qu’aucun d’entre-nous était déçu du fait qu’il n’y ait pas de première partie. Sans plus tarder, l’ouverture s’est faite toute en puissance avec Inertiatic ESP, comme pour nous rappeler d’amblée l’ardente énergie de la formation. Malheureusement, le tout a bien vite tombé quand The Mars Volta s’est lancé dans une improvisation sans âme, amorphe et par le fait même bien trop longue. Le deuxième morceau du spectacle (ou suite de la première improvisation ?!?!), dont je ne peux vous nommer le titre et dont je doute pouvoir retrouver la trace sur un enregistrement, n’a pas plus soulevé la foule; dans une autre longue improvisation, l’expérimentation électronique et la manipulation de son de Omar Rodriguez-Lopez, entre autres, s’avéraient de trop et parfois même irritantes. Même la qualité du son laissait à désirer, particulièrement pour ce qui est du sévère manque de définition du son de la basse. Ces petits problèmes ont heureusement été résolus.

En effet, pour le reste de la soirée, c’est-à-dire pour au moins deux heures, The Mars Volta a offert une prestation sans tache, tout en continuant d’exploiter improvisations et expérimentations. L’intensité, la cohésion des musiciens, bref, la qualité du spectacle en général a brusquement changé, et ce pour le mieux. La formation a offert tout ce que le fan s’attendait de recevoir. Après la toujours surprenante Roulette Dares (The Haunt Of), interprétée pour le moins solidement, Cedric Bixler en a rappelé quelques-uns à l’ordre en soulignant qu’il ne s’agissait pas d’un « summer festival sponsered by Vans », comme pour tenter de se défaire d’une certaine image!? Nous avons aussi eu droit à l’excellente Take the Veil Cerpin Taxt, à Cygnus…Vismund Cygnus au complet dont un long « jam » tout simplement brillant (« dans ta face »), à The Widow pour les cœurs sensibles en quête de formats plus « pops », et j’en passe. Seule ombre au tableau, et je ne dois pas être le seul à avoir remarqué, The Mars Volta a laissé tomber, du moins pour Montréal, Cicatriz ESP et Televators ! Par contre, plusieurs, dont moi-même, furent agréablement surpris par Concertina provenant du premier enregistrement du groupe, Tremulant EP.

C’est avec l’influence latine et le rock déchaîné de L’Via l’Viasquez que The Mars Volta a vraiment réussi à catalyser l’auditoire. Le public québécois a semblé charmé par la chaleur, l’énergie, la sensualité, la théâtralité ainsi que par les mélodies accrocheuses du troisième titre de Frances the Mute.

Comme si la soirée était une montée constante en énergie et en cohésion, la formation américaine a terminé avec les deux dernières pièces de Frances the Mute, Miranda That Ghost just isn’t Holy anymore (A, B, C, D) et Cassandra Geminni (A, B, C, D) : The Mars Volta a su recréer très fidèlement leur enregistrement, ce que certains leur reprochaient de ne pas faire, tout en se laissant amplement d’espace de liberté. Tout au long du spectacle, et particulièrement durant ces derniers instants, des éclairages et des superpositions d’images géantes superbement psychédéliques ont entraîné l’auditoire dans un fascinant voyage onirique.

Après un départ lent et boiteux, The Mars Volta s’est relevé rapidement et de belle façon. Inspiré et parfois même hypnotisant, l’électro-expérimental liant les pièces entre elles se mariait à merveille avec les divers agencements de couleurs d’éclairages, d’effets visuels, d’ombres et d’images. Les improvisations étaient viscérales, entraînantes et plus polies et travaillées que par le passé (mise à part au début du spectacle). Du côté des musiciens, on ne peut reprocher quoi que ce soit à la rapidité et à la précision de Jon Theodore (batterie) ni même à l’atmosphère rétro et « groovy » des claviers de Isaiah Owens, lequel a maintenant plus de place pour se laisser aller. D’autre part, l’addition d’un percussionniste/saxophoniste rajoute beaucoup à la musique de The Mars Volta puisque qu’un instrument de plus peut maintenant appuyer et participer aux improvisations : l’influence jazz de la formation s’affirmant. Triste que le son de la basse de Juan Alderete fut très peu perceptible et mal mixé ; le spectacle dans son entier en aurait profité énormément. Finalement, les deux énergumènes aux « afros » ont été encore meilleurs que ce à quoi ils nous avaient habitué : Rodriguez-Lopez y est allé de solos époustouflants tandis que Bixler-Zavala, même plus calme qu’auparavant, nous a servi une présence des plus captivante et lyrique ainsi qu’une voix inventive et plus nuancée.

Après des vidéoclips au temps de At the drive-in comme Invalid Litter Dept. , sur la situation des Maquiladoras au Mexique, après l’engagement de Theodore et de son t-shirt « Fuck Bush » (à Ottawa en 2003) et avec un respect des consommateurs avec des albums à 8,99$, on semble voir une certaine vision du monde se dégager de The Mars Volta. Leur concert prouve leur cohérence : « Liberté ou la mort ».

- Mathieu Charbonneau, 16 Mai 2005