« Liberté ou la mort ». Voilà
ce que lon pouvait lire sur la peau de la grosse caisse du batteur de The Mars
Volta. Malgré un début de soirée ayant laissé les auditeurs perplexes et même
déçus, les membres du groupe se sont rapidement ressaisis pour nous offrir une soirée
digne du Métropolis. Après un deuxième album et donc une deuxième série de tournées
de promotion, The Mars Volta démontre déjà des signes de maturité sur scène.
Après des minutes dimpatience, cest devant un Métropolis bondé que les
sud-américains se sont présentés. Nul besoin de dire quaucun dentre-nous
était déçu du fait quil ny ait pas de première partie. Sans plus tarder, louverture
sest faite toute en puissance avec Inertiatic ESP, comme pour nous rappeler damblée
lardente énergie de la formation. Malheureusement, le tout a bien vite tombé quand
The Mars Volta sest lancé dans une improvisation sans âme, amorphe et par le fait
même bien trop longue. Le deuxième morceau du spectacle (ou suite de la première
improvisation ?!?!), dont je ne peux vous nommer le titre et dont je doute pouvoir
retrouver la trace sur un enregistrement, na pas plus soulevé la foule; dans une
autre longue improvisation, lexpérimentation électronique et la manipulation de
son de Omar Rodriguez-Lopez, entre autres, savéraient de trop et parfois même
irritantes. Même la qualité du son laissait à désirer, particulièrement pour ce qui
est du sévère manque de définition du son de la basse. Ces petits problèmes ont
heureusement été résolus.
En effet, pour le reste de la soirée, cest-à-dire pour au moins deux heures, The
Mars Volta a offert une prestation sans tache, tout en continuant dexploiter
improvisations et expérimentations. Lintensité, la cohésion des musiciens, bref,
la qualité du spectacle en général a brusquement changé, et ce pour le mieux. La
formation a offert tout ce que le fan sattendait de recevoir. Après la toujours
surprenante Roulette Dares (The Haunt Of), interprétée pour le moins solidement,
Cedric Bixler en a rappelé quelques-uns à lordre en soulignant quil ne sagissait
pas dun « summer festival sponsered by Vans », comme pour tenter de se
défaire dune certaine image!? Nous avons aussi eu droit à lexcellente Take
the Veil Cerpin Taxt, à Cygnus
Vismund Cygnus au complet dont un long «
jam » tout simplement brillant (« dans ta face »), à The Widow pour les curs
sensibles en quête de formats plus « pops », et jen passe. Seule ombre au
tableau, et je ne dois pas être le seul à avoir remarqué, The Mars Volta a laissé
tomber, du moins pour Montréal, Cicatriz ESP et Televators ! Par contre,
plusieurs, dont moi-même, furent agréablement surpris par Concertina provenant du
premier enregistrement du groupe, Tremulant EP.
Cest avec linfluence latine et le rock déchaîné de LVia lViasquez
que The Mars Volta a vraiment réussi à catalyser lauditoire. Le public
québécois a semblé charmé par la chaleur, lénergie, la sensualité, la
théâtralité ainsi que par les mélodies accrocheuses du troisième titre de Frances
the Mute.
Comme si la soirée était une montée constante en énergie et en cohésion, la formation
américaine a terminé avec les deux dernières pièces de Frances the Mute, Miranda
That Ghost just isnt Holy anymore (A, B, C, D) et Cassandra Geminni (A, B, C,
D) : The Mars Volta a su recréer très fidèlement leur enregistrement, ce que
certains leur reprochaient de ne pas faire, tout en se laissant amplement despace de
liberté. Tout au long du spectacle, et particulièrement durant ces derniers instants,
des éclairages et des superpositions dimages géantes superbement psychédéliques
ont entraîné lauditoire dans un fascinant voyage onirique.
Après un départ lent et boiteux, The Mars Volta sest relevé rapidement et de
belle façon. Inspiré et parfois même hypnotisant, lélectro-expérimental liant
les pièces entre elles se mariait à merveille avec les divers agencements de couleurs déclairages,
deffets visuels, dombres et dimages. Les improvisations étaient
viscérales, entraînantes et plus polies et travaillées que par le passé (mise à part
au début du spectacle). Du côté des musiciens, on ne peut reprocher quoi que ce soit à
la rapidité et à la précision de Jon Theodore (batterie) ni même à latmosphère
rétro et « groovy » des claviers de Isaiah Owens, lequel a maintenant plus de place
pour se laisser aller. Dautre part, laddition dun
percussionniste/saxophoniste rajoute beaucoup à la musique de The Mars Volta puisque quun
instrument de plus peut maintenant appuyer et participer aux improvisations : linfluence
jazz de la formation saffirmant. Triste que le son de la basse de Juan Alderete fut
très peu perceptible et mal mixé ; le spectacle dans son entier en aurait profité
énormément. Finalement, les deux énergumènes aux « afros » ont été encore
meilleurs que ce à quoi ils nous avaient habitué : Rodriguez-Lopez y est allé de solos
époustouflants tandis que Bixler-Zavala, même plus calme quauparavant, nous a
servi une présence des plus captivante et lyrique ainsi quune voix inventive et
plus nuancée.
Après des vidéoclips au temps de At the drive-in comme Invalid Litter Dept. , sur
la situation des Maquiladoras au Mexique, après lengagement de Theodore et de son
t-shirt « Fuck Bush » (à Ottawa en 2003) et avec un respect des consommateurs
avec des albums à 8,99$, on semble voir une certaine vision du monde se dégager de The
Mars Volta. Leur concert prouve leur cohérence : « Liberté ou la mort ».-
Mathieu Charbonneau, 16 Mai 2005
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